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La Tunisie à travers la presse internationale
Publié dans Le Temps le 29 - 10 - 2011

"La libre.belgique" - Arrivé en tête du scrutin tunisien, le parti islamiste donne des gages d'ouverture. Mais il va peser de tout son poids dans l'élaboration de la nouvelle Constitution.
Les locaux du parti islamiste Ennahda ne désemplissent pas depuis dimanche. Militants et dirigeants du parti jubilent d'avoir remporté les premières élections libres de l'histoire de la Tunisie. «C'est une victoire historique», souriait mardi un jeune adhérent. Ennahda devrait remporter au moins 90 sièges sur 217 à l'Assemblée constituante, qui sera chargée de rédiger une Constitution et de désigner un nouvel exécutif provisoire.
«Le paysage politique va se redessiner autour d'Ennahda», note Kaïs Saïed, professeur de droit constitutionnel à l'université de Tunis. Composante fondamentale de l'Assemblée constituante, la formation islamiste «pèsera dans l'élaboration de la future Constitution». Mais «en aucun cas, il ne pourra décider seul», tempère l'historien Fayçal Cherif. «La majorité des deux tiers sera sans doute requise, et de toute façon, Ennahda n'aura pas 50 % des sièges. Il va devoir composer.»
Depuis lundi, le mouvement répète qu'il est ouvert aux différents partis pour former une «alliance politique stable». Mais il a exclu d'ouvrir des pourparlers avec la Pétition populaire, obscure formation qui crée la surprise en remportant au moins 25 sièges. Mais des discussions pour la constitution d'un exécutif après l'installation de l'Assemblée constituante se sont engagées avec des formations de gauche, notamment le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, alors que la proclamation des résultats officiels se faisait attendre jeudi.
Ces partenaires devraient poser un certain nombre de garde-fous lors de l'élaboration de la future Constitution. Pour Kaïs Saïed, qui rappelle qu'Ennahda prône un islam modéré, les principales composantes de l'Assemblée devraient de toute façon tomber d'accord sur l'essentiel, comme le maintien l'article 1 de l'actuelle Constitution, qui fait référence à l'Islam comme religion de l'Etat tunisien. «Ce n'est pas un point de discorde», dit-il. «L'écrasante majorité de la classe politique y est favorable, comme la population tunisienne.»
Le succès d'Ennahda et l'échec des partis dits «laïcs» est d'ailleurs significatif de l'attachement des Tunisiens à leur religion. «Le discours laïc a très peu d'écho dans la population», dit Fayçal Cherif. La diffusion, le 7 octobre, par une chaîne privée du film «Persepolis», dont une scène représente Dieu, avait déclenché des manifestations dans tout le pays. «Les Tunisiens ont ressenti une attaque envers leur religion», dit-il. «Cela a renforcé le soutien à Ennahda.»
Reste que la société tunisienne, depuis longtemps sécularisée, «n'est pas prête à céder sur ses acquis, notamment en matière de droits des femmes», dit Fayçal Cherif, qui souligne qu'environ 60 % des électeurs n'ont pas voté pour le parti islamiste. Ennahda, qui «vise les élections organisées à l'issue des travaux de la Constituante» devrait éviter d'ici là toute mesure pouvant heurter l'opinion publique.
La même ambition devrait le mener à rechercher le consensus au sein de l'Assemblée Constituante et explique sa volonté de former un gouvernement de coalition. «Le parti ne veut pas avoir l'air d'imposer sa volonté», dit Kaïs Saïed. «Il ne veut pas non plus assumer seul la responsabilité gouvernementale». Une analyse partagée par Fayçal Cherif, qui souligne que ses dirigeants «savent qu'ils n'ont pas intérêt à gouverner seul, au vu de la délicate situation économique et sociale».
Car les attentes sont grandes. Le gouvernement provisoire devra répondre à une très forte demande sociale, alors que le taux de chômage atteint 19 %, plus de neuf mois après la révolution. Le discours «populaire voire populiste, axé sur les difficultés quotidiennes» a d'ailleurs été largement utilisé par Ennahda, souligne Fayçal Cherif.
Pour le politologue Hamadi Redissi, professeur à l'université de Tunis, la volonté d'ouverture affichée par Ennahda ne garantit pas sa bonne foi. Il fustige le»double discours» du parti, modéré en public mais plus musclé en petit comité.»Ennahda dit tout et son contraire», dit-il. «On ne peut savoir à quoi s'attendre.»Une critique partagée par plusieurs observateurs qui craignent une islamisation discrète et progressive de la société tunisienne. «Evitons les procès d'intention», dit Fayçal Cherif. «Laissons une chance à ce parti élu démocratiquement.»
