Bonne nouvelle: l'eau revient dès ce soir dans ces régions    Le ministre de l'Economie clarifie la question des hausses de salaires et des prix    Bonne nouvelle: hausse des aides sociales et rappel rétroactif depuis janvier    Scatec inaugure deux centrales photovoltaïques phares à Tozeur et Sidi Bouzid    Acheter une voiture ? Voici pourquoi ça coûte le double    Mare Nostrum Voice Festival en Tunisie pour une 3ème édition au Théâtre de l'Opéra de Tunis    Egypte : vers un divorce automatique en cas de consommation de drogues ?    Ons Jabeur maman : une nouvelle page s'ouvre pour la championne tunisienne    Météo en Tunisie : températures toujours en légère hausse    Les étudiants de l'Université de Sfax entrent dans le Guinness des Records avec une startup IA    Tunisie : des changements météo brusques entre chaleur et orages    Ooredoo Tunisie, sponsor officiel de la 50e édition du festival international de Dougga    Près de 18 000 bénéficiaires : les détails du programme de régularisation dévoilés    Nesrine Ben Ali condamnée en Suisse : vols, violences et séjour illégal révélés à Genève    Tunisie – Bac 2026 : cours de soutien scolaire en ligne via la plateforme gratuite Joussour    Coupe de Tunisie : à quelle date se tient le tirage au sort ?    MY FIRST DOC 2026 : à Nabeul, le festival du film documentaire comme acte de résistance et de voyage    Driss Guiga, l'ancien ministre et avocat tunisien est décédé    Le Ribat de Sousse et le Musée archéologique de Sousse abritent le symposium "Le Céramiste du Musée"    Météo en Tunisie : température en légère hausse    Neïla Chaabane - Le professeur Sadok Belaïd nous a appris à réfléchir et à questionner la règle de droit    Driss Guiga, ancien ministre de Bourguiba, est décédé    L'Union Internationale de Banques renforce sa proximité avec les PME et confirme son rôle de partenaire engagé    Qui était Driss Guiga, ancien ministre décédé ce dimanche    Hajj 2026 : une amende de 20 000 riyals pour les contrevenants    Espérance vs Sundowns : où regarder le match en direct ?    Fonction Audio Eraser avec la série Galaxy S26 : pour une immersion totale sur toutes les plateformes de streaming    La menthe verte: Fraîcheur, traditions et art de vivre    Visite nocturne surprise de la ministre de la Justice à Ben Arous    Passerelles Savoirs-Médias : la FTDJ, SavoirsEco et Expertise France engagent une dynamique inédite pour rapprocher recherche et médias en Tunisie    La Cité des Sciences à Tunis accueille le Cosmonaute russe Kirill Peskov    Etude : une sœur "bavarde" protège du stress et améliore le bien-être    Liverpool vs PSG et Atlético de Madrid vs FC Barcelone : ou regarder les demi-finales de Ligue des Champions UEFA    Recrutement de travailleurs tunisiens : la Tunisie et l'Italie signent un accord    Inauguration de Isharat Gallery à Sid Bou Saïd: une réhabilitation lumineuse de l'abstraction tunisienne    Tahar Ben Lakhdar - Sadok Belaïd,L'architecte silencieux d'une réforme qui a changé la Tunisie: Comment la réforme des études d'ingénieurs des années 1990-1991 a refondé le paysage de l'enseignement supérieur tunisien    Général Mohamed Nafti - Trois Lettres Persanes    El Kazma et K-off : Sous le signe du rire, la résilience et la réflexion    9 avril : Musées et sites historiques gratuits en Tunisie    Match PSG vs Liverpool : où regarder le match des Quarts de finale aller de la ligue des champions UEFA du 08 avril    Vidéo-Buzz : la pub LEGO spécial Coupe du monde 2026 avec les stars du foot : secrets de tournage    Analyse - Récupération en Iran: «Il faut sauver le pilote Ryan»    Augmentation tarifs Musées Tunisie 2026 : Agences de voyage en colère    Gouverner dans le brouillard permanent: les trois qualités du dirigeant de demain    Artémis II lancée : une mission spatiale habitée vers la lune, plus de 50 ans après Apollo 17    Mohamed Nafti: L'engrenage de la destruction    L'effet Jaouadi ou le triomphe de l'excellence opérationnelle    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



10 ans de destruction économique massive
Publié dans Le Temps le 14 - 01 - 2021

Les Tunisiens fêtent aujourd'hui le 10ème anniversaire de la « Révolution ». Des festivités au goût amer où s'emmêlent décrépitude, désillusion et désespoir. En dehors d'une crise sanitaire hors norme, la Révolution du jasmin a été malheureusement fanée. Comme écrivait le journaliste et historien Français Alain-Gérard Slama : « la Tunisie : sous le jasmin du cactus ». 10 ans après le soulèvement populaire et la chute du pouvoir de Ben Ali, la classe politique- toutes couleurs confondues- de gauche à droite a échoué à relever les défis de la Révolution : « Travail, dignité, liberté ». Pas ou prou de création de richesses, un taux de chômage en croissance, une population de plus en plus pauvre, des régions de plus en plus défavorisées et de moins en moins de justice sociale. Bref, une économie agonisée ou presque. L'instabilité politique et sécuritaire, les tensions sociales mixés à un amateurisme politique ont fait vaciller la stabilité macro-économique post « Révolution ».
