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Ces coquilles qui sautent aux yeux
Pancartes, plaques, panneaux
Publié dans Le Temps le 03 - 05 - 2009

Pancartes, plaques, écriteaux et panneaux sont affichés partout : dans les rues, sur les murs des maisons, des édifices publics et des bureaux privés. Le citoyen a sans doute besoin de ces indicateurs qui renseignent et facilitent l'accès aux différents services dont il a quotidiennement besoin.
Chez nous, la majorité de ces pancartes et panneaux sont écrits généralement en deux langues, l'arabe et le français. Seulement, il arrive souvent qu'on tombe sur des panneaux ou des écriteaux, attachés sur les façades de certains commerces artisanaux (épiceries, boucheries, quincailleries, menuiseries, pâtisseries, boulangeries...) qui présentent des fautes d'orthographe ou des traductions incorrectes et difficilement identifiables et même répugnant.

Ces coquilles qui sautent aux yeux
Parfois on rencontre des panneaux dont les indications sont ambiguës et même contradictoires, comme " Boucherie de la paix ", pour la simple raison qu'elle se trouve rue de la paix ; le concepteur de ces panneaux tombe ainsi dans un contresens grave en associant deux termes diamétralement opposés " boucherie " et " paix ". Certains propriétaires de boutiques ou d'ateliers écrivent le contenu de leurs pancartes en deux langues, en arabe ou en français, sans que la traduction, dans les deux sens, ne soit correcte. Dans ce cas, on peut remarquer l'existence de centaines de pancartes portant plutôt la transcription du mot français en arabe et inversement ; il ne s'agit donc pas d'une traduction, mais bel et bien d'une reproduction phonétique du mot, comme par exemple cette pancarte accrochée sur la façade d'une friperie sur laquelle, on peut lire en français " fripe de luxe" avec une transcription phonétique en lettres arabes, en guise de traduction. Comme autre exemple, cette plaque au-dessus de la porte d'un garage où est écrite en lettres arabes l'expression : " Réparation de pare-choc " avec une soi-disant traduction qui reprend le mot " pare-choc " tout comme il se prononce, mais en lettres arabes, comme si le mot n'avait pas son équivalent arabe ! Encore un exemple de ces traductions incorrectes, celui qui transcrit sur son panneau l'expression " Express food " en caractères arabes, quand bien même la traduction littérale " Okla sariâ " trouverait le même écho chez le client, et serait peut-être plus accessible pour un arabophone ignorant la langue anglaise !

" Plonbier "
Il y a aussi cette ignorance ou ce mépris des règles de la langue française qu'on peut constater parfois sur des pancartes de certains commerces qu'une personne attentive peut remarquer facilement tellement elles sautent aux yeux, mais qui peuvent passer inaperçues pour quelqu'un ignorant la langue de Molière. Aussi voit-on souvent des fautes d'orthographe dans les noms des métiers ; comme " plonbier " s'écrit avec " n " au lieu de " m ", ou le mot " tolier " sans accent circonflexe su le " o ", ou encore le " s " qui est souvent oublié ou négligé chez certains commerçants qui écrivent sur leurs pancartes : " fruit sec ", comme s'il s'agit d'un seul fruit sec à vendre ! Encore un exemple " Ici on vend le glacon " où l'on peut constater deux incorrections, d'abord l'omission de la cédille et, au niveau de la construction, ensuite il fallait écrire " du glaçon ", avec l'article partitif ! Bref, les fautes d'orthographe sur les pancartes, les panneaux et les écriteaux, ce n'est pas ce qui manque chez certains commerçants ou artisans. Cependant, l'on se demande pourquoi ces inscriptions erronées restent des années sans que personne n'ose faire la remarque au propriétaire afin qu'il tente de corriger la faute ! Serait-ce l'indifférence ou la peur de causer des vexations au propriétaire qui ne peut pas les supporter, peut-être ! De telles fautes, commises par inadvertance ou par ignorance, pourraient passer parfois inaperçues surtout quand elles sont écrites sur une petite plaque de métal rouillée accrochée sur la porte d'un garage de mécanicien ou un atelier de tôlerie. L'erreur devient cependant plus flagrante quand elle est affichée en très grand sur des pancartes géantes, visibles de très loin. Que ce soit en français ou en arabe, ces fautes d'orthographe sont nombreuses sur ces panneaux affichés par les propriétaires des petits projets industriels ou commerciaux qui souvent décident tout seuls du contenu de ces panneaux et se permettent de traduire ce contenu comme bon leur semble, d'une manière hâtive et incorrecte.

Soigner le contenu des panneaux et pancartes
L'on se demande comment des panneaux comportant des erreurs pareilles peuvent rester des mois et peut-être des années sur une voie publique, au su et au vu de tous les passants, sans être démolis ou du moins corrigés. Les touristes qui viennent nombreux chez nous, passent dans nos rues et visitent tous les recoins pour prendre des photos ; ces panneaux n'échappent pas à leur attention, ce qui peut ternir l'image du Tunisien supposé être bilingue ou polyglotte ! Ils seraient offusqués de voir leur langue (français/anglais) subir ces déformations mais certainement amusés de notre négligence ou maladresse. Nos enfants aussi qui, à force de voir ces anomalies sur les panneaux rencontrés sur leur chemin de l'école, finissent par admettre, imiter ou s'inspirer des fautes de ces panneaux ou de leurs messages mal traduits. L'erreur est humaine, n'en disconvenons pas, mais à partir du moment où ces plaques et ces pancartes sont exposées au public, un minimum d'attention de la part de leurs concepteurs est exigé. Dans les pays dits développés les panneaux et les pancartes portant des inscriptions erronées ou mal traduites ou encore illisibles sont immédiatement retirés des lieux publics, partant du principe que le contenu de ces panneaux doit être clair, lisible, sans ambiguïté et sans fautes d'orthographe. Un panneau, une pancarte ou un écriteau affichés sur les toits, sur les façades des commerces ou même sur le trottoir devraient être rédigés soigneusement et présentés avec un graphisme attirant. Malheureusement grand nombre de nos commerçants, de nos industriels et de nos prestataires de services n'accordent pas d'importance à ces choses-là.


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