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“Je suis en partie bourguibiste. Mais on ne peut pas garder tout Bourguiba”
Exclusif: Sophie Bessis au Temps
Publié dans Le Temps le 15 - 02 - 2012

Sophie Bessis et Suhayr Belhassen viennent de rééditer, sous le titre Bourguiba, la biographie du premier président de la République tunisienne, écrite en deux tomes dans les années 80. Le premier, intitulé «À la conquête d'un destin 1901-1957», est paru en 1988. Le second, «Un si long règne 1957-1989», sortit en 1989. La première et seule biographie non autorisée de Bourguiba est rééditée par les Editions Elysad en un seul volume.
Dans sa nouvelle prèface Sophie Bessis revisite le legs bourguibien : « Puisant lui-même dans la profondeur historique du réformisme dont s'enorgueillissent tant les élites tunisiennes, admirateur sincère de la modernité qu'il a tenté d'adapter dans plusieurs domaines aux réalités d'un pays dont il s'est voulu le guide, Bourguiba n'a-t-il pas jeté quelques bases de la formidable aventure tunisienne d'aujourd'hui ? » Elle considère que, dans son temps et par rapport à la société qu'il voulait transformer, Bourguiba avait accompli une « révolution ». « Sa révolution est novatrice parce qu'elle est l'héritière d'une histoire nationale réelle, et non de mythes qu'ailleurs dans la région on voudrait fondateurs », écrit-elle. Nous avons rencontré Mme Bessis avec laquelle nous avons eu l'entretien qui suit.
Le Temps – Quelles sont vos motivations à travers la réédition de Bourguiba, livre que vous avez écrit dans les années 80 (1986-88) avec Souhayr Belhassen?
Sophie Bessis – Il y a des années que le livre était devenu introuvable. Les Editions Jeune Afrique ne l'avaient jamais réédité. Quand je l'ai proposé à Elisabeth Daldoul, j'ai eu l'impression de répondre à une demande. Elisabeth a dit oui tout de suite.
Est-ce qu'il n'y a pas là une lecture politique à faire ?
D'abord, nous avons décidé de le rééditer avant la révolution, en
mai 2010. Cela n'a donc pas de lien direct. Cela dit, j'ai toujours pensé qu'il était nécessaire que les Tunisiens connaissent toute leur histoire, que le meilleur moyen de faire de la politique sans faire trop de bêtises, que le meilleur moyen d'arriver à se définir sans tomber dans les fantasmes, c'est de connaître sa propre histoire. Et Bourguiba est un épisode absolument incontournable de l'histoire de la Tunisie. A l'époque, nous avons écrit la première biographie indépendante de Bourguiba. Il y a donc un sens politique à cette réédition.
Pour quelles raisons pensez-vous que c'est fondamental de rééditer ce livre après 23 ans de dictature de Ben Ali et après une révolution ?
C'est d'autant plus important pour moi que l'on doit analyser sur les raisons pour lesquelles Ben Ali a pu rester 23 ans au pouvoir. Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur la révolution, sur le changement qui est en cours. La Tunisie est entrée dans un long processus de changement. Ce n'est pas une révolution dont on peut faire le bilan aujourd'hui. On peut faire un bilan d'étape, parfaitement provisoire. La chute de Ben Ali inaugure l'entrée du pays dans une phase nouvelle de son histoire. Il faut maintenant essayer de comprendre quels ont été les ressorts de son pouvoir, les causes de sa chute, et quelle est la Tunisie qui a fait cette révolution. La Tunisie qui émerge aujourd'hui est-elle bourguibienne, anti-bourguibienne, ou post-bourguibienne ? Ce questionnement n'est pas une simple curiosité d'historien, mais aussi une tentative pour éviter de reproduire les erreurs passées. Car il y a bien sûr de l'héritage de Bourguiba dans cette révolution, dans son versant sombre comme dans sa face lumineuse.
Il y a, aujourd'hui, en Tunisie, un débat sur le bourguibisme.
Des acteurs politiques s'en réclament, d'autres appellent à l'abandon de l'héritage de Bourguiba. Que faudrait-il en garder?
