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Deux camps : une nation, une religion et pourtant !
50.000 personnes occupent la place du Bardo
Publié dans Le Temps le 01 - 08 - 2013

Près de 50 mille personnes ont envahi hier la Place du Bardo dans la nuit du 30/31 juillet 2013. Un énorme dispositif policier était comme à son accoutumée sur place pour éviter qu'il y ait des accrochages entre les deux camps adverses, parce que nous sommes, désormais,scindés en deux camps « grâce » au paysage politique réjouissant et consensuel.
Le mardi soir, la Tunisie entamait son 7ème jour de mouvements de protestations qui chamboulent tout le pays. Sauf qu'avant-hier soir, les manifestants étaient mieux organisés et l'on voyait se créer les balises d'un vrai sit-in. Au Bardo, l'ambiance était émouvante ; aux larmes !
Théâtralisation de la crise sociopolitique
Quelques minutes avant la rupture du jeûne, comme à leur accoutumée, des centaines de personnes se sont installées à la Place de Bardo. Des tentes étaient déjà installées où nourritures, vivres, eau, boissons et médicaments étaient fournis. Le rond-point s'est transformé en estrade où l'on voyait déjà installées des micros et des haut-parleurs. A peine 10 minutes après la rupture de jeûne, au beau milieu de la rue 5 jeunes artistes ont représenté une pièce de théâtre qui illustre à la perfection l'itinéraire pris par les Tunisiens citoyens et politiques depuis la chute du régime de Ben Ali. Un escabeau entouré de seaux rouges et bleus où était hissé un homme vêtu d'un costume et au regard malsain. Quatre individus représentant le peuple tunisien, en face de ce « président », s'affranchissent d'un habit noir qui les étouffait, s'émancipent et avancent. Quand deux d'entre eux, les plus proches de l'escabeau donc de celui qui les gouverne, s'approchent en subalternes, courbent le dos et se plient le corps devant leur supérieur toujours assis en haut de l'escabeau. Il leur fredonne des paroles occultes avec un sourire malin et hideux. Ces deux derniers sautillent d'un coup, agressent leurs semblables et les ruent de coups. D'abord abasourdis, les agressés réagissent : on se guerroie pendant un moment. Hissé sur son escabeau, l'homme en costume descend quelques marches et jette un projectile couleur rouge tuant un des deux individus qui ont été attaqués. C'est à ce moment-là que ses sbires, apeurés, s'accroupirent en bas de l'escabeau et se plient en quatre. Ressuscité le mort et son compagnon se remettent debout, se dirigent vers les deux autres et les aident à se relever, s'entrelacent et se réconcilient. Entre temps, la peur s'installa dans le regard victorieux et perfide de l'homme en costume. Les quatre individus lui jettent le contenu des seaux, prennent d'assaut l'escabeau et d'un coup ce dernier se transforma en cercueil transporté par eux où le dictateur, corps figé, était désormais achevé.
Vivement applaudie par les présents, la pièce de théâtre a été suivie par un grand mouvement artistique où une vingtaine de jeunes artistes et un collectif de la société civile ont occupé la rue avec de larges tissus blancs drapant les murs des alentours. Un grand atelier de graffitis était offert aux manifestants afin d'évacuer leurs maux, de se délivrer de toute leur frustration et colère par le biais de l'art et de la transcription de leurs désirs et revendications dans ces draps immaculés. Tout le monde s'est apprêté spontanément au jeu. Grands, petits, femmes et hommes. Les messages transcris étaient clairs et directs : «Vive la Tunisie», «La Chute du pouvoir des Frères», «Dignité au peuple tunisien», «Votre légitimité est finie depuis un an», «Hommage aux martyrs», «Union nationale», etc.…
L'autre rive en chœur : «Légitimité, nous te vouons notre âme et notre sang !»,
Nous quittâmes les pas moins de 50 mille personnes pour aller dans l'autre «rive». Il a fallu y aller à travers des chemins tortueux, sombres et vides, parce que le fil barbelé superbement bien travaillé sépare depuis trois jours les deux camps.
Une fois sur place, on a aperçu des dizaines de personnes arrivant vers le rassemblement qui devait compter à cette heure-là, soit 22h, dans les 3 mille personnes. Mêlés au drapeau tunisien, les drapeaux des salafistes et du parti Ennahdha étaient brandis. Portant notre gilet Presse, quelques regards étaient quelquefois inquisiteurs. Nous nous sommes approchés du camion dont les sympathisants et partisans du parti Ennahdha étaient les responsables. Quand nous demandâmes de monter dans la benne du camion où étaient installés des tables de mixages et des hauts parleurs on nous l'a interdit : «Non, pas maintenant !Vous attendez s'il-vous plait dix minutes le temps que la foule soit plus grande puis vous êtes la bienvenue, vous montez et faites votre travail.». On attendit 20 minutes pour avoir l'autorisation de pouvoir exercer notre métier de journaliste et prendre quelques photos avant d'être gentiment appelé à descendre. Toujours avec le sourire et la délicatesse. Les slogans étaient les suivants : «Légitimité, nous te vouons notre âme et notre sang !», «Vive les martyrs !», «Vive la nation», «Non à la dissolution de l'ANC» et bien d ‘autres qui accusent le leader du mouvement Nidaa Tounes d'être derrière ces crimes.
