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Les jardins suspendus
Promenade dominicale
Publié dans Le Temps le 30 - 06 - 2013

Nous avons publié récemment un article à propos des problèmes du « bassin phosphatier ». Nous y suggérons de développer, dans cette région, des activités différentes de l'extraction et du traitement des minerais. Nous sommes persuadés que les tourismes alternatifs y ont leurs places.
Nous proposons, aujourd'hui, une série de «randos», plus ou moins longues, dans une région où le tourisme devrait être développé celle des «oasis de montagne»: Tamaghza, Midès et Chébika, à réaliser dès l'automne.
Les préliminaires
Pour se rendre dans ces « oasis de montagne », le passage à Gafsa semble indispensable, en dehors de l'atterrissage à l'aéroport international de Tozeur.
Gafsa, fondée par un dieu, dit la légende, berbère et peut-être contemporaine de Carthage a donné son nom latin : « Capsa » à une grande civilisation préhistorique maghrébine : le Capsien. Cette ville mérite bien qu'on s'y arrête. Prise, incendiée et sa population massacrée par la soldatesque romaine commandée par le Consul Marius, vainqueur de Jugurtha, elle est « la porte Ouest de la Tunisie sur le Sahara ». Ses alentours, depuis le Jebel Orbata à l'Est qui devrait devenir un parc naturel, à El Guettar où a été découvert le plus antique « monument » religieux, connu au monde, à M'dhilla et ses mines et jusqu'aux monts très pittoresques qui bordent Gafsa au Nord-Ouest, tous sont à même d'intéresser de nombreux voyageurs.
En route, vers les oasis de montagnes, on pourrait avec plaisir, s'offrir d'abord un voyage en « Lézard Rouge » : ce petit train aux wagons surannés cahote lentement dans les magnifiques gorges de l'Oued Selja. Les « accros » de randonnées peuvent envisager de les parcourir à pied. Elles mesurent une dizaine de kilomètres de long. Elles sont superbes et étroites et, pour les amateurs de géologie, un livre à feuilleter. D'autant que marcher le long de la voie ferrée en se méfiant un peu, lors des passages des « trains » ne présente aucune difficulté.
Redeyef, avec sa cité minière et des abris sous roche préhistoriques très connus, peut retenir les visiteurs, mais le véritable point de départ sera Tamaghza.
Tamaghza
De l'antique Ad Turres romaine, il ne subsiste pratiquement rien. Les anciennes habitations de l'oasis, presque toutes abandonnées, tombent en ruine, hélas ! A proximité, le bourg moderne et ses hôtels se développent très vite. L'afflux de touristes, souvent peu « argentés », a engendré l'offre de multiples « souvenirs », très peu onéreux mais sans aucun intérêt. Il y a bien longtemps que les derniers produits de l'artisanat textile local ont été vendus. Les vendeurs ont pillé, débité et vendu une forêt fossile qui se trouvait à proximité de la route venant de Redeyef. Tous proposent des géodes et des roses des sables.
Cependant, on peut entreposer les bagages dans un hôtel, y laisser les véhicules et acheter, dans le bourg, les produits essentiels : eau et vivres. En ce moment, il y a très peu de touristes.
Midès
La rando à pied de Tamaghza vers Midès semble passer nécessairement par le barrage construit sur l'Oued Khanga qui sépare les deux bourgs. Le spectacle est désolant : des tonnes de détritus de toutes sortes – amenées d'Algérie par le cours d'eau, parait-il ! – tapissent les berges et l'eau du lac. A l'heure du respect de l'Environnement et ... de la promotion du tourisme dans le Sud tunisien, n'y a-t-il rien à faire ?
Pourtant, Midès, même dans son état actuel – nous l'avons connu plus pittoresque ! – est intéressant. Le village est bâti sur un éperon rocheux surplombant de près de 50 mètres le fond de gorges étroites aux parois abruptes. C'était, paraît-il, la seule oasis, petite, où l'on cultivait des oranges grâce à la douceur du climat rafraîchi par l'altitude et la continentalité, en raison aussi de l'abondance des sources. Mais la pression démographique, des inondations catastrophiques et le tarissement progressif des sources engendré par des forages profonds en aval, ont entraîné un exode très important.