D'une croissance de 3,7% à une décroissance de 7,3% en 2020
Aujourd'hui, tous les indicateurs clignotent au rouge et le risque de « faillite » plane sur la Tunisie. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Nonobstant la tyrannie et le despotisme qui ont marqué les 23 années du règne de Ben Ali, la stabilité macro-économique de la Tunisie a permis de soutenir la croissance avant la révolution. Le PIB réel est passé de 6,3 % en 2007 à 3,1 % en 2009. L'économie a tout de même retrouvé un peu d'élan en 2010, peu avant le soulèvement populaire avec une croissance de 3,7 %. En 2011, au lendemain de la révolution la Tunisie a enregistré une croissance négative de -1,92% pour passer à 4% en 2012, 2,88% en 2013, 2,97% en 2014, 1,19% en 2015, 1,26% en 2016, 1,82% en 2017, 2,48% en 2018 et 1% en 2019. En 2020 et sur fond de crise sanitaire inédite, le taux de croissance a dégringolé pour finir l'année avec une décroissance de 7,3%. Les prévisions des institutions internationales sont trop optimistes pour l'année 2021. Dans son dernier rapport, la Banque Mondiale table sur une croissance de 5,8%. Une reprise qui reste tributaire de l'évolution de la situation sanitaire mais aussi de la capacité du gouvernement à engager les réformes structurelles nécessaires à asseoir un nouveau modèle de développement et de jeter les bases d'une relance économique et sociale durable et inclusive. Une stabilité politique, sociale et sécuritaire sont les ingrédients du succès d'une transition économique tant souhaitée. Même si l'indice de la démocratie s'est nettement amélioré en 2020 avec un score global de 6.41 sur 10, les pouvoirs politiques ont échoué à gagner le défi économique et social.
Mauvaise gestion des finances publiques :
le déficit budgétaire passe de 1% du PIB en 2010 à 13,4% en 2020
Sur le plan des finances publiques, la situation est hors de contrôle. Hormis la baisse de la production et de la productivité, l'économie tunisienne pâtit sévèrement d'une très mauvaise gestion des finances publiques au cours de la dernière décennie. L'endettement public et l'endettement extérieur ont atteint des niveaux alarmants. La politique de relance adoptée par les gouvernements post-révolution, entre autres la fameuse politique de go&stop a montré ses défaillances mettant à plat les équilibres financiers du pays. Les déficits jumeaux se sont creusés davantage. En 2010, le déficit budgétaire était de 650 millions de DT (1% du PIB), en 2018, il s'est élevé à 5,2 milliards de DT, soit 10% du PIB. Aujourd'hui, nous sommes à 14, 2 milliards de déficit budgétaire, soit 13,4% du PIB.
Le besoin de financement de l'Etat était de 1,8 milliard en 2010, il est passé à 10 milliards en 2018 et à 21,5 milliards de dinars en 2020. Pour ce qui est des dépenses, elles sont passées de 14 milliards de DT en 2010 à 43,7 milliards de dinars estimés dans la LF complémentaire 2020 dont 19,2 milliards de DT de masse salariale. Rappelons que 92000 fonctionnaires ont été recrutés dans la fonction publique en 2012 dont 6000 dans le cadre de l'amnistie générale décrétée en 2012 par le gouvernement de la troïka. Et ce sont ces mesures arbitraires qui ont largement contribué à la détérioration des finances publiques et ce parallèlement à un asséchement des ressources.
