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Les enjeux électoraux en Tunisie du 23 octobre 2011 : entre libéraux et islamistes ?
Publié dans La Presse de Tunisie le 22 - 10 - 2011


Par Alaya ALLANI
I - La Constituante tunisienne et les perspectives de la montée des Islamistes
Le 23 octobre 2011 sera certainement une date historique dans l'histoire de la Tunisie. En effet, les élections qui vont avoir lieu ce dimanche, vont donner un nouveau fondement de l'Etat tunisien qui aura des impacts sur toutes les générations à venir : la Constituante et la Constitution de la IIe République. Cette Assemblée constituante comprendra 217 sièges, 1.523 listes électorales qui ont déjà été présentées. Les têtes de liste comprennent 93% d'hommes et 7% de femmes.
La durée d'existence de cette assemblée ne pourrait dépasser une année, elle aura en outre pour rôle de désigner un président de la République, un Premier ministre pour cette période transitoire d'une année. En 2012, des élections présidentielle et parlementaires seront organisées selon la nouvelle constitution.
Il existe actuellement en Tunisie 111 partis politiques, dont le 1/3 a des interférences et des relations étroites avec l'ancien régime de Ben Ali. Cinq ou six partis sont d'obédience islamiste et le reste appartient à des tendances libérales, social-démocratie, de gauche, panarabes et des centristes.
Après l'incident de Nessma TV, des observateurs craignent une ascension de la popularité d'Ennahda. Mais les manifestations parallèles antisalafistes qui eurent lieu dimanche 16 octobre tendent à attribuer toujours l'ancien score. Certains observateurs parlent même d'une surestimation de la force des islamistes (on note dans les derniers sondages que 49% des Tunisiens n'ont pas encore fait leurs choix, ils restent indécis et peut-être s'orienteront-ils vers les listes indépendantes ?).
Les islamistes d'Ennahda tiennent toutefois un discours politiquement avancé et idéologiquement salafiste, conservateur et populiste. De nombreux observateurs tendent à lui imputer une tendance antidémocratique ; ils useraient de la démocratie comme un moyen et non une fin en soi.
Le double langage souvent attribué à Ennahda est évoqué par les partis adverses et de nombreux intellectuels s'inquiètent, ainsi qu'une bonne partie de l'électorat, y compris les jeunes (18-35 ans).
Les islamistes d'Ennahda ont récemment présenté leur programme politique, économique et social, on note qu'il y a des lacunes concernant les priorités économiques et les solutions suggérées pour résoudre le problème du chômage.
La campagne électorale n'arrive pas à attirer l'attention des Tunisiens, y compris les islamistes (on note à cet égard des promesses présentées par certains candidats qui relèvent de la chimère ou de la propagande fallacieuse beaucoup plus que des slogans ou programmes pragmatiques).
Les réactions violentes liées à la projection du film Persépolis sur Nessma TV ont été interprétées comme étant une manœuvre pour détourner l'opinion publique des véritables problèmes dont souffre le pays, à l'exemple du chômage et de l'insécurité.
Les libéraux, considérés comme les seuls rivaux des islamistes, pourraient le cas échéant constituer une force réelle capable de réduire leur popularité. Le programme des libéraux repose sur des poncifs d'une démocratie pluraliste, une sécularisation non hostile à la religion et une nette séparation entre le politique et le religieux, (on cite parmi eux le Parti démocratique progressiste PDP de M. Nejib Chebbi, le Forum pour les libertés et le travail FDTL de M. Mustafa Ben Jaâfar et l'Union nationale libre UPL de M. Slim Riahi).
On évoque actuellement l'éventualité de formation d'un gouvernement de coalition nationale regroupant des Islamistes, des libéraux et quelques personnalités de gauche.
II - Les élections traduisent-elles réellement les attentes des jeunes ?
Les jeunes sont les principaux artisans de la révolution tunisienne, ils sont dans leur majorité indépendants et ont joué un rôle crucial dans les sit-in et dans la chute des deux gouvernements de Mohamed Gannouchi. A l'heure actuelle, ils deviennent de plus en plus sceptiques en raison des querelles partisanes et ce en l'absence d'une stratégie gouvernementale concernant la création d'emplois.
Les jeunes évitent de se mêler dans les luttes entre les tendances religieuses et celles politiques, ils préfèrent y substituer un débat national sur les différentes questions qui intéressent la jeunesse, à l'exemple de la réforme de l'enseignement, les perspectives d'emploi, les moyens de divertissement et la culture.
III L'impact des élections de la Constituante sur le monde arabe (Egypte, Libye, etc.)
Les risques de fraude dans ces élections s'amenuisent et deviennent un peu difficiles. Le ministère de l'Intérieur céda sa place au profit de l'Instance supérieure indépendante pour les élections présidée par M. Kamel Jendoubi, un opposant virulent à l'ancien régime, d'autant plus qu'il y aura des centaines d'observateurs internationaux afin de contrôler les différentes opérations électorales.
L'impact de ces élections sur le monde arabe sera important, voire décisif à plusieurs égards :
- Le premier impact concerne l'Egypte et la Libye qui n'ont pas encore organisé leurs élections : la réussite des élections tunisiennes va confirmer qu'une démocratie réelle et pluraliste pourrait servir de modèle à suivre, surtout pour un pays arabo-musulman, longtemps soumis au despotisme.