Les boutiques à souvenirs ont fini par défigurer le village. Mais, heureusement, l'environnement est très intéressant : une promenade dans la gorge « se mérite », la recherche et la visite de sites préhistoriques proches intéressent les amateurs. La nature est magnifique surtout si l'on revient vers Tamaghza et qu'en longeant les « Gorges de Tamaghza », on décide de « descendre » vers l'oasis minuscule de Foum El Khanga lovée dans un coude de ce grand Oued. On peut aussi décider d'atteindre ce dernier village directement à partir de Midès.
Foum El Ghanga
Quand, après une marche de plus d'une douzaine de kilomètres dans un paysage « minéral », très sec, on pénètre dans l'oasis, la fraîcheur et la verdure sont un « bain de jouvence ». L'eau, les plantes, l'ombre, les fleurs, la présence et les réalisations humaines sont un vrai plaisir. Quand on a son matériel de camping et les vivres nécessaires, Foum El Khanga peut être la halte agréable à la fin d'une première journée de marche.
Chébika
Pour se rendre à Chebika, on pourrait suivre la route mais on peut parfaitement, à partir de Tameghza, gagner le piémont Ouest du Jebel Bliji et « descendre » lentement vers ce bourg qui n'est qu'à une dizaine de kilomètres. C'était une des plus ravissantes oasis de la région. Elle avait succédé au poste romain appelé Ad Speculum.
Accroché à la montagne, situé à la résurgence des eaux souterraines, construit en pierres liées à l'argile, le village ne se distinguait des pentes rocheuses que par des touches de chaux sur les façades. Des inondations catastrophiques l'ont dévasté en 1972. L'arrivée du « tourisme de masse » lui a fait perdre son âme.
Les grandes randonnées
Fuyant la place du village envahie par les cars et les 4 x 4 grondants, nous sommes allés camper dans la montagne. Le lendemain, certains ont opté pour un retour à pied vers Tamaghza : une douzaine de kilomètres, seuls, en pleine nature, des paysages curieux, des roches originales pour le moins : des rognons de silex composés de près de vingt couches de couleur différentes et le silence.
Une autre partie du groupe est « descendue » à 4 kilomètres au Sud de Chebika et a emprunté une grande piste carrossable qui court vers l'Est en longeant le pied du Jebel Bliji puis du Jebel Chouabine jusqu'à des puits tels que Bir Terhmine, Aïn Ameur et le village de Segdoud.
Au débouché de chaque oued dans la plaine, de petites palmeraies, plus ou moins bien exploitées, en fonction de l'existence d'eau, permettent des haltes.
La présence d'un 4x4, d'accompagnement, transportant le matériel de camping, l'eau et les vivres a été très agréable. Nous avons campé au bord de la palmeraie d'Aïn Tahar qui abrite quelques maisons, 17 kilomètres environ après Chebika.
Une dizaine de kilomètres plus loin, on a atteint le village de Segdoud. A partir de là, nous avons pris une petite route magnifique, bien que déjà dégradée, qui traverse le Jebel En Negueb, du Sud au Nord, jusqu'à Redeyef, en 4x4. Elle pourrait parfaitement être une partie superbe d'un grand treck. En voyage, on rencontre des panoramas magnifiques. De Segdoud, une autre piste, orientée Est-Ouest mène à Metlaoui situé à 25 kilomètres environ, nous a-t-on dit.
Tous les propriétaires d'auto de tourisme peuvent atteindre les oasis de montagne. Les propriétaires de 4x4 peuvent parcourir le piémont des Jebels Bliji et la route à travers le Jebel En Negueb mais ... les randonneurs qui ont le temps de les regarder, profitent vraiment de paysages extraordinaires.


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