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Un mot d'ordre pas vraiment rassembleur !
La manifestation contre la violence politique :
Publié dans Le Temps le 24 - 10 - 2012

Le premier groupe, celui du « Front Populaire », se rassemble à 12h devant le Théâtre Municipal, et le second, celui de « Al Massar », « Al Jomhouri » et «Nida», devant la statue de Ibn Khaldoun. Ce décalage dans le temps et l'espace reflète un décalage dans les concepts et les positions entre les deux parties :
les uns s'inspirent du penseur, les autres de l'espace où se font les représentations des scènes de la vie sociale, cette différence traduit celle des occupations et des priorités dans les deux camps : ici, on est plus versé dans tout ce qui touche à la politique, là-bas, on accorde davantage d'intérêt au volet économique et social. C'est, manifestement, ces divergences qui provoquent une certaine tension entre eux et les amènent à scander des slogans hostiles, bien que l'ordre du jour soit la condamnation de la violence politique qui se met en marche et fonctionne comme un rouleau compresseur faisant planer la menace sur tout le monde, d'après les observateurs. Pour mieux illustrer cette chamaillade, nous recueillons, pour vous, les témoignages de quelques militants de tous bords qui sont parfois diamétralement opposés les uns aux autres et parfois conciliateurs.

Jalloul Azzouna(Front Populaire):
L'opposition et la « Troïka » doivent mobiliser leurs forces pour lutter contre ce fléau
Comme le dit bien le slogan en face de moi, « la violence c'est une négation de la liberté », c'est un ogre à sept têtes, on doit tous se mobiliser, sociétés civiles et partis politiques qu'ils soient dans le pouvoir ou bien en dehors. Dans le « Front Populaire », on est, évidemment, contre la violence et nous y sommes bien renseignés par l'histoire aussi bien ancienne que contemporaine et les événements meurtriers qu'ont connus nos voisins algériens pendant la décennie de la mort des années quatre-vingt-dix nous ont bien édifiés à ce propos. La violence politique n'épargne rien ni personne, et il faut qu'on soit tous unifiés comme un seul être, hommes et femmes, pour lui barrer la route. Ce fléau est un signe dénotant un manque de conscience notoire susceptible d'étouffer le souffle révolutionnaire, nous devons lutter contre cette calamité, courageusement et vigoureusement, pour l'éradiquer avant qu'elle ne nous anéantisse. Cet assassinat politique devrait réunir toutes les forces démocratiques, il s'agit là d'une rencontre objective à laquelle toutes les parties devraient prendre part abstraction faite de la position qu'elles occupent, dans l'opposition ou la « Troïka ».
Faouzi Hadhbaoui(Syndicaliste et activiste politique) :
Les forces de la gauche devraient revoir leur tactique
Ce qui a poussé les gens à manifester aussi massivement, aujourd'hui, est quelque chose de déterminant dans la bataille pour les libertés dans un contexte tout à fait nouveau pour notre pays où est inauguré le cycle des assassinats politiques. Nous voyons les milices sillonner toutes les régions de long en large avec toute liberté et commettre leurs forfaits avec toute impunité, ce qui expose tous les partis et même les fronts à des attaques de ces hordes défendues par l'Etat ou plutôt par ceux qui en disposent comme bon leur semble et en font un outil partisan. Hammadi Jebali a déclaré à un magazine émirati qu'il a réclamé la dissolution de ces milices et juste après il y a eu un démenti de la part du gouvernement qu'il préside lui-même. Il est à rappeler que ce qu'on appelle les « ligues de protection de la Révolution » ont été constituées initialement par les citoyens patriotes de la société civile qui ont été, par la suite, évincés par les groupes islamistes à la tête desquels se trouvent les « Nahdhaouis » qui ont, donc, mis la main sur ces institutions qu'ils instrumentalisent pour défendre leur gouvernement contre tous ceux qui ne sont pas dans leur camp, c'est-à-dire la quasi-totalité de la société tunisienne pour essayer de la museler se faisant aider dans l'accomplissement de cette entreprise malsaine par les miliciens de l'ancien régime et les forbans, leurs hommes de main payés à la tâche. En plus clair, ces ligues suppléent au gouvernement de « Ennahdha » dans les rôles que celui-ci n'a pas réussi à accomplir, elles interviennent là où ses tentatives d'inféodation ont échoué. La liquidation d'un adversaire politique devrait, normalement, pousser toutes les forces démocratiques à réclamer la dissolution de ces ligues et le limogeage du ministre de l'intérieur. J'estime que le « Front Populaire » et les forces de la gauche, d'une façon générale, se sont comportés d'une manière erronée et dangereuse, ce comportement me rappelle leur conflit avec les forces démocratiques provoqué juste après le 14 Janvier et qui profite à coup sûr à « Ennahdha ». La situation actuelle, dans le pays, permet des recoupements entre les différentes parties croyant à la liberté et au dialogue pour concevoir ensemble des plans d'action en vue d'arrêter des programmes communs susceptibles de préserver ces valeurs universelles sans lesquelles la vie serait impossible. La conjoncture actuelle fait camper sous nos yeux le pacte du 18 Octobre 2005 contre lequel j'ai, personnellement, des réserves pour y avoir fait participé « Enahdha » dont je condamne la présence non pas pour son appartenance idéologique, mais pour son hostilité à la démocratie, et voilà que le temps me donne raison. Alors pourquoi avoir traité avec ces réactionnaires fascistes qui étaient de tout temps résignés et n'ont jamais lutté contre Ben Ali avec lequel ils ont toujours pactisé, et refuser de le faire avec des forces qui croient vraiment aux libertés et à la démocratie et constituer avec elles un front démocratique élargi qui soit capable de juguler « Ennahdha » et compagnie et de les empêcher de mener à terme leur programme nocif et développer leur haine corrosive ?

