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L'œil de Rita, dernière création du luthiste Anouar Braham
Publié dans Le Temps le 19 - 04 - 2010

Une sonate, un solo de violon ou de luth, une mélodie... c'est bien plus qu'une collection de notes. Ce n'est pas non plus un ensemble au sens mathématique du terme. C'est un espace de relations particulières entre des éléments a priori hétérogènes. Les notes au départ disparates sont ordonnées et stratégiquement arrangées par le travail de composition ; de là adviennent la qualité et l'identité de ces morceaux.
La singularité solidaire des liens posés entre les notes génère la nouveauté et ajoute de l'inédit dans l'univers des formes musicales. Il en est d'ailleurs de toute œuvre musicale par rapport à son champ d'appartenance exactement comme du langage par rapport à la langue. La seconde confère au premier les outils de base, les mots, nécessaires à son accomplissement et à l'aboutissement de l'effet recherché par l'usager. Et plus cet usager est talentueux, subtil et dispose d'un aire de désir ample et tumultueuse, plus son langage est promis à être beau, vivant et ayant la consistance de l'art ; et le contraire est vrai aussi. De la même façon, plus le musicien est talentueux, imaginatif et dispose d'un rêve digne de ce nom, plus sa composition ou langage musical est promis à atteindre des sommets dans l'échelle de la beauté et de la grandeur. Régis Debray l'a bien dit en augurant bien ou mal de l'image artistique en fonction du rêve et de la qualité de l'attente qui l'ont générée.
Par ailleurs, et pour filer non pas la métaphore mais un évident rapprochement, il est connu que le langage à travers ses formes verbale, picturale ou musicale, outre sa fonction de communication, est d'abord un acte. Cela, du fait du lien subtil entre la pensée et l'action. Et dans la mesure où il est passible de changer l'univers de croyance, le goût, voire le mode d'être du destinataire. C'est le cas des œuvres poétiques mais aussi musicales. Ces dernières vous portent, vous hissent bien haut, vous introduisent dans des sphères extatiques, vous inspirent la joie ou font de vous exactement le contraire ; entendez vous agacent, vous tirent vers le bas et vous inspirent des pulsions grossières. Et tout cela selon leur tonalité, leur rythmique, leur type de cohésion et le génie bon ou mauvais qui les ont inspirées. De là provient la responsabilité des diffuseurs de production musicale que ce soit sur les ondes radio ou à travers d'autres organes de médiation audiovisuelle. En diffusant à longueur de journée de la musique ou tapageuse (sous couvert folklorique), ou bâclée et sans repères (penser aux tubes d'une légèreté qui en dit long sur bien de plaies dont principalement l'acculturation et le suivisme), ces gens font œuvre de nuisance publique. Et ce faisant, ils caressent le mauvais goût dans le sens du poil et s'y alignent.
J'ai envie de dire que les radios sont bien plus que des boîtes à bruire comme on pourrait le croire. Ce sont des espaces où se mire un peuple, où se fait et se défait le goût public et qui participent à structurer les mentalités.
Mais ne restons pas dans la complainte stérile, d'autant que la pensée dominante estime que la démocratie est à l'heure dans ce domaine. Et que le public est assez mûr pour prendre son bien là où il veut et comme il veut. Bon !
Essayons plutôt de montrer la musique en action. L'œil de Rita, dernière création (2009) de Anouar Braham. Ce luthiste tunisien engagé dans la voie de l'universalité n'a pas besoin d'être loué pourrait –on me rétorquer ! Certes, mais mon propos est tout autre. Je veux juste signaler, exemple à la base, comment une œuvre musicale peut être un acte.
De fait, je prétends que L'œil de Rita est un acte de connexion identitaire aboutie. Oui, en écoutant ce bouquet musical où tout élément verbal est pourtant absenté ( c'est majoritairement le cas avec le compositeur), l'auditeur, où qu'il s'origine et à quelque culture qu'il appartienne, trouve ici un à alimenter son plaisir, sa nostalgie et s'y sent chez lui. C'est que au lieu de se repousser, comme il arrive dans certaines compositions faméliques et prétendument conçues pour jouer à l'interculturalité, des instruments hétérogènes trouvent ici au contraire à s'emboiter dans une fédération mélodique convaincante. Ainsi tout en convoquant chacun un imaginaire particulier et des images associées diverses, le son off de la basse (Björn Mayer), la percussion au flanc du bendir, (Khaled Yassine), outil royal du shath (transe) dans la tariqa soufie, la caresse plaintive de la clarinette (Klaus Gesing) couleur d'Occident, et la fluidité caressante du oud (Anouar Brahem) écho d'Orient trouvent ici à s'emboiter dans une fédération mélodique authentique. Cela, au point qu'on pourrait penser que jamais ces instruments ne s'étaient quittés. Etrangers les uns aux autres, au lieu de jurer dans une dissonance repoussante, ceux-ci semblent plutôt jurer que là s'invente une apposition qui unit et ne divise pas. Et une mélodie au carrefour de différentes cultures. D'où une singularité conjuguée au pluriel. Et une adjonction réelle au patrimoine musical mondial.
Au final, il apparaît bien vrai , le langage musical tout comme un autre vient juste ou faux en fonction de l'enjeu qui le porte, entendons le projet esthétique et donc civilisationnel dans lequel il s'inscrit mais aussi des liens qui le structurent de l'intérieur . Enfin son effet sur l'environnement social est d'une importance bien au-delà que s'imaginent les gens.
En rebondissant là-dessus, il y aurait beaucoup à dire et une belle matière de quoi filer la métaphore.


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