Libéraux et démocrates arabes, les dindons de la farce
"Le Quotidien d'oran" - En Tunisie, les blogueurs et tous les libéraux, démocrates et autres progressistes qui ont été les chevilles ouvrières de la révolte populaire ayant déboulonné le régime dictatorial et corrompu de Zine El Abidine Ben Ali, n'en reviennent pas des résultats du premier scrutin-clef organisé dans le pays après le triomphe de la « révolution du jasmin ». Ils sont douchés et ébranlés dans leurs certitudes par la victoire incontestée et incontestable du parti islamiste Ennahda. Une victoire qui a fait dire à une citoyenne que « les urnes ont montré que le peuple n'était pas forcément celui visible sur internet et les plateaux télévisés».
Il ne fait aucun doute que le courant libéral et progressiste tunisien s'est auto-intoxiqué par la croyance que le projet de société prôné par lui est devenu majoritaire dans le pays par le seul fait que « la révolution du jasmin » se soit produite. Ce qui lui a fait commettre l'erreur de mésestimer l'attrait sur la population tunisienne par celui proposé par les islamistes, dont Ennahda est le chef de file.
Une auto-intoxication aggravée par la perception optimiste que l'on a développée en Occident sur le caractère « réfractaire » de la société tunisienne à l'islamisme politique et ses sirènes. Au final, libéraux et démocrates tunisiens ont commis la faute de ne pas s'unir pour empêcher le parti islamiste de rafler la mise. Un front libéral et démocrate en mesure d'éviter que la formation islamiste engrange le spectaculaire résultat qui est le sien. Les perdants du scrutin découvrent avec amertume qu'il y a loin du rêve qu'ils ont nourri dans le vent de la « révolution du jasmin » et les faits tels qu'ils ressortent du premier scrutin transparent et régulier, et donc inattaquable, que son triomphe à rendu possible.
Il n'y a pas qu'en Tunisie que le courant libéral et moderniste se retrouve piégé par la révolution victorieuse. En Libye aussi, il assiste, impuissant, à la confiscation de la révolte populaire par les islamistes. Et le même scénario s'est mis en place en Egypte. Et contrairement à ce qu'on a pensé dans ce courant en ces trois pays et parmi ceux d'ailleurs qui ont fait foi à ses analyses et conclusions, les puissances occidentales, censées prêcher la démocratie et le droit des libertés civiles et de conscience, ne sont pas surprises par la tournure prise par les évènements et ne feront rien pour en infléchir le cours.
Les démocrates arabes sont le « dindon de la farce ». Dans leurs politiques à l'égard du monde arabe, les Occidentaux les ont certes encouragés à contester leurs régimes antidémocratiques en place, mais sans plus. En réalité, leur stratégie consiste à s'appuyer sur des pouvoirs autoritaires. Que des autocraties islamistes remplacent des autocraties « laïques » dans le monde arabe, cela ne pose pas problème aux concepteurs de cette stratégie. Le fondamental étant que les unes ou les autres appliquent scrupuleusement la feuille de route qu'ils leur ont assignée. Les islamistes qui arrivent au pouvoir à la faveur des révolutions qui secouent ce monde arabe ont parfaitement admis et accepté les règles du jeu imposées par l'Occident. Il pourront gouverner par la chariaa, avoir une gouvernance rétrograde dans leurs pays, mais seront totalement soumis aux injonctions occidentales concernant la préservation des intérêts géopolitiques et économiques des Occidentaux. Voilà à quoi visait en son but ultime le fameux projet du Grand Moyen-Orient. Maintenir cette région sous la dépendance occidentale, quelle que soit l'obédience de ceux qui la gouvernent. Sauf s'ils sont sincèrement libéraux et démocrates et donc désireux de gérer leurs pays dans le respect de la volonté souveraine de leurs peuples.

Maghreb : Péril islamiste dites-vous ?
"El Watan" - On ne l'avait pas vu arriver mais pourtant, il est bien là, ancré dans les sociétés, comme en Libye, ou profitant du manque de crédibilité des progressistes, comme en Tunisie. Cet islamisme new look, qui se présente comme modéré, représente-t-il un danger ?
La machine à fabriquer la peur s'est mise en branle avant même que les résultats définitifs des élections sur la Constituante en Tunisie ne soient proclamés officiellement. La victoire partielle du mouvement Ennahda choque les Occidentaux. En Algérie, pays voisin de la Tunisie où les scrutins ont une «longue» histoire avec la fraude, les craintes s'expriment. Certains, à tort ou à raison, font un parallèle avec l'émergence du FIS. D'autres fouillent dans le grenier des horreurs pour faire sortir les masques qui font pleurer les enfants.