La dette publique devait atteindre 90% du PIB en 2020, soit l'équivalent de 100 milliards de dinars contre 40,7% en 2010. L'endettement extérieur est passé de 48,8% du PIB en 2010, 86% en 2018 pour culminer à 107,8% du PIB en 2020.
Selon l'ITES, « si en 2010, le déficit était trop faible par rapport aux problèmes sociaux (l'endettement aurait pu résorber la pauvreté), il est aujourd'hui trop élevé au regard des besoins de financement de l'Etat (l'Etat emprunte pour combler le déficit mais aussi pour rembourser sa dette) ».
Ainsi, pour 2021, la Tunisie aura à faire face à une dette publique autour de 100% du PIB si l'on prend en considération les pertes des entreprises publiques et de 1 milliard de dinars en relation avec le litige de la BFT.Le Chef du gouvernement Hichem Mechichi, a affirmé au lendemain de son investiture que son gouvernement s'attèlera à stopper cette hémorragie des finances publiques. Reste à savoir le comment du pourquoi.
Un chômage en hausse et une pauvreté qui grimpe à 22%
Le chômage et la lutte contre la pauvreté ont toujours été le défi du gouvernement tunisien même avant la Révolution. C'est d'ailleurs l'inégalité sociale, la corruption et le chômage élevé auprès des diplômés de l'enseignement supérieur qui ont poussé le peuple tunisien et les autres pays du « printemps arabe » à se soulever et à renverser les régimes dictatoriaux. Toutefois, force est de constater que la situation ne s'est guère améliorée et le taux de chômage passe de 13% en 2010 à 14,9% en 2019 et sera autour de 16 à 17% en 2020. Il faut dire que sur fond du covid, 260.000 chômeurs se sont ajoutés à la population inactive au troisième trimestre de l'année 2020 selon l'INS et 69.3 mille auraient perdu leur travail à cause de la pandémie. Toutefois et en dehors de l'impact de la pandémie, les gouvernements successifs post-révolution n'ont pas apporté des réponses au déséquilibre chronique et structurel du marché de l'emploi et ils se sont limités aux mesures de rafistolage, question d'apaiser les tensions sociales et de jouer la carte de la paix sociale.
15,5% des Tunisiens étaient sous le seuil de pauvreté en 2010, en tenant compte d'un seuil de dépenses de 5,50 dollars en PPA, la proportion de pauvres et de personnes vulnérables devrait augmenter de 16,6 à 22 % de la population totale en 2020. Le taux d'extrême pauvreté restera cependant inférieur à 1% en 2020 sans compter les disparités régionales. Selon la carte de la pauvreté élaborée par la BM et l'INS, le taux de pauvreté s'élève à 28.4% au Nord-Ouest et à 30,8% au Centre-Ouest.
La hausse exponentielle du chômage et de la pauvreté en Tunisie est corrélée à la hausse spectaculaire des prix enregistrée au cours de cette dernière décennie. Malgré la maîtrise de l'inflation au niveau de 5,6% en 2020 contre 6,7% en 2019 et 7,3% en 2018. La politique monétaire suivie par la BCT a certes réussi à inverser la tendance et à éviter une inflation à deux chiffres, toutefois elle n'a pas évité l'érosion du pouvoir d'achat du tunisien.
La corruption d'un cercle restreint à un cercle élargi
La corruption ce fléau ravageur qui gangrène le pays depuis des décennies ne fait qu'augmenter. Si avant la Révolution la corruption se limitait à un cercle plus ou moins restreint principalement autour de la famille de Ben Ali, aujourd'hui le cercle s'est élargie pour toucher les plus hauts responsables de l'Etat. Le dernier dossier des déchets italiens en est l'exemple frappant. En dépit de la mise en place d'institutions de lutte contre la corruption à l'instar de l'INLUCC (l'Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption), la tendance de la corruption demeure haussière comme en témoigne le dernier classement de la Tunisie par l'indice global de la perception de la corruption de Transparency International où la Tunisie occupe le 74ème rang mondial sur 180 économies.Tous les gouvernements post-révolution ont placé la lutte contre la corruption comme la priorité de leurs priorités, toutefois ils ont tous échoué à faire face à ce fléau au vue d'un mariage illégal entre le politique et l'économique.
YGA


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.