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Candidats au « purgatoire »
Emigration : Partir, partir et par tous les moyens
Publié dans Le Temps le 17 - 01 - 2009


Ce que dit la loi
Nos jeunes dans leur majorité, ne rêvent aujourd'hui qu'immigrer vers les pays occidentaux et surtout européens.
Les raisons sont multiples mais les risques d'une telle ouverture rendent cette entreprise peu digne d'intérêt.
L'image qu'a pu faire l'Occident de sa culture, de son mode et cadre de vie sont pour beaucoup dans cette tentation, qui devient chez certains un rêve voire une obsession.
En effet, ce que regardent nos jeunes à la télé n'est que la face cachée d'une autre réalité. On leur diffuse plutôt des messages destinés généralement à la promotion de l'image de ces pays.
Un autre facteur non moins important est celui de nos Tunisiens à l'étranger lors de leur retour estival avec un côté un peu "frimeur" et un comportement assez ostentatoire. Ils sont « enviés» par les jeunes et cela fait miroiter dans leurs têtes les mirages de l'eldorado.
Le côté culturel et psychologique entre également en jeu. L'être humain, comme disait Ibn Khaldoun, est souvent fasciné par le comportment et le mode de vie de celui qui le « devance » (la relation vainqueur-vaincu).
Pour arriver à rejoindre l'autre rive de la Méditerranée, les sacrifices sont énormes et la méthode varie.
La voie pourrait être illégale et donc l'immigration est clandestine et donc la mission devient périlleuse périlleuse. Elle pourrait être légale et comporte dans ce cas moins de risques mais, tout de même, elle n'est pas toujours de tout repos.

Des risques énormes et non calculés
La Mare Nostrum , un lien éternel entre les deux rives, facilite les tentations de rejoindre les côtes européennes d'une manière clandestine certes mais également rapide. Inutile de rappeler que le phénomène s'est propagé au point qu'il existe même des filières spécialisées pour "faciliter" la traversée jusqu'à généralement Lampedusa. Mais il s'agit de filières qui ne garantissent rien. Parfois il s'agit tout simplement d'un leurre et d'une simple escroquerie. Les candidats dans ce cas sont tout simplement transférés à bord d'embarcations de fortune à partir des côtes d'une ville tunisienne à une autre et ce durant la nuit.
Malgré un durcissement , depuis 2004, de la législation relative au passage clandestin de la frontière, le phénomène est loin d'être endigué. Rien à faire et on continue à prendre des risques au péril de sa vie.
Les embarcations de fortune entassées de « candidats au purgatoire » sont un véritable danger de mort. Il suffit de se référer aux rubriques "faits divers" des journaux pour constater les drames causés par cet entêtement à franchir la frontière "coûte que coûte".
Les statistiques récentes publiées par le Haut comité des Nations Unies pour les réfugiés ont de quoi laisser perplexe. Plus de 700 mille clandestins ont pu rejoindre en 2008 les côtes italiennes. Ce chiffre ne concerne, bien évidemment pas que la Tunisie, mais nos jeunes font partie. La majeure proportion de ce chiffre alarmant concerne des ressortissants des pays de l'Afrique sub-saharienne.

Des barrières d'un autre genre
Pour le volet "régulier" de l'immigration, les difficultés et les obstacles ne sont pas des moindres.
Que ce soit pour le regroupement familial, pour le mariage mixte ou pour les études, les conditions imposées par les consulats européens sont drastiques que ce soit du côté de la liste des pièces et justificatifs à fournir ou du côté frais et également des conditions matérielles pour obtenir ce "laissez-passer" pour « le paradis ».
Quoique améliorées depuis un certain temps, les conditions d'accueil laissent souvent à désirer. Les files d'attente sont toujours là. Le système de prise de rendez-vous via la messagerie vocale, par exemple, n'a pas permis d'améliorer les choses. Ajouter à cela qu'il est source de frustration de part l'absence de contacts avec les responsables du consulat et donc l'absence d'explication en cas de rendez-vous un peu décalé surtout pendant l'été, période de "pointe".
Qu'elle soit légale ou clandestine, le constat est presque le même. Que de difficultés sinon de risques peu calculés et derrière tout ça se cache un refus d'accueillir. La "demande" dépasse de loin "l'offre" et les demandeurs sont considérés comme des intrus indésirables pour leur hôte.

Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?
Mais derrière tout ça, qu'est-ce qu'on cherche en fait ? Améliorer sa situation financière, ses connaissances et son savoir-faire, surtout pour les étudiants et les cadres ou changer de cadre de vie. Les motifs sont variés et multiples. Reste que pour le cas du regroupement familial, il répond à l'objectif de rejoindre sa famille, excepté le cas des mariages arrangés et contractés dans le seul but d'avoir le visa. Mais, l'intention réelle des futurs « époux » est difficile à prouver le jour de la conclusion du contrat.
Sur le plan matériel, il y a beaucoup de mythes et de stéréotypes qui sont malheureusement très répandus.
On ne voit que le montant du salaire sans prêter attention au pouvoir d'achat une fois arrivé sur place.
A part les qualifications de haut niveau, le salaire que peut toucher un maçon ou un plombier est proportionnellement presque le même qu'en Tunisie. Un travailleur payé 15 à 20 dinars par jour en Tunisie serait rémunéré en France pour les mêmes tâches dans les 1500 euros par mois. Un salaire tout à fait banal et qui ne saurait permettre de joindre les deux bouts du mois.
La majeure partie des immigrés à faible qualification se trouvent obligés de se rabattre sur le complexe système des allocations et aides sociales mises en place dans plusieurs pays européens pour faciliter "l'intégration" des populations d'origine étrangère.
Des aides scolaires, des allocations familiales pour encourager à la natalité! Et également une prise en charge d'une partie du loyer.
Résultat : on fait temporairement "gonfler" les revenus du ménage. Mais les problèmes attendent et commencent à se faire sentir petit à petit à l'approche de l'âge adulte des enfants. Les pères se servent de ces allocations pour améliorer le quotidien de leur foyer sans se soucier des difficultés qui leur attendent à l'âge de majorité des enfants.
Quant au cadre de vie rêvé, il va se réduire tout simplement à partager la misère des quartiers difficiles dans la banlieue des grandes villes.
Des quartiers qui n'ont rien de différent avec les quartiers « populaires » en Tunisie, à la différence qu'ils encouragent à l'acculturation et au déracinement car ils s'agit souvent de melting-pots misérables.
N'en parlons pas de ceux vivant en Europe en situation irrégulière. C'est un quotidien de calvaire. On vit avec la peur au ventre. Le risque de reconduction à la frontière est toujours présent. Travail au noir et donc pas d'avantages sociaux et risque de tomber dans le piège du gain facile lié notamment au trafic de drogue. L'alternative est de contracter un mariage avec une ressortissante du pays pour pouvoir régulariser sa situation administrative. Là aussi la tâche n'est guère facile.
Les mariages arrangés ou "blancs" sont presque la règle. On n'est pas encore sorti de l'auberge.
Trouver un "national" qui accepte de se marier avec un "étranger", de surcroît en situation irrégulière, est difficile (indépendamment de la rhétorique du "racisme" qui est un peu exagérée).

Quelle manière pour s'adapter ?
Pour les cadres et ceux ayant une haute qualification professionnelle, le problème financier se pose avec moins d'acuité mais la difficulté est plutôt d'ordre culturel et est liée surtout à la capacité des uns et des autres à s'adapter avec les us et coutumes des pays d'accueil.
Ces dernières années et même chez cette catégorie, on constate un certain repli identitaire et un refoulement dans la religion et les traditions du pays d'origine. Cette situation est essentiellement due à la montée de la suspicion et des craintes engendrées par un climat délétère suite aux événements du 11 septembre.
Un grand défi se cache donc derrière tout projet à l'immigration vers l'Europe dont peu de gens s'aperçoivent dès le début. C'est celui de l'avenir des enfants nés de parents étrangers.
Ces derniers se trouvent à un certain âge de leurs enfants, confrontés à un problème difficile à gérer, celui de la « double culture » de leurs propres enfants.
Ils sont tiraillés entre un comportement et une culture des parents à la maison différente (ce qui est tout à fait normal) de celle véhiculée par le pays d'accueil et ses institutions (école, médias, administrations, associations...). Dans ce cadre précis, tout le discours égalitariste relatif au « vivre-ensemble » et à la « coexistence des cultures » est, aux yeux de ces jeunes, un discours creux. Ils sont toujours à la recherche de leur propre personnalité et peinent à trouver le bon chemin pour apprendre les valeurs de la modernité.
Dans une situation pareille, il est très difficile de s'attendre à quelque chose de positif. C'est le prix à payer.
Opter pour l'immigration, quelle quel soit, c'est accepter un certain égarement de ses enfants.
Certains pensent que la solution serait d'accepter "l'européanisation" de ces jeunes car ils sont des citoyens dans les pays d'accueil et il serait inutile de leur nouer des attaches culturelles avec le pays d'origine. Mais ce sera se trahir soi-même et se renier pour les parents. Chose que personne ne peut l'admettre. Somme toute, un tableau peu reluisant. L'envie et l'obsession de rejoindre définitivement l'autre rive est source de problèmes futurs et lointains quasi insolubles. A chacun de peser le pour et le contre.
Mounir JOMNI
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Ce que dit la loi
Selon les principales dispositions de loi organique n° 2004-6 du 3 février 2004, modifiant et complétant la loi n° 75-40 du 14 mai 1975, relative aux passeports et aux documents de voyage, est puni de trois ans d'emprisonnement et d'une amende de huit mille dinars quiconque aura renseigné, conçu, facilité, aidé ou se sera entremis ou aura organisé par un quelconque moyen, même à titre bénévole, l'entrée ou la sortie clandestine d'une personne du territoire tunisien, par voie terrestre, maritime ou aérienne, soit des points de passage soit d'autres points.
La peine pourrait atteindre quinze ans d'emprisonnement et cinquante mille dinars d'amende, s'il résulte de l'infraction une incapacité physique supérieure à 20% aux personnes qui ont été introduites dans le territoire tunisien ou emmenées hors de ce territoire.
La peine est de vingt ans d'emprisonnement et de cent mille dinars d'amende, si la mort s'en est suivie.


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