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Gilles Kepel, sur le terrain en Tunisie et en Libye, observe la montée des Islamistes: premières analyses
Publié dans Leaders le 06 - 11 - 2011

Fin connaisseur des mouvements islamistes, Gilles Kepel, professeur à Sciences-Po et membre de l'Institut universitaire de France, était récemment en Tunisie et en Libye pour observer de près la montée de ces nouvelles forces, rencontrer leurs dirigeants et, aussi, écouter les autres parties. A Tunis, il a eu de longs entretiens avec Ghannouchi et Jebali et nombre d'hommes politiques de diverses tendances.

« On assiste aujourd'hui à l'irruption de nouvelles élites avec lesquelles celles d'hier tentent de négocier », estime-t-il. « Les dirigeants d'Ennahda le savent, ajoute-t-il, dans une longue interview qu'il a donnée à partir de Tunis au Nouvel Observateur, les échéances qui les attendent sont redoutables dans la petite année que durera la constituante. Il leur faudra relever l'économie du pays, en piètre état, et ils n'y parviendront qu'en passant des compromis avec la bourgeoisie entrepreneuriale ». Evoquant le programme d'Ennahda, il considère que : "il n'y est pas question de charia mais de liberté, de démocratie, de développement. Ce qui va leur poser d'autres problèmes ». «Plus le parti glisse vers le centre,poursuit-il, plus il abandonne le champ radical de l'islamisme à la pénétration salafiste. Il y a d'ores et déjà un confit pour le contrôle de l'islamisme tunisien entre la branche modérée, bourgeoise, soutenue par le Qatar et la Turquie, qu'Ennahda veut incarner, et les salafistes, poussés par l'Arabie saoudite". Interview intégrale :
Révoltes arabes : le nouveau défi islamiste

En Tunisie, en Egypte, en Libye, quel islam surgira du conflit ouvert entre les islamistes modérés et les salafistes ? Dans un grand dossier, "Le Nouvel Observateur" de cette semaine fait le point.

La victoire des islamistes d'Ennahda en Tunisie est-elle une surprise ?

- Non. Les forces politiques les mieux organisées dans le monde arabe sont depuis longtemps les mouvements islamistes. Ce qu'il faut comprendre aujourd'hui, c'est que les islamistes qui ont remporté les élections en Tunisie et qui risquent fort d'être en tête en Egypte, si tout se déroule normalement, ne sont plus exactement les mêmes que ceux du Front islamique du Salut (FIS) algérien il y a vingt ans. Une scission historique a eu lieu dans les années 1990.

Une partie des islamistes se sont lancés dans le djihad terroriste, certains rejoignant Al-Qaida. Ceux-là ont focalisé l'attention pendant la première décennie du siècle. Les autres ont choisi une logique de compromis avec la démocratie qui a débouché en Turquie sur la naissance de l'AKP. Ennahda, qui a été fortement influencé par l'expérience et la réussite de l'AKP, est l'avatar tunisien de cette évolution. Il faut ajouter à cela qu'Ennahda a bénéficié dans l'opinion publique tunisienne d'être le parti des emprisonnés et des torturés, un peu comme le PCF, en 1945, avait été "le parti des fusillés".

Des laïques aussi, notamment des défenseurs des droits de l'homme, ont été arrêtés et torturés sous Ben Ali...

- C'est indiscutable pour beaucoup d'entre eux. Mais les gens d'Ennahda ont incarné plus efficacement que les autres la volonté de "sortir les sortants". A la différence de ce qui s'est passé en Egypte, où la place Tahrir a surtout été une scène symbolique mobilisant les médias - la masse de la population ne descendant dans la rue qu'à partir du moment où Moubarak a dit "Je ne pars pas" -, une vraie révolution a eu lieu en Tunisie. Un changement des forces sociales au pouvoir. On assiste aujourd'hui à l'irruption de nouvelles élites avec lesquelles celles d'hier tentent de négocier. D'une part, il est clair que l'ancien régime conserve une certaine capacité à mobiliser les tribus dans la Tunisie profonde, comme on a pu le constater lors des incidents récents à Sidi-Bouzid - le lieu emblématique du début de la révolution, où le siège d'Ennahda vient d'être incendié.

