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La Déclaration de Djerba :Un acte mort-né
Mémoire collective : janvier 1974
Publié dans Le Temps le 29 - 01 - 2008


I - L'enthousiasme

Il y a 34 ans, les Tunisiens étaient pris de court par cet événement que fut l'annonce à travers les médias, d'une union de la Tunisie avec la Libye baptisée « République Arabe Islamique ».
On se frottait les yeux, on se pinçait, pour réaliser qu'il s'agissait d'une réalité et non d'un rêve, tellement cette nouvelle était inattendue.
En fait, une telle union n'est pas si irréalisable qu'on le pense. D'autant plus que beaucoup de Tunisiens ont des origines libyennes, et que la Tripoli ou la Tripolitaine faisait partie intégrante du Maghreb.
Il y a, cependant, la main-mise du colonisateur sur cette partie de l'Afrique qui a faussé les données et brouillé les cartes.
Les frontières avaient été plusieurs fois chamboulées entre les pays du Maghreb, en fonction des intérêts des uns et des autres parmi les colonisateurs, notamment italiens et français qui se sont partagés le gâteau à leur gré.
De même que durant l'hégémonie turque, l'empire Ottoman considérait les pays du Maghreb comme étant des provinces turques.
Des villes étaient tantôt rattachées à la Libye, tantôt à la Tunisie telle que l'Ile de Djerba qui faisait partie de la Tripolitaine jusqu'au 16è siècle.
Durant la période coloniale, les militants étaient favorables à l'idée du grand Maghreb car ils étaient tous solidaires, fussent-ils Algériens, Marocains, Libyens ou Tunisiens.
Ce fut le colonisateur qui pratiquait constamment la politique : diviser pour mieux régner.
Au fur et à mesure que les pays du Maghreb étaient libérés du joug du colonialisme, les nouveaux Etats s'occupaient, chacun de son côté, à résoudre les problèmes dûs aux multiples ingérences du colonisateur qui ne s'intéressait qu'à son propre intérêt au détriment de l'intérêt général du pays.
Ces problèmes différaient d'un pays à l'autre. Sur le plan social, économique ou politique.
Cela dit, l'idée de l'Union du Maghreb revenait toujours sur le tapis, au cours des rencontres ou congrès entre les chefs d'Etats maghrébins. Bourguiba ressassait ce thème du grand Maghreb arabe depuis l'aube de l'indépendance.
Déjà en janvier 1957, un trait de fraternité fut signé entre la Tunisie et la Libye qui avait alors encore à sa tête le roi Idriss Essenoussi.
Le leader Bourguiba rappelait souvent dans ses discours, ses origines libyennes, son aïeul étant originaire de Misrata, disait-il, toujours.
Quand le colonel Kadhafi accéda au pouvoir en 1969, il avait à peine trente ans.
Il était féru du nationalisme arabe, le dada du président égyptien Jamel Abdennasser.
Cependant, celui-ci était pour la grande union du monde arabe, y compris le Maghreb qui, d'après-lui en faisait partie intégrante.
Kadhafi, encore jeune à l'époque et nassérien convaincu, déclarait à sa prise du pouvoir, qu'une union maghrébine risquait de retarder le processus de l'unité arabe.
Or, au fil du temps, il commença à changer d'avis, surtout après l'échec du projet d'union avec l'Egypte annoncé en 1972.
L'idée d'une union de la Libye avec les pays du Maghreb, dont notamment la Tunisie, commença à germer dans l'esprit du colonel Kadhafi.
Toutefois, l'idée d'une union entre l'Algérie et la Libye fut suggérée par le colonel lors de sa rencontre avec Boumédiene à Hassi Messaoud.
Bourguiba qui eut vent de ce projet encore en gestation, se formalisa qu'il n'en fût même pas informé.
Ce qui l'incita à agir auprès du colonel Kadhafi pour le résoudre à abandonner un tel projet.
A l'occasion de la fête de la révolution libyenne, il rendit visite au colonel dans le dessein, non seulement de l'en dissuader, mais aussi de l'amener à concrétiser une union avec la Tunisie.
Le colonel le prenant au mot émit le désir de venir en Tunisie en visite officielle, par l'intermédiaire de Mohamed Masmoudi, alors ministre des Affaires étrangères.
Il débarqua le 11 janvier 1974 à Djerba, où il fut reçu par un membre du gouvernement tunisien et passa la nuit à l'hôtel Ulysse.
Le rendez-vous de sa rencontre avec Bourguiba ayant été fixé au 12, celui-ci arriva à cette date accompagné d'une délégation officielle.
Arrivé à l'hôtel Ulysse, Bourguiba fut directement reçu par le colonel Kadhafi qui demanda à rester avec lui en tête à tête.
L'entretien dura une heure à peu près. Puis, en présence de la délégation qui attendait à l'écart, la déclaration rédigée vraisemblablement par le colonel lui-même sur un papier à en-tête de l'hôtel fut lue à l'assistance par le ministre des Affaires étrangères Mohamed Masmoudi.
« Les deux pays formeront une seule république : la République arabe islamique, dotée d'une seule constitution, d'un seul drapeau, d'un seul président, d'une seule armée et des mêmes organes exécutif, législatif et judiciaire. Un référendum sera organisé le 18 janvier 1974 ».
L'union était signée !
Selon les documents, Bourguiba était président de la République Arabe Unie et Kadhafi vice-président et chef d'état-major. Il y avait également des ministres tunisiens et libyens.
L'après-midi, les médias annonçaient cette nouvelle et le ministre des Affaires étrangères lut une seconde fois la déclaration de l'union sur les trois radios tunisiennes : Tunis, Sfax et Monastir.
Des jeunes sortaient pour fêter l'évènement à travers les rues de la capitale en scandant : « Allahou Akbar », « Vive l'union ».
(A suivre)


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