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Protéger le patrimoine historique
Redécouvertes
Publié dans Le Temps le 06 - 05 - 2007

Le 5 septembre 2005, nous publiions notre premier article pour signaler qu'il était temps de protéger un des principaux hauts-lieux de l'histoire tunisienne : Kalaat Esnan.
Depuis, chaque semaine, nous signalons à l'attention des lecteurs un « problème » qui touche au patrimoine national. Comme le Prophète Jérémie, nous nous lamentons et, comme lui, nos « jérémiades » ne semblent intéresser personne.
Aujourd'hui, nous allons publier un tout petit catalogue des destructions - dont nous avons déjà parlé - que subit le patrimoine historique tunisien d'un bout à l'autre du pays, toute l'année, de la part d'inconscients ou de pilleurs bien organisés, de plus en plus nombreux.
Dans le « Bois de Gammarth » qui recouvre l'antique quartier punique de Megara, parce qu'on sait que son sous-sol recèle de nombreux tombeaux, des pilleurs ont creusé très récemment un « trou » de 3 mètres de long sur 2 de large et de près de 4 mètres de profondeur ! Et, personne ne les a vus ! Un peu plus loin, en creusant le sol pour déraciner un vieil olivier - « ils » en ont volé un, quelques semaines auparavant, à quelques pas ! - les « pilleurs » ont crevé le toit d'une « demeure » enfouie et y sont descendus chercher ... un trésor. Le service des Forêts et la police ont été avertis. La Municipalité de la Marsa a envoyé un bulldozer combler les trous sans un regard pour les vestiges mis à jour. Tant pis pour le Patrimoine et l'Histoire !

LES DESTRUCTIONS QUI CREVENT LES YEUX
Le long de la route, au pied de la colline de Dougga, dans un gouvernorat où un vaste programme de tourisme « culturel » se met en place, la belle citadelle byzantine d'Agbia, agonise : les pierres taillées des murs sont arrachées et débitées par les gens qui habitent la citadelle pour ... construire d'autres pièces à leur « demeure ». Voilà des années que nous le signalons aux responsables de l'Institut du Patrimoine pour ... rien !
La nécropole à dolmens de Koudiat Soltane, à la sortie d'El Kef, signalée, dans « L'Atlas préhistorique de la Tunisie », édité par l'Institut du Patrimoine, comme « La plus importante de la région d'El Kef » a complètement disparu sans ... que personne ne s'en aperçoive alors qu'un poste de la Garde Nationale est construit au pied de la colline.
De l'autre côté de la route, le gisement paléolithique de Sidi Zin, le plus important de Tunisie, est en « voie de destruction » : le propriétaire du terrain laboure régulièrement la couche supérieure qui contient pourtant « une industrie de facture moustérienne ». L'achat d'un hectare de ce terrain pauvre ne coûterait guère plus que le prix d'une voiture moyenne ! Qui s'en occupera avant qu'il ne soit trop tard ?
Et pendant que nous sommes à El Kef, parlons d'une très belle stèle appuyée à l'extérieur du rempart de la kasba. Elle se dégrade irrémédiablement, nous pouvons en fournir la preuve ! A cause des intempéries, nous a-t-on dit ! - Ce qui est faux : elle est régulièrement « martelée » ! - Alors, pourquoi ne pas la rentrer à l'intérieur d'une « Basilique » d'époque romaine qui se trouve à moins de 100 mètres ?
Allons plus loin. Le long de la route qui relie Dahmani à El Sers, à proximité du village de Zouarine, le flanc nord du Jebel Bou Nador est tapissé de plus d'une centaine de tumulus numides dont seuls quelques uns ont été étudiés. Actuellement, ils sont de plus en plus nombreux à être éventrés par des pilleurs sans scrupule. Pourtant le Gouvernorat d'El Kef fait lui aussi partie de cette zone de Nord-Ouest où doit se développer un grand programme de tourisme culturel !

CELLES QU'ON VOIT MOINS
Un peu plus loin ... Qu'est devenu l'alignement de « pierres dressées » ; pour ne pas dire des « menhirs », qui se dressait le long de la route de Kasserine à quelques kilomètres au Sud de Thala ? Nous avions signalé son existence aux Autorités et les menaces que faisait peser sur lui une petite entreprise qui extrayait des pierres tout près.
Pourtant les alignements de pierres dressées sont très rares en Tunisie : les archéologues n'en connaissent pas plus d'une demi-douzaine dont celui de Thala et ... un autre, situé à Khanguet Sloughi, au pied du Jebel Bou Ghanem El Guedim près de Kasserine. Il a subi le même sort ! Pendant ce temps, les monuments funéraires numides qui tapissent les pentes du Jebel Bou ghanem sont allègrement éventrés et pillés !
Changeons de région. Quelles mesures ont été prises pour protéger la peinture pariétale ornant le hanout de Kef El Blida en Kroumirie ? Elle est unique au Monde mais elle est constamment abîmée par les gamins de l'école voisine. Nous le déplorons depuis des années sans résultat !
Pourtant, nous sommes persuadés que dans le cadre d'un véritable tourisme culturel, pour des visiteurs cultivés, épris d'authenticité, la découverte, dans un cadre encore presque naturel, loin de cars dégorgeant des humains pressés, de vestiges historiques même modestes, a le charme de l'inattendu et ramène à l'esprit des réminiscences d'une culture qui était dite classique. Dans certaines zones, encore très rurales, où le développement économique reste basé sur la production agricole tributaire des aléas climatiques, la venue de touristes, attirés par l'aménagement, même sommaire, de ces vestiges pourrait constituer une ressource d'appoint.