D'autre part, et les dirigeants d'Ennahda le savent, les échéances qui les attendent sont redoutables dans la petite année que durera la constituante. Il leur faudra relever l'économie du pays, en piètre état, et ils n'y parviendront qu'en passant des compromis avec la bourgeoisie entrepreneuriale. Ce n'est pas un hasard si, après la victoire, la première visite de Hamadi Jebali, secrétaire général d'Ennahda et futur Premier ministre, a été pour la Bourse : il faut rassurer les investisseurs.

Qui sont les électeurs d'Ennahda ?

- La base électorale du parti est très large. Alors qu'il a rafé plus de la majorité des voix, il n'a obtenu que 41% des sièges en raison du système proportionnel mis en place par la haute instance chargée d'organiser les élections. Mais, dans un système majoritaire, il en aurait eu beaucoup plus. Son électorat est composé des laissés-pour-compte de la modernisation, mais aussi d'une large partie de la petite bourgeoisie qui a aujourd'hui le sentiment d'être entrée dans une phase de paupérisation. Car la Tunisie d'aujourd'hui n'est plus le pays prospère d'il y a une quinzaine d'années. Elle a dix ans de retard sur le Maroc. Contrairement aux Frères musulmans égyptiens, les militants d'Ennahda ont multiplié les contacts pour élargir leur base sociale. Ils ont cherché à démontrer que leur espace politique débordait leur électorat traditionnel. Lisez leur programme : il n'y est pas question de charia mais de liberté, de démocratie, de développement. Ce qui va leur poser d'autres problèmes. Plus le parti glisse vers le centre, plus il abandonne le champ radical de l'islamisme à la pénétration salafiste. Il y a d'ores et déjà un confit pour le contrôle de l'islamisme tunisien entre la branche modérée, bourgeoise, soutenue par le Qatar et la Turquie, qu'Ennahda veut incarner, et les salafstes, poussés par l'Arabie saoudite.

Les autres partis croient-ils en la "bonne foi démocratique" des islamistes ?
- Disons que leurs sentiments sont mitigés. Mais personne n'est terrorisé par Ennahda. Même si les manifestations à la suite du film de Marjane Satrapi ont alarmé beaucoup de laïques, personne ne voit l'ayatollah Khomeini derrière Ghannouchi. Il y a au sein du camp laïque ou libéral une division entre ceux, comme l'ancien opposant Moncef Marzouki, donné futur président de la République, qui veulent jouer le jeu et passer des alliances avec les islamistes pour renforcer leurs tendances "démocratisantes", et ceux qui veulent créer un pôle d'opposition. Mais il ne faut pas se leurrer : cette aptitude à être aujourd'hui un parti attrape tout, qui caractérise Ennahda et fait sa force, risque d'être demain sa principale faiblesse.

Comment expliquez-vous qu'en France, dans certains bureaux, Ennahda ait obtenu des résultats encore meilleurs qu'en Tunisie ?

- Par son implantation ancienne. N'oubliez pas que les islamistes tunisiens qui avaient créé l'Union des Organisations islamiques de France (UOIF) et avaient été écartés du pouvoir en 1993 par les islamistes marocains l'ont repris en juin dernier. On assiste d'ailleurs à l'apparition de situations inédites : un militant d'Ennahda peut être élu dans une circonscription de l'immigration tunisienne de France et siéger à l'Assemblée constituante à Tunis, mais aussi au Conseil français du Culte musulman (CFCM), voire sur une liste Europe Ecologie dans un conseil municipal français.

Il est clair qu'Ennahda cherche aujourd'hui à se positionner également comme un acteur dans le système démocratique français. Tous mes contacts en Tunisie, je les ai noués dans le "9-3" [Seine-Saint-Denis], d'où viennent une partie des cadres d'Ennahda. C'est à travers leur acclimatation et leur participation au système politique européen, que les militants d'Ennahda ont acquis leur expérience électorale. Cette porosité n'existait pas il y a vingt ans, à l'époque du FIS algérien.