Abdelmomen Ben Anez(Front Populaire):
« Ennahdha» et « Nida » sont les deux
facettes de la même médaille
Parmi les causes de l'existence des milices et les mouvements populaires réclamant entre autres la dissolution de ce qu'on appelle les « ligues de protection de la Révolution », il y a l'absence de jugement qui ne date pas d'aujourd'hui, mais depuis l'époque des Ghannouchi » et Essebsi sous le gouvernement duquel, on a procédé à plusieurs arrestations faites d'une manière discrétionnaire dont celles de Siliana où les inculpés sont toujours, injustement, incarcérés et attendent indéfiniment leurs procès. Ces gouvernements sont tous contre le jugement et la justice transitionnelle, c'est pour cela que, dans le « Front Populaire », nous restons persuadés que la vraie alternative n'est ni « Nida Tounes », ni « Ennahdha », mais les gens qui s'accrochent aux acquis et objectifs de la Révolution et qui sont déterminés à ne plus reculer et à aller de l'avant. La dernière vidéo révélant les conseils prodigués par Essebsi à Jebali au moment de la passation de pouvoir et sa mise en garde contre le Parti des Travailleurs et les forces révolutionnaires met en évidence leur connivence, ils sont les deux facettes d'une même et seule médaille.

Mondher Cherni(Secrétaire général de
l'association contre la torture en Tunisie) :
L'Etat est tenu d'assurer l'intégrité physique des citoyens
J'assiste aujourd'hui avec les militants du « Front Populaire » contre la violence politique, une pratique tout à fait étrangère à la société tunisienne, elle est répréhensible et condamnable d'où qu'elle vient. Je pense que nous devons tous lutter contre ce phénomène étrange qui nous fait du tort à tous qu'on soit dans le « Front Populaire » ou les forces qui vont arriver tout à l'heure à 13h, à savoir « Al Massar » et « Al Jomhouri », et je trouve que le fait qu'ils manifestent à des horaires proches manifeste une prise de conscience générale dans les deux camps. Juridiquement, le gouvernement doit assumer ses responsabilités en mettant fin aux activités des milices, partis et organisations qui exercent la violence, c'est lui et lui seul qui doit répondre de ces actes terroristes. Chaque dommage subi par un citoyen tunisien est imputable juridiquement et légalement, si ce n'est pas politiquement et moralement, à l'Etat. Dans le cadre de l'«Association contre la torture en Tunisie», nous avons, bien sûr, condamné l'assassinat de monsieur Lotfi Nakhedh et nous demandons l'ouverture d'une enquête judiciaire impartiale et sérieuse et également la pratique d'une autopsie objective qui soit effectuée conformément aux prescriptions scientifiques, médicales et éthiques pour que justice soit faite, pour que ce meurtre ne passe pas inaperçu et pour que sa famille, ses proches et ses amis dans le parti soient satisfaits.