CELLES QU'ON DEVRAIT VOIR
Changeons de décor mais toujours au bord de grandes routes et arrêtons-nous à Aïn Tounga qui est l'antique Thignica. On avait découvert au siècle précédent de très nombreuses stèles consacrées au Dieu Saturne africain. Des historiens avaient écrit que Thignica n'avait jamais fait partie du territoire carthaginois et qu'il fallait chercher la frontière : la « Fossa regia », entre la province romaine et le royaume numide de Massinissa et de Jugurtha, beaucoup plus à l'Est. M. H. Ben Hassen, historien et archéologue tunisien a longuement travaillé sur le site de Thignica.
Il avait découvert, il y a quelques années, un temple dédié aux dieux Dis et Saturne. Il vient de mettre à jour un superbe nymphée : un temple des eaux consacré au dieu Neptune. Pourtant notre dernière visite nous a laissé un goût amer : à quelques centaines de mètres du site antique, une grosse carrière « dévaste » le paysage, dans un gouvernorat où le tourisme culturel doit « s'épanouir », paraît-il.
En outre, la grande citadelle byzantine, le monument principal du site de Thignica, la plus belle de la région puisque celle d'Agbia est condamnée à disparaître, est laissée à l'abandon. Les pierres des tours d'angle de la muraille Ouest ne tiennent plus que par un miracle d'équilibre. Quand elles se seront écroulées, combien faudra-t-il de temps, d'argent et d'ouvriers compétents pour restaurer ces tours ? Cette ligne de citadelles qui part de Thignica passe par Téboursouk, Dougga, Agbia, Gharn El Kebch, Mistis et aboutit à El Kef prouve que les occupants byzantins craignaient la combativité des Berbères locaux ancêtres des Tunisiens actuels. Ces forts doivent-ils disparaître ?
Tout ceux qui se promènent, se baignent ou pêchent aux alentours de Cap Zebib ont certainement remarqué que la plage située au sud de Cap Zebib et bordée par de superbes villas modernes, était souvent couverte de vestiges antiques : tesselles de mosaïques, débris de poterie, etc ...
Du mur de sable que la mer ronge, sortent des restes de murs encore couverts de peintures, des pavements mosaïqués entiers, des canalisations, tout une ville qui est entrain de disparaître. Elle est pourtant parfaitement connue : un des premiers numéros d'une publication de l'Institut du Patrimoine, appelée « Reppal » avait brièvement décrit une « citadelle » située au bord de l'eau et avait signalé qu'elle était menacée par la mer. Aujourd'hui la « citadelle carthaginoise » - l'une des deux ou trois qu'on connaisse en Tunisie ! - a complètement disparu sans avoir été étudiée ! La ville qui l'entourait, dont on ignore peut-être même le nom est entrain de disparaître. Tant pis pour l'Histoire ?
Ailleurs, des promoteurs sans culture ont envie de modifier complètement l'urbanisme et le cachet de Salacta, l'antique Sullectum. De nombreux vestiges intéressants, un très beau musée, une plage superbe auraient dû pourtant protéger cette belle bourgade des appétits funestes de gens qui ne prennent en compte - au sens propre ! - que le profil immédiat et n'examinent jamais les conséquences lointaines telles que la destruction du patrimoine. Nous défendrons Salacta et sa région dans un prochain article.

Conclusion
Nous pensons que, devant l'ampleur du phénomène, seule une politique de « tourisme intégré » qui permette aux populations locales de tirer profit des sites historiques proches, soit en servant de « guides » ou de gardiens, soit en hébergeant ou procurant de quoi satisfaire les menus besoins des visiteurs, soit en leur vendant des produits artisanaux, peut enrayer cette destruction - importante - du patrimoine historique.
Il ne faut surtout pas interdire la visite de ces sites, mais plutôt inciter les « touristes à y aller en ... payant, contre un reçu, un droit de visite et de photographie une redevance au gardien du parking et éventuellement les honoraires d'un « guide ».


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