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«Nous voulons bâtir une démocratie modèle pour le monde arabe»
L'invité du Dimanche du Parisien du 21 octobre 2012 Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, pour Hamadi Jebali
Publié dans Le Temps le 23 - 10 - 2012

A 62 ans, Hamadi Jebali, Premier ministre tunisien et numéro 2 d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir depuis un an, est affable et prévenant.
Lunettes d'écaille et costume gris, barbiche, poivre et sel, ce « modéré » arbore néanmoins la « tabaâ », cette marque foncée au front qui distingue les musulmans pieux se prosternant avec zèle. A l'époque de Ben Ali, le président déchu en janvier 2011 par la révolution de Jasmin, son activisme a valu à Jebali seize ans de prison, dont dix passés dans un total isolement.
Voilà aujourd'hui cet ingénieur de formation, puis journaliste, à la tête du pays, le président Moncef Marzouki n'ayant qu'une fonction honorifique. Mais Jebali a-t-il les coudées franches, ou est-il sous la coupe de l'autre homme fort du pays Rached Ghannouchi, le très radical patron d'Ennahda ?
Alors que son pays est en proie aux tensions, il martèle un discours d'apaisement. Et condamne sans appel le viol par des policiers, début septembre d'une jeune femme tunisienne... qui risque pourtant d'être poursuivie pour « atteinte à la pudeur ». Une affaire qui a bouleversé le monde, et suscité des craintes sur l'avenir de son pays. Entretien exclusif.
. L'affaire de la jeune femme violée Par des policiers avant d'être accusée d'outrage a provoqué une vague d'indignation.
Justice va-t-elle lui être rendue ?
- Hamadi Jebali : Je vais être clair : c'est un crime d'autant plus grave qu'il a été commis par des policiers. Ceux dont la responsabilité est de protéger les gens et plus encore les femmes.
. Ils vont être jugés ?
- Bien sûr. Et j'espère que les magistrats seront exemplaires parce qu'il s'agit d'un crime abominable, auquel on ne doit chercher aucune excuse.
. Elle est pourtant poursuivie pour outrage aux bonnes mœurs : cette accusation tient toujours ?
- Ne faisons pas d'amalgame. Ce viol, c'est un crime contre cette personne, mais aussi envers notre société, nos valeurs et la femme tunisienne.
. Avez-vous rencontré la victime comme l'a fait le chef de l'Etat, qui n'est pas du même parti que vous ?
- J'aimerais bien le faire. Mais moi, je ne fais pas de calcul politique. En Tunisie, désormais, tous les problèmes sont politisés. J'en appelle à tous les partis pour ne pas instrumentaliser ce crime.
. Sur ce sujet, le gouvernement français avait dit qu'il serait vigilant. Cela vous a froissé ?
- En matière de ce qu'on appelle les droits de l'Homme, il n'y a pas d'ingérence. C'est normal de s'en préoccuper puisqu'il s'agit de défendre des valeurs universelles. Cela dit, j'ai été surpris d'apprendre qu'en France aussi, il y a parfois des viols commis par des policiers...
. On a l'impression que le statut de la femme risque d'être remis en cause ?
- La femme tunisienne se défend très bien. Ses acquis, comme ceux de toute la société tunisienne, sont aussi nos acquis. Nous puisons tous dans les mêmes valeurs, elles ne sont pas importées de l'étranger. Nous y croyons nous aussi, surtout à l'égalité.
. Votre parti a pourtant proposé d'inscrire dans la Constitution la notion de « complémentarité » au lieu d' « égalité » entre l'homme et la femme...
- Nous y avons mis bon ordre, c'est un faux problème. On parle bien d'égalité, ce sera même la clé de voûte de notre Constitution. Est-ce que vous voyez dans les rues de Tunis des femmes poursuivies, battues parce qu'elles ne portent pas le voile ? La femme tunisienne est responsable de ses actes : elle le porte ou non. Mais on ne va évidemment pas recommencer ce que faisait Ben Ali, qui lui, pourchassait le voile ! Nous laissons les femmes libres.
. Quel est le modèle de votre Constitution ?
- C'est le modèle tunisien. La Tunisie restera toujours cette plate-forme de rencontres, de dialogue.
. Et où est la religion ?
- Dans tout ça. Elle a sa place, mais sans contraindre personne. En Europe, vous avez bien des partis chrétiens-démocrates, eh bien nous pourrions être des islamo-démocrates. Notre grand dessein, c'est de bâtir une démocratie modèle pour le monde arabe.
. Les prochaines élections législatives au printemps 2013, seront-elles libres et transparentes ?
- Je vous invite à y assister. Nous avons exigé pour ces élections la présence d'observateurs par milliers, dans chaque bureau de vote. Ils viendront de l'ONU, de l'Union Européenne, des ONG américaines... Notre modèle doit réussir, il faut que l'Europe, l'Amérique, que tous nous y aident.
. Vous lancez un appel ? Il faut venir investir, faire du tourisme ?
- Oui, j'invite nos amis européens à investir dans la démocratie. Après la Seconde guerre mondiale, l'Amérique l'a bien compris et lancé son plan Marshall. Elle n'a pas hésité à financer la démocratie. Sinon, l'alternative, c'est le chaos, l'anarchie... qui toucherait tout le monde
. Ben Ali peut-il finir ses jours tranquillement en Arabie ?
- Il n'a été jugé que pour des vols, des détournements d'argent ici et là, alors que c'est tout le système Ben Ali, celui qui a anéanti notre société, qu'il faudrait juger. Il faut que les Tunisiens sachent vraiment tout le mal qu'il a fait. Alors, oui, la page sera tournée.
. Votre parti n'est-il pas débordé par des éléments radicaux salafistes ?
- Nous sommes dans une période transitoire, mouvementée, qui peut passer par des actes de violence. Après un séisme, il y a toujours des répliques, il faut chercher un équilibre. Des gens ne comprennent pas que tout doit se régler par le jeu démocratique. Mais il y a aussi des agités à droite comme à gauche !
. Certains affirment même qu'il y aurait des camps d'entraînement de djihadistes en Tunisie...
- Qu'ils nous disent où ils se trouvent, nous les délogerons ! Franchement, cela fait mal d'entendre de telles désinformations.
. Mais le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, semble plutôt encourager les islamistes. N'y a-t-il pas un double langage ?
- Ce sont tous nos enfants, les enfants de la révolution tunisienne, pas seulement d'Ennahda. Si on pardonnait voire encourageait les violences, nous serions autodestructeurs. Maintenant, il peut arriver qu'il y ait des défaillances du côté des forces de sécurité, comme de l'attaque contre l'ambassade des Etats-Unis (NDLR : qui a fait quatre morts en septembre lors de l'affaire du film « l'Innocence des musulmans »)
. Le but d'Ennahda n'est pas de contrôler toute la société ?
- La grande leçon de la révolution de Jasmin, c'est que le peuple n'acceptera jamais le pouvoir du parti unique, du chef unique ! La Tunisie est plurielle, culturellement comme politiquement, et elle le restera.
. Pourquoi ce sont les islamistes qui ont partout ou presque tiré les bénéfices du Printemps arabe ?
- Parce que nous avons été les opposants les plus déterminés. Parce que nous avons consenti à faire le plus de sacrifices.
. L'Islam est souvent source de crispation, d'incompréhension en France. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
- J'ai vécu neuf ans en France (NDLR : de 1969 à 1978) et j'y ai vu la tolérance, la liberté. C'est même là que j'ai vraiment découvert les valeurs de l'islam ! Mes meilleurs souvenirs, c'étaient les rencontres chaque samedi au Sacré-Cœur à Paris entre des groupes d'étudiants musulmans et chrétiens. Mis à part les calculs politiciens à droite comme à gauche, je suis confiant. Les Tunisiens et les autres musulmans qui y vivent sont au service de la France, ils sont un pont entre nos civilisations.


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