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Kerkennah, cet archipel oublié
Reportage
Publié dans Le Temps le 11 - 07 - 2009

Durant la traversée vers Kerkennah, l'eau de plus en plus noire laisse flotter en surface des algues, signes d'une flore saine selon des spécialistes à bord. De rares dauphins offrent par leurs sauts hors de l'eau un spectacle enivrant de beauté.
Cet avant-goût de Kerkennah semble annonciateur d'une parole qui ne peut que tenir sa promesse.
Une fois arrivée à destination une cohue mêlant piétons et véhicules altère le calme de la traversée. Certains " speedés " nous affirment qu'en cette canicule, si on ne se presse pas on risque de ne pas trouver de taxis pour nous mener à destination. Court qui peut donc et que l'exploration commence. Au fur et à mesure que l'on s'aventure dans cette région recluse et organiquement détachée du territoire un constat de désolation se refuse à nous. Il faut dire que tous les paramètres d'un environnement paradisiaque sont présents. Un patrimoine de superbes et uniques palmiers dattiers qui aux dires de certains experts constitue une inestimable richesse naturelle des îles de Kerkennah parce que représentant un véritable réservoir de dattiers pollinisateurs.

Le Fond marin en péril
L'archipel contourné d'un bleu azur offre à étendue du regard une atmosphère où règne béatitude, calme et recueillement. Mais quelque chose d'imperceptible se fait sentir. Une population rare. Une pollution agressive. Un développement tatillonnant visible à l'œil nu même face à certaines villas pimpantes qui affichent plus une anarchie urbanistique que des signes ostentatoires de prospérité de la région.
Les initiatives et projets locaux sont rares pour ne pas dire absents. Une visite de terrain au niveau d'un des projets du Lions Club Sfax Thyna traduit, si besoin est, ce dont souffre le plus Kerkennah, à savoir des initiatives identiques mais surtout une dynamique offensive des habitants de l'archipel. Pas une seule association de développement locale. Autant d'énergie mise en veille et pourtant que de potentiels. Grâce à un appui du Fonds Mondial de l'Environnement un projet s'attèle à préserver l'écosystème marin et la pêche traditionnelle dans les îles de Kerkennah. Hafedh Hentati secrétaire général du Lions Club Sfax Thyna explique le péril qu'encoure ce fond marin. La pêche a de tout temps été la principale source de revenu de la population locale. Celle-ci repose sur un système traditionnel fixe unique en son genre en mer méditerranée connu sous l'appellation de " Charfia ". Le principe est basiques, mais ingénieux pour les propriétaires - il faut souligner que dans cette région les particuliers possèdent un droit de propriété sur des lotissements marins qui avait pour instigatrice Aziza Othmana - il consiste à quadriller un circuit pour les poissons avec des palissades en branches de palmiers jusqu'à ce qu'ils échouent dans des nasses où les poissons une fois entrés, ne peuvent plus ressortir. Plus respectueux et plus sain on ne peut trouver.

Pratiques barbares
Or, le gain rapide et facile pousse depuis un certain temps de nouveaux intrus qui agissent en parfaite illégalité et selon les témoignages de certains en totale impunité, à rompre ce fragile équilibre entre besoins locaux et développement de ce secteur. Aussi de véritables " braconniers " ont d'ores et déjà rompu ce magnifique équilibre écologique par des pratiques barbares qui ont fait disparaître certaines espèces voire chambarder une faune et flore meurtrie. Comment ? En introduisant une pêche où les chalutiers et les barques dites à " tartaronnes " plus connus sous le nom de " Kis " grattent à large spectre le fond marin occasionnant des dégâts inouïs en termes de biodiversité.
L'astuce pour rétablir et reconstituer un équilibre rompu est menée par une initiative participative avec les pêcheurs de la localité d'Ouled Ezzeddine qui poursuivent la fabrication de récifs artificiels. Ce récif est une sorte de cube en ciment armé d'une dimension de 70x70cm avec, de chaque côté des barres en fer de 70cm. Chaque pièce contient une brique d'un côté et une gargoulette incrustée de l'autre qui servent de gîtes, une fois larguée dans l'eau, aux poissons et poulpes. L'efficacité indéniable de ces récifs artificiels, selon les dires de l'un des représentants d'Ouled Ezzeddine, réside dans la capacité de ce dispositif à dissuader les moyens de pêche illégale précédemment décrits. Les moyens manquent et le largage est souvent difficile à faire. La question qui s'impose : que font les autorités locales ?

Un patrimoine qui part en ruines
Mais Kerkennah continue à nous paraître paradisiaque surtout après une embarcation pour voir les " Charfia " de près et voir ses poissons trépidents, frais, luisants sous un soleil clément. Et ce soleil, magnifique à la tombée du jour qui n'a pas son pareil dans une autre région de la Tunisie. Ce soleil qui plombe les vestiges d'un site archéologique qui règne comme un fantôme dans ces lieux incertains où aucune indication ne vient étayer l'histoire de ces ruines. On apprend, aussi que ces fresques de mosaïques qui gisent sur la terre sont plus étendues encore sous la mer. Aucun chercheur ne s'y intéresse ? Un patrimoine qui part en ruine, pour des ruines ceci est inexplicable, et pour l'histoire, il semblerait que les pillages sous marins vont bon train. Le vrai du faux importe peu face à l'évidence d'un oubli affiché de cet archipel.
Enfin, un dernier détour chez un des derniers " mohican " de cette région. Abdelhamid El Fehri qui habite du côté El Abbassia nous fait visiter une perle. Un musée qu'il a construit de pièce en pièce avec une patience et une passion digne de tout respect et considération. Il y concentre un patrimoine insulaire rare et inédit puisqu'on y trouve le squelette d'une immense baleine qui aurait échoué en 2003 sur les rivages de l'archipel. Là où il était impossible de s'imbiber des us et coutumes de la région, le musée a permis de remonter le temps, de toucher à un art de vivre qui ne s'exprime plus, à apprécier des richesses qui ne se troquent plus à l'image de ses palmiers dattiers qui font façade aujourd'hui...ou plutôt qui résistent, contre vent et marée contre une logique qui n'a pas son nom.
L'archipel oublié à cause de ces palmiers gardera toute sa majesté...jusqu'à ce que son heure vienne.


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