«Les amplificateurs» professionnels, par l'écrit, l'image et l'exagération, sont là pour planter le décor, montrer le château où logent les sorciers et faire entrer «le diable». Il est évident qu'à Alger, où le statu quo stérile dure depuis des mois, la prétendue «menace» fondamentaliste en Tunisie ou en Libye est du pain bénit. L'Algérie officielle, qui n'a pas eu une position franche, claire et convaincante sur les révoltes arabes, a désormais «un argument» pour justifier le non-engagement d'un réel processus démocratique dans le pays : la probable victoire du courant islamiste lors d'élections ouvertes.
Absence de débat en Algérie
Cette question mérite débat. Mais, le débat pluriel et libre est absent en Algérie, pays où la plupart des espaces de réflexion sont mis sous surveillance. Les Tunisiens, qui ont pris part librement et démocratiquement à des élections désormais historiques, ne crient pas autant que leurs voisins de l'Ouest et que certains Européens. Des Européens, qui après avoir échoué à prévoir le mouvement de révoltes populaires toujours en cours dans le monde arabe, se mettent à «prévenir» contre ce qu'ils appellent «la vague verte». Cela équivaut à croire que les peuples arabes ne «savent» toujours pas voter, choisir leurs représentants, s'adapter au modèle démocratique... Les questions, déjà posées par le passé, ressurgissent comme dans une mécanique de mise en boîte d'idées : «Ennahda est-il soluble dans la démocratie ?», «La Libye deviendra-t-elle un Etat islamique ?» Les lectures anglo-saxonnes sont plus mesurées, moins alarmistes.
Le journal américain The New York Times a, par exemple, reproché aux laïcs tunisiens de n'avoir pas élaboré un programme cohérent pour convaincre les électeurs. L'ancien ministre des Affaires étrangères français, Hubert Védrine, a, lui, estimé qu'il n'y a pas de raison de croire que les choses prendront «une tournure dramatique» en Tunisie, estimant que les mouvements islamistes autant que les sociétés ont évolué. «Il n'y aura pas d'Etat théocratique en Tunisie. Nous, élites du Maghreb, confondons un certain nombre de choses. Je ne pense pas aussi que la Libye ira vers un Etat théocratique. Il y aura peut-être une connotation plus musulmane qu'ailleurs. Je ne pense pas que le péril théocratique s'installera au Maghreb», a déclaré, pour sa part, Abdelaziz Djerad, politologue algérien, dans une émission de la Radio nationale. «Nous ne prônons pas l'islam des talibans», a dit et assuré Rached Ghannouchi, leader d'Ennahda. Il a précisé que le modèle turc sera la référence de son parti.
Il est évident qu'Ennahda ne pourra pas gouverner seul, pour ne pas subir les foudres de la société tunisienne qui souffre de difficultés socioéconomiques. Il sera compliqué pour Ennahda de remettre en cause la configuration économique de la Tunisie basée sur le tourisme et les autres segments du secteur des services. L'islamisme modéré ne sera pas un choix, mais une nécessité pour ce parti qui, plus que les autres, a compris le souci d'une partie de la société tunisienne de retrouver certains repères identitaires, écrasés par la dictature de Bourguiba-Ben Ali, loin de toute idée extrémiste, de toute volonté d'exclusion. En Algérie, on veut, par tous les moyens, imposer une lecture sécuritaire des événements. D'où cette insistance sur «le trafic» d'armes aux frontières avec la Libye, alors qu'il n'existe aucune preuve tangible et vérifiable sur l'arrivée d'armes libyennes en Algérie, même si la menace existe. Que font les milliers de militaires déployés le long des frontières avec la Libye ? Les armes n'étaient-elles pas présentes en Algérie à l'époque où El Gueddafi régnait en maître absolu à Tripoli ? Pourquoi aucun officiel algérien n'a pas dénoncé publiquement les grenouillages de l'ex-tyran libyen dans la région sahélo-saharienne ? Par le passé, le Tchad, le Soudan et le Niger, pays voisins de la Libye, avaient, avec des tons différents, accusé le régime d'El Gueddafi de financer et d'alimenter en armes «les rebelles».