Qu'y a-t-il de commun entre les courants islamistes libyen, tunisien, égyptien ?

- La matrice originelle, c'est-à-dire les Frères musulmans. Pour le reste, les spécificités locales sont évidentes. Ennahda, par exemple, ne se réclame plus des Frères. En Egypte où, malgré la chute de Moubarak, les changements sociaux induits sont beaucoup plus faibles qu'en Tunisie, ce sont toujours les militaires qui gouvernent à travers le Conseil suprême des Forces armées, chargé d'organiser les élections. En Tunisie, Ennahda s'est déjà coulé dans le pouvoir. En Egypte, les Frères sont l'un des acteurs d'une transition dont le cadre est étroitement limité par l'ampleur des problèmes sociaux et économiques et par la dimension du pays qui compte six ou sept fois plus d'habitants que la Tunisie.

Ce cadre est sans doute limité aussi par les enjeux régionaux, qui ne sont pas de la même dimension pour Le Caire et Tunis...

- C'est vrai. Même si les Tunisiens d'Ennahda se montrent désireux de jouer un rôle dans la transition libyenne, éventuellement en lien avec la France, et sont très préoccupés par l'évolution de l'Algérie, les défis qu'affrontent les Egyptiens sont d'une autre dimension. L'Egypte s'efforce aujourd'hui de reprendre pied sur la scène diplomatique moyen-orientale, où elle était marginalisée par le rôle de garde-frontière de Gaza auquel l'avait réduite Moubarak en échange d'une aide militaire et civile substantielle des Etats-Unis. La libération de Gilad Shalit a été un signe de ce retour de l'Egypte. La mise hors jeu d'Ankara, qui gagnait de l'influence sur le Hamas, et celle de Damas, qui bloquait l'échange, a été l'oeuvre du Caire.

Mais la voie est étroite. Si l'Egypte est perçue aux Etats-Unis comme trop hostile à Israël, le Congrès lui coupera les vivres. Qui paiera alors à la place de Washington ? L'Arabie saoudite, aux prises avec une transition dynastique délicate et qui soutient les salafistes ? Ou le Qatar, qui se tient aux côtés des Frères bourgeois et centristes, comme le cheikh Al-Qaradhawi, égyptien naturalisé qatari, prédicateur vedette d'Al-Jazeera ? Et quel sera pour Le Caire le prix de la "générosité" de ses voisins ?

En Libye, les islamistes semblent tout aussi divisés qu'en Tunisie ou en Egypte.

- Oui. La situation en Libye est assez instable car on assiste, là aussi, à une compétition entre les Frères musulmans, les salafistes et d'autres forces. Les dirigeants des différents courants doivent s'adapter à un marché politique en pleine mutation. Même ceux qui entendent conserver et défendre une idéologie radicale devront faire des compromis s'ils veulent arriver au pouvoir. Ce qui est frappant aujourd'hui dans ce pays, c'est la très forte incidence des facteurs régionaux et tribaux. Misrata avait été écrasée par les kadhafistes. C'est une véritable vengeance que les brigades de Misrata ont ensuite exercée contre Syrte, la ville du dictateur. Et c'est à Misrata qu'ils ont ramené son cadavre et celui de son fils, comme des trophées. Comme s'ils voulaient montrer aux montagnards berbères de l'Ouest et aux salafistes radicaux de Cyrénaïque qu'ils entendent prendre leur part dans le partage du pouvoir.

Qu'avez-vous pensé de la déclaration de Moustapha Abdeljalil, le président du Conseil de Transition libyen, sur la charia, source du droit ?