Abdelaziz Mzoughi(Avocat et journaliste) :
La sécurité est la base de tout développement
C'est une manifestation où tous les partis de l'opposition expriment leur refus de la violence politique. Le crime perpétré est commandité par de hauts responsables au sein de « Ennahdha » et du « CPR » et il s'agit là d'une conséquence bien logique de la cascade de violence qui sévit depuis neuf mois, date de la prise du pouvoir par la « Troïka » qui s'est toujours montrée indulgente à l'égard de ceux qui l'exercent et voilà où nous en sommes, un père de six enfants lâchement et sauvagement assassiné. Je considère que ce qui s'est produit est quelque chose de très dangereux auquel on doit faire face quelque en soit le prix à payer. Et je tiens à préciser que nous sommes devant une alternative : soit que le ministère de l'intérieur assume son devoir dans la protection des citoyens ou bien qu'il soit, le cas échéant, supplée dans cette tâche par une autre partie comme l'institution militaire, sinon ce sont les citoyens qui vont prendre les choses en main et assurer leur propre protection. Ces groupes terroristes doivent se renseigner auprès de l'histoire, il faut qu'ils sachent que tous ceux qui commencent par la violence finissent toujours par perdre et l'histoire récente de ces mouvements en Algérie en dit long à ce propos. Au début, ils croient que la chose est facile, car les gens sont pris au dépourvu, puis quand ceux-ci s'organisent et serrent les rangs, ces groupes de la terreur sont démantelés. Donc, ils n'ont aucune chance d'exister s'ils n'acceptent pas de jouer le jeu démocratique et de cohabiter avec les autres forces et composantes de la société d'une manière pacifique, cette minorité agressive ne parviendra jamais à tenir tête à la majorité. Toutes les forces démocratiques doivent se réunir et réagir ensemble face à ce fléau, elles sont appelées à exercer une pression sur le gouvernement pour que les ministères de souveraineté ne soient pas entre les mains de parties appliquant des agendas partisans. Il devient clair que Ali Laârayedh ne peut plus être à la tête du ministère de l'intérieur pour l'organisation des élections transparentes, libres et honnêtes, il est de même du ministère de la justice, ce qui veut dire que la présence de personnalités intègres et impartiales dans ces deux établissements représente des garants pour le déroulement et le résultat de cette échéance capitale ainsi que pour la sécurité générale des citoyens, sinon il ne faut espérer ni économie, ni politique, ni rien du tout. Donc, le premier devoir du gouvernement c'est d'assurer la sécurité, la base sur laquelle on peut tout édifier.

Sadok Ben Mhenni(Activiste politique) :
Notre jeunesse est le socle de notre unité
Je suis à la fois inquiet et angoissé après la violence qui s'annonce de plus en plus et qui donne la preuve que les analyses très pessimistes vis-à-vis de la soi-disant modération de « Ennahdha » sont bien fondées, ce qui veut dire qu'il ne faut pas espérer opérer une transition démocratique avec un gouvernement pareil, un parti qui fonde toutes ses perspectives sur une religion à sa mesure, forgée de toutes pièces par son esprit mercantiliste. Donc, d'un côté, j'ai peur pour ma douce Tunisie, pour nos enfants, pour les générations futures, mais de l'autre, je suis très heureux parce que la société civile pousse les partis et les associations à se rassembler, à se mobiliser pour défendre l'essentiel, à savoir nos libertés collectives et individuelles, en d'autres termes l'état civique et civil. J'étais à El Omrane, à Menzel Bouzaïne et à Sidi Bouzid, j'en suis revenu avec les larmes aux yeux, mais aussi très content en raison de la détermination extraordinaire que j'ai sentie en particulier chez les jeunes. Hier, également, j'ai assisté à une conférence de presse chez « Raid Attack » organisée par le collectif des jeunes « Pense aux autres » qui ont mené une grève de la faim et une espèce de manifestation artistique et symbolique, ici, et qui sont partis aujourd'hui même à Sidi Bouzid pour assister au procès des manifestants du mois de septembre dernier incarcérés depuis. Je suis persuadé que nous avons une jeunesse merveilleuse qu'on croyait morte et attachée aux petits biens insignifiants de la vie et qui nous a surpris un certain 14 Janvier. Cette jeunesse est capable de nous surprendre encore une fois si ce n'est pas plus, voilà pourquoi je mise sur elle.

Habib Belaïd(Journaliste):
L'initiation aux valeurs démocratiques
Cette manifestation est un cri d'alarme pour exprimer sa peur de cette violence qu'il faut éviter à tout prix. Nous devons réclamer la liberté et la démocratie, cultiver le respect des opinions contraires et apprendre à se relayer au pouvoir, quand on sera imprégnés de toutes ces valeurs, à ce moment-là, on pourrait éviter tous les problèmes qui ne pourraient émerger que lorsqu'on s'attache à l'autorité au point de vouloir se l'approprier. Un esprit pareil ne pourrait que saper les principes démocratiques et faire régner la violence à la place du dialogue.


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