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Mohamed Abbou ou la naissance d'un agitateur politique
Publié dans Le Temps le 14 - 06 - 2013

Mohamed Abbou, figure emblématique de la scène politique après la Révolution, et ministre qui a eu le courage de démissionner du gouvernement Jebali, accomplit, donc, officiellement, ce que tout le monde savait déjà et dont nous avions fait état, en exclusivité, ici, au Temps.
C'est la naissance d'un parti, le sien, baptisé le « Courant Démocratique » et qui se propose déjà, en un premier temps, de rassembler les dissidents du CPR, dont il était, lui-même, le secrétaire général et s'apprête, aussi, à nouer des alliances avec d'autres partis, tout en excluant tout rapprochement et tout contact avec les pôles dominants : Ennahdha et Nidaâ Tounès.
Mohamed Abbou, militant pour ses idées, au vrai sens du terme et qui avait écopé de deux années d'emprisonnement sous Ben Ali, pour avoir défendu les Nahdhaouis dans un article, subit, néanmoins, une espèce de métamorphose.
L'homme réaliste, pondéré et raisonnable qu'il était, se met dans la psychologie d'un agitateur politique.
Il demande crûment et tout bonnement le limogeage de Rachid Ammar, coupable, à ses yeux, de n'avoir pas su monter une armée capable de débusquer la mouvance intégriste du Mont Chaâmbi. L'armée serait, donc, toujours à ses yeux, à l'origine de l'insécurité qui sévit dans le pays, préconisant une solution de rechange : que les enfants de la Cité Ezzouhour, de Kasserine, portent eux-mêmes les armes contre les intégristes et qu'ils rabattent le Mont Chaâmbi pour les en déloger. Cela revient à installer la loi du Far-West et à pousser les citoyens à porter les armes et à se substituer aux forces sécuritaires. Est-ce là une vision saine des institutions et une marque de reconnaissance envers une armée républicaine et républicaine au plein sens du mot ?
Car elle aurait pu s'emparer du pouvoir et installer un régime militaire au lendemain du 14 janvier 2011. Là, il ne s'agit pas d'être candide. Car à l'évidence, Mohamed Abbou interprète, par des formules toutes faites, les sournoises allusions de Rached Ghannouchi à propos de l'armée. Roulerait-il, par hasard, pour lui ?
Première présomption. D'autant que l'un et l'autre se sont ouvertement déclarés en faveur des ligues autoproclamées de protection de la Révolution. Et, par ricochet, lorsqu'il parle de citoyens de Kasserine qui peuvent se substituer à l'armée au Mont Chaâmbi, il évoque indirectement l'apport de ces ligues. Mohamed Abbou qui n'avait pourtant jamais cessé de parler d'Etat fort, préconise par cet étrange retour des choses, une espèce de nihilisme, véhicule privilégié de la désinstitutionalisation de l'Etat. Quant à ses propos, défendant la loi d'immunisation de la Révolution, eh bien, là, il fait un petit pied de nez à son « ami » Ghannouchi. Celui-ci préconise le « grand pardon » et voudrait bien écouter l'aile modérée d'Ennahdha qui juge cette loi, fasciste.
Abbou, lui, reste radical à ce sujet. Il n'empêche : même s'il déclare ne point avoir d'intentions d'alliance, ni avec Nidaâ Tounès, ni avec Ennahdha, il est déjà assez près du mouvement islamiste. Deuxième présomption, donc…


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