Le virus destructeur
Cette semaine, le président du Nord-Soudan, Hassan El Bachir, l'a encore une fois rappelé. Il a notamment évoqué l'armement des rebelles du Darfour et du Sud par le clan d'El Gueddafi. Celui-ci poussait le cynisme jusqu'à financer des projets de développement à Khartoum ! Malgré la reconnaissance à demi-mot du Conseil national de transition libyen (CNT) par Alger, une campagne sournoise est menée contre Moustapha Abdeljalil, président de ce conseil, après avoir évoqué la révision des lois qui sont contraires à la doctrine musulmane. Moustapha Abdeljalil, qui gère des hommes encore armés, a beau préciser son discours en disant que les Libyens sont des musulmans modérés et médians, rien à faire, les relais habituels du pouvoir en Algérie crient sur tous les toits que «le CNT va instaurer un Etat religieux en Libye». Le but de cette opération de type psychologique est de diaboliser les nouveaux dirigeants de Tripoli, ceux qui ont réussi à mettre à terre une dictature de quarante-deux ans. La théorie de la peur porte en elle-même un virus destructeur. Virus qui ne lui permet pas de résister à l'épreuve du temps et de la vérité…

«Un bel exercice d'apprentissage de la démocratie»
"Le soir.be" - Les Tunisiens se sont mobilisés en masse pour les premières élections de l'ère post-Ben Ali alors que le parti islamiste Ennahda anticipe sa victoire. Baudouin Loos était en Tunisie pour un reportage sur les élections.
Quelles sont les contraintes rencontrées sur le terrain lors de votre dernier reportage ?
« Aucune, et cela contraste avec l'ère Ben Ali. J'ai constaté au contraire une grande sérénité et beaucoup d'enthousiasme. »
Il y a un foisonnement extraordinaire de partis politiques, plus de 100 listes pour certaines circonscriptions. C'était donc un travail journalistique un peu délicat.
« Concernant la participation, on compte 70 % de votants sur les inscrits. Tous ceux qui n'étaient pas inscrits avaient tout de même le droit de venir en se munissant seulement de leur carte d'identité. Certains ont passé quatre heures sous le soleil pour pouvoir voter. Entre les inscrits ayant voté et les non inscrits qui ont quand même exprimé leur vote, cela reste difficile d'estimer le taux effectif de la participation. Mais la participation était massive. »
« Il y a un nombre important de personnes illettrées qui ne pouvaient pas être aidées parce que les organisateurs du scrutin craignaient des détournements de votes. Nombreux sont ceux qui ont voté sans savoir pour qui, mais toujours avec la satisfaction de pouvoir voter. C'était assez émouvant. »
Comment analyser une possible victoire des islamistes d'Ennahda?
« Il s'agissait d'un scrutin proportionnel, c'est donc le reflet exact des suffrages. On suppose que les islamistes arriveraient en tête. C'est compréhensible, vu leur succès dans les quartiers défavorisés. Le chiffre d'un tiers devrait être atteint. »
« Mais ça n'est pas un raz-de-marée. Il a néanmoins plusieurs raisons à ce succès. Le parti a été terriblement réprimé sous Ben Ali. Dans chaque quartier pauvre, toutes les familles avaient un martyr. Souvent des gens accusés de faire partie d'Ennahda. A côté de ça, ses membres ont une réputation d'honnêtes gens. »
Quels sont leurs points forts ?
« La justice sociale. Ils ont au départ cette aura d'honnêteté et promeuvent la justice sociale. Reste à vérifier si une fois au pouvoir, ils ne céderont pas aux sirènes de la corruption. Ils sont considérés comme « de bons musulmans ». Ils inspirent confiance. »
« Ils ont promis de respecter les avancées du régime de Bourguiba, notamment en matière du statut des femmes. Le peuple tunisien n'est de toute façon pas prêt à subir quelque forme de régression que ce soit. »
« Les islamistes radicaux quant à eux sont minoritaires. Ils font peur parce qu'ils sont très visibles mais restent minoritaires. »
S'agit-il d'un signal dangereux pour les autres pays qui se sont soulevés ?
« C'est un exercice démocratique, c'est le choix des Tunisiens. Si les Tunisiens choisissent Ennahda, le parti doit avoir sa chance. De toute façon ils devront faire une coalition pour gouverner. S'ils échouent, je suppose qu'ils seront rejetés. Ne condamnons pas à l'avance. A eux de jouer. »
Quelle est la prochaine étape dans l'agenda politique ?
« L'assemblée va se réunir, ces membres vont devoir tout décider ; si le président aura beaucoup de pouvoir ou s'il inaugurera les chrysanthèmes. Tout reste à décider. Ça ne sera sûrement pas aussi long qu'en Belgique mais on s'attend à de longues discussions. Il est possible qu'Ennahda s'allie avec deux autres partis plutôt de gauche qui le soutiennent et devraient ensemble recueillir 60 % des voix. Encore faut-il que les leaders de ces trois formations s'entendent. Ils ont en point commun de très grandes ambitions personnelles. »
« L'Union Européenne va devoir faire tout ce qu'elle peut pour aider cette nouvelle démocratie. On a pas mal de chose à se faire pardonner. C'est l'occasion de se rattraper et d'aider cette toute jeune démocratie.»


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