Cela dépend de ce que l'on met dedans. Est-ce qu'il y a un bourguibisme ? C'est une question qui mérite d'être posée. Bourguiba a existé, est-ce que le bourguibisme existe ? Certains mettent en avant sa grande ambition réformiste, cette grande ambition de modernisation de la Tunisie, c'est vrai. Je crois que cela a marqué très profondément la
Tunisie. Mais le bourguibisme, c'est aussi la dictature. On ne peut pas dissocier ce qu'a été Bourguiba, parce que si, aujourd'hui, une partie de la Tunisie est anti-bourguibiste, c'est aussi parce que Bourguiba a été un autocrate, un despote. Revisitons donc toute l'œuvre de Bourguiba, pas seulement d'ailleurs ses 30 ans de pouvoir, mais aussi la période d'avant l'indépendance. Posons-nous la question de savoir s'il y a un héritage bourguibiste qui mérite d'être retenu. J'estime pour ma part que les Tunisiens doivent tenir à un certain nombre de réformes de Bourguiba comme on tient à la prunelle des yeux. Incontestablement, je suis en partie bourguibiste. Mais on ne peut pas garder tout Bourguiba.
Que faut-il garder de Bourguiba selon vous ?
Le Bourguiba réformiste qui a voulu ancrer la Tunisie dans la modernité. Je pense qu'il a voulu l'ancrer de façon intelligente.
Maintenant on le caricature beaucoup. Or, Bourguiba connaissait très bien sa société et savait jusqu'où il pouvait aller. Il disait en substance : « Je ne veux pas être un Mustafa Kemal, il est allé trop vite, on ne peut pas traiter ainsi une société». Il était très fin. Quand on regarde ses discours sur le statut des femmes, sur la question du jeûne du Ramadhan il s'est toujours mis dans la posture du moujtahid. Il a eu l'intelligence de séculariser profondément la Tunisie sans prononcer le terme de laïcité à laquelle elle n'était symboliquement pas prête. Si l'on prend le Code du Statut Personnel, ce n'est pas un code confessionnel, c'est un code qui s'applique à tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes quelles que soient leurs confessions. Au Maroc, par exemple, il y a deux moudawana, la moudawana musulmane et la moudawana juive. Au Liban, il y a 17 codes de la famille ! Bourguiba a supprimé les tribunaux charaïques et les tribunaux rabbiniques. Il a institué les tribunaux civils, ce qui fait que tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes relèvent de la même loi. Cela est une clé pour l'entrée dans la modernité, qui est tout à fait fondamentale.
Bourguiba a fait des réformes essentielles, il ne faut pas les oublier. Il ne faut pas revenir en arrière. Si la Tunisie revenait en arrière, ce serait un tragique temps perdu, un immense recul. Maintenant, il faut que la Tunisie solde l'héritage dictatorial dont Bourguiba est aussi largement responsable, que les Tunisiens et les Tunisiennes apprennent à construire la démocratie. Ça va être une construction longue et difficile, on ne devient pas démocrate du jour au lendemain.
L'historienne et l'intellectuelle engagée que vous êtes, comment pense-t-elle que ces idées modernistes de Bourguiba puissent se traduire au niveau politique aujourd'hui ?
Je crois que les modernistes, qui sont minoritaires dans l'Assemblée constituante, ont eu une stratégie politique suicidaire. Ils se sont présentés aux élections de façon émiettée. Les partis conservateurs, à commencer par Ennahdha, ont profité de l'émiettement politique de la gauche. Je crois qu'il y a maintenant deux priorités. D'abord, savoir parler à la société. C'est ce qu'il y a de plus important à mon sens. Pourquoi une partie importante de la société n'entend pas les modernistes alors qu'elle n'est pas systématiquement hostile aux valeurs de la modernité ? Il faut apprendre à parler à la Tunisie profonde. C'est un travail de longue haleine. Aller vers la société, c'est quelque chose que Bourguiba savait faire avant de sombrer dans la sénilité. La seconde priorité est de construire de nouveaux rapports de forces politiques. Cela commence aussi.
Entretien conduit par Zine Elabidine Hamda


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