Dans ce sens, les élections tunisiennes donneront peut-être la preuve qu'à travers une véritable démocratie, toutes les questions liées à la justice sociale, à l'épanouissement culturel, à la participation citoyenne seront au cœur des changements qui vont s'opérer aussi en Egypte et en Libye, particulièrement après la fin tragique de Kadhafi. On a cru entendre le colonel libyen par la voie de M.Abdeljelil évoquer un processus de changement démocratique quasiment copié sur le modèle tunisien : gouvernement de transition, élection d'une Constituante, élection d'un Parlement et élection présidentielle.
De nos jours, une démocratie sans justice sociale engendre automatiquement des troubles sociaux, et ce, à l'exemple de ce qu'on voit aujourd'hui dans les manifestations qui ont envahi le 15 octobre 2011 des milliers de villes dans 80 pays du monde ( y compris les Etats-Unis, l'Europe et l'Asie).
Les Egyptiens sont conscients des défis qui les attendent soit à l'intérieur ou à l'extérieur. Ce qui manque aux Egyptiens actuellement c'est l'esprit de solidarité et de consensus qui a régné au moment de la révolution de février 2011. Ils doivent se mettre d'accord sur une plateforme de réformes fondamentales sur le plan politique, économique et social. Par ailleurs, ils doivent œuvrer pour défendre une citoyenneté totale où chaque Egyptien sera traité sur un pied d'égalité ; cela est nécessaire pour éviter le scenario soudanais.
Pour les Libyens, ils seront les plus influencés par les résultats des élections tunisiennes. L'aspect islamiste du pouvoir libyen ne fait pas peur, c'est un Islam conservateur local ( on note par exemple que les jihadistes libyens ont fait depuis deux ans des débats internes qui ont abouti à des révisions sur le plan doctrinal, rejetant tout acte agressif et terroriste. Plus de 300 jihadistes ont été libérés il y a de cela une année.).
A travers l'Histoire, l'Islam libyen n'a jamais été un Islam radical. Les Libyens vont, certes, profiter de l'expérience d'une démocratie tunisienne pour construire leur nouvel Etat somme toute moderne et démocratique. Il ne faudrait pas oublier qu'il existe une élite libyenne formée en Occident, capable de jouer un rôle important dans l'édification du nouveau régime.
Pour toutes ces raisons, je pense que le succès des élections tunisiennes va permettre un changement profond dans la région maghrébine et arabe et va démontrer qu'un changement démocratique et pacifique interne est possible sans aucune intervention extérieure.
- Le deuxième impact :
Si l'expérience électorale en Tunisie réussissait et mènerait à une démocratie réelle, elle servirait d'exemple ou de modèle, quoique je ne veux pas recourir à ces termes car chaque pays incarne des spécificités propres. De ce fait, on peut en finir avec le mythe israélien qui considère qu'Israël est le seul pays démocratique dans la région.
- Le troisième impact :
La réussite des élections tunisiennes va accélérer le processus de reformes politiques, économiques et sociales dans le monde arabe. Une pensée est dirigée sur ce qui se passe actuellement en Syrie, au Yémen, au Bahreïn et même en Jordanie et dans d'autres pays arabes et qui reflète obstinément un déficit démocratique flagrant dans ces pays. Ce déficit ne va pas durer longtemps car les aspirations des peuples arabes pour l'instauration d'une véritable démocratie et d'une bonne gouvernance vont triompher en fin de compte grâce au printemps arabe.
IV - Des remarques et des constatations
En guise de conclusion, les islamistes soit en Tunisie ou ailleurs auront une bonne part de responsabilité pour que la démocratie s'instaure sans entrave. Une nette séparation devrait s'opérer entre la politique et la religion comme c'est le cas du parti turc (AKP) de M. Erdogan. Ils doivent aussi éviter le double langage et réviser à fond leur base idéologique qui contient plusieurs éléments non conformes aux principes de la démocratie. On note à cet égard que la doctrine ou la base idéologique des islamistes tunisiens d'Ennahda ou même d'autres courants de frères musulmans repose sur les principes de l'Ecole acharite, qui est une école de pensée parue au premier siècle de l'Hégire/neuvième siècle après J.-C. Cette école maintient une lecture plus ou moins littérale du texte sacré, ce qui occulte la raison et laisse une marge très réduite à l'interprétation.
Il serait de l'intérêt de tous de rationnaliser le phénomène islamiste en Tunisie et dans le monde arabe, cela va permettre de réduire l'impact des courants extrémistes et obscurantistes et renforcer ainsi les courants éclairés et modernistes qui sont jusqu'à présent minoritaires. Il est de notre devoir d'encourager ces courants afin qu'ils deviennent, dans peu de temps, majoritaires.
Par ailleurs, il serait souhaitable que les forces démocratiques non islamistes de notre pays prônent un discours politique réaliste, loin des promesses irréalisables, et qu'elles respectent l'identité arabo-musulmane du pays en défendant un Islam tolérant, progressiste et pluriel.


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