Après quoi, l'appel à la prière du soir a été lancé et les présents se préparaient à prier. Nous les quittâmes pour aller voir ce qui se passait à cet instant-là.
Après l'art place aux psalmodies et prières
Le nombre de la rive anti-gouvernementale s'est agrandi. Les gens affluaient de l'avenue 20 mars, venant à pieds de la Kasbah après avoir observé une minute de silence en hommage à nos soldats. D'autres venaient des quartiers populaires à proximité. Tous ces convois étaient escortés par la police pour assurer leur sécurité. Tout s'arrêta d'un coup et on appela à la prière. Des Cheikhs de la Zitouna étaient sur place. En guise de tapis, l'on coucha le drapeau tunisien à même le sol et l'on s'aligna pour commencer la prière de l' «Absent» (Salet el ghaeb) en hommage aux martyrs et aux soldats tués la veille. Devant tous ces prieurs, une fausse dépouille enveloppée du drapeau tunisien où il y avait le portrait du martyr Mohamed Brahmi était symboliquement installée face à eux. La foule immense se tut et l'on intima les moins disciplinés (les jeunes du virage des deux équipes favorites de la capitale à se taire et respecter l'intensité du moment et le deuil.
Notre regard alla de cet exode humain à l'autre, l'on voyait ces deux camps, pourtant appartenant à la même patrie, ayant les mêmes origines, la même identité, la même religion dans la quasi-totalité. Deux camps qui prient et invoquant la puissance divine pour protéger la Tunisie et à bénir les martyrs. Deux camps qui sans la présence du fil barbelé et des forces de l'ordre auraient pu s'entretuer ! Une dissidence qui donne un haut-le- cœur ! A quel point les différents politiques et les intérêts mercantilistes et égocentriques peuvent inciter à la haine de son semblable !
A la fin de la prière de «l'Absent», des psalmodies ont été prononcées par les Cheikhs de la Zitouna du haut d'une estrade avec micro et haut-parleurs appelant Dieu à protéger la patrie des ennemis et des incitateurs à la haine et aux massacres, à réunir de nouveau le peuple dans l'amour et la fraternité, à l'abolition des différents et à la miséricorde aux martyrs. Les yeux étaient baignés de larmes, les corps tremblants, les mains serrées et les regards rivés aux cieux dans un aura spirituel profond et émouvant. L'on craignait pour son pays, pour sa patrie, pour soi et son prochain, pour le devenir de la Tunisie. Un groupe de chanteurs d'un certain âge ont fredonné quelques chants folkloriques issus de notre patrimoine religieux. Suite à cela, l'hymne national a été chanté par une foule dont le nombre dépassait facilement les 50 mille manifestants. Emoi, effervescence générale transportèrent la foule où le drapeau national sans couleur politique était hissé et brandi dans tous les bras !
Certains dépassements étaient malheureusement notés, cependant, de part et d'autres par les deux camps. Au cœur de l'ancienne fontaine, servant désormais d'estrade, quelques élus de l'Opposition et d'autres opposants appartenant la majorité au même parti, se sont disputés en public devant la caméra alors que toute cette foule humaine ne demandait que leur unisson pour sauver le pays. En vérifiant la cause auprès des élus-mêmes, on nous fit comprendre qu'il s'agissait d'un différent sur celui qui devait prendre la parole et que d'autres ont insisté d'intervenir pour faire les héros…Décevant pour un peuple qui appelle depuis toujours à l'union de cette partie démocrate !
Les dépassements ne se sont pas arrêtés là. Fumigènes par-ci, feux d'artifices par-là, certains ont oublié que l'on était , tous , rassemblés, malgré nos différents, autour d'un deuil et non dans un carnaval ou stade ! Les jeunes du virage ont été à plusieurs reprises intimés de cesser de lancer les fumigènes. De l'autre côté, c'était pire ! Le feu d'artifice, mal manipulé a pris feu dans l'un des bâtiments se trouvant à proximité. Quelques provocations par les salafistes ont été notées.Quelques uns ont voulu s'introduire dans la foule mais ont été vite maîtrisés par les forces de l'ordre.
Néanmoins, les bougies ont été allumées à la Kasbah ou des milliers de personnes se sont réunies devant le ministère de la Défense pour rendre un dernier hommage aux soldats martyrs. Bien d'autres bougies ont été aussi allumées à leur mémoire au Bardo où les citoyens ont écrit le mot «TOUNES» en lettres arabes. La Fatihâ a été lue par les Cheikhs de la Zitouna à la mémoire des défunts.


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