- D'abord, je ne suis pas sûr qu'il ait exprimé la position de la totalité du CNT en s'exprimant ainsi. J'étais en Libye il y a deux semaines. Nombre de ceux avec qui j'ai été en contact n'étaient pas sur cette ligne. A mon avis, Abdeljalil a tenu ces propos pour deux raisons. D'abord pour chercher des appuis, car il est très contesté en raison de son passé au sein du système Kadhafi . N'oublions pas qu'il a été ministre de la Justice - avec tout ce que cela implique - du dictateur. Il a donc besoin, pour le faire oublier, de s'appuyer sur des hommes comme Belhadj (en photo), l'ancien d'Al-Qaida, qu'il a installé au commandement militaire à Tripoli. Ensuite, il est clair que le système tribal en Libye reste très vivace et que la polygamie dans le pays est encore largement répandue.

Les islamistes tunisiens et une partie au moins des Frères musulmans égyptiens revendiquent le modèle de l'AKP turc. La comparaison est-elle fondée ?

- La situation sur ce point est en train de changer. Erdogan apparaissait jusqu'à présent comme islamo-compatible avec le marché et le pluralisme politique, mais le modèle turc est peut-être pris dans ses contradictions. Lors de sa tournée dans les pays arabes, le discours d'Erdogan a été bien reçu en Tunisie. Moins bien en Egypte.
Pourquoi ? Parce que ses hôtes ont eu l'impression qu'en Turquie l'islam a été mis au service de l'Etat turc, perçu comme un concurrent sur le dossier palestinien, mais également pour les projets d'exploitation des gisements de gaz en Méditerranée orientale. Et aussi parce qu'à domicile le modèle turc semble sur le point d'atteindre ses limites. L'AKP avait été à l'origine coopté par la grande bourgeoisie et les grandes entreprises turques, car elle leur permettait de sous-traiter leurs affaires à bas prix au petit patronat anatolien en exploitant les émigrés ruraux sous-payés. Aujourd'hui, la base de l'AKP constate qu'elle a été dupée et envoie au sommet des messages inquiets.

En Syrie, Bachar al-Assad invoque la menace que les islamistes font peser sur son régime pour justifier la poursuite de la répression sauvage des manifestations et le refus de tout changement. Cette menace est-elle réelle ?

- La famille Assad a coopté une partie des oulémas des deux grandes villes que sont Alep et Damas, où la situation est beaucoup plus calme qu'ailleurs (1). La bourgeoisie sunnite de ces villes, qui est liée à l'argent de l'Etat et au commerce avec les pays voisins, ne manifeste guère de volonté de rupture avec le pouvoir, contrairement à ce qui s'est passé en Tunisie. Les Syriens n'oublient pas qu'ils vivent, comme leurs voisins libanais et irakiens, dans un pays divisé entre de multiples ethnies, confessions et sectes, où les classes dominantes sont les victimes désignées de la guerre civile. On peut même imaginer que le prolétariat sunnite se révoltera contre la bourgeoisie sunnite avant de se soulever contre le pouvoir alaouite d'Assad.

D'autre part, si la Tunisie et l'Egypte ont une armée nationale dont le corps des officiers représente globalement la bourgeoisie urbaine, la Syrie dispose en quelque sorte de deux armées. Une armée de gueux : les régiments sunnites qu'on a envoyés occuper et racketter le Liban. Et une autre, de soldats professionnels alaouites, suréquipée en chars, avions et hélicoptères. Ces militaires là, qui sont aujourd'hui chargés de la répression avec la police politique et les milices du régime, savent que, s'ils sont vaincus, ils connaîtront le destin de Kadhafi et des siens.

Propos recueillis par René Backmann
(1) Voir "Baas et islam en Syrie. La dynastie Assad face aux oulémas", par Thomas Pierret, PUF, collection "Proche-Orient"
* Professeur à Sciences-Po et membre de l'Institut universitaire de France, Gilles Kepel, arabisant, est l'auteur de nombreux essais sur le monde arabe et l'islam dont, en 2004, « Fitna. Guerre au coeur de l'islam » (Folio actuel, Gallimard). Il vient de rédiger le rapport « Banlieue de la République » pour l'Institut Montaigne. Son prochain livre, « Quatre-vingt-treize », paraîtra en 2012 chez Gallimard.


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