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Le langage des bijoux traditionnels
Redécouvertes
Publié dans Le Temps le 16 - 09 - 2007

Manifestement, hommes et femmes « se parent » depuis l'aube de l'humanité. Leurs « parures » ont d'abord eu une « valeur » symbolique. Coquillages, cailloux colorés, petites rondelles d'œuf d'autruche, pouvaient-ils en avoir une autre ? Puis les métaux sont devenus « précieux » parce que leur valeur symbolique, l'or, parure des dieux, a acquis une valeur marchande.
Il est non moins certain que la parure, comme les vêtements qui sont aussi une parure, reflète une certaine position dans la hiérarchie du groupe humain. Le bijou, qui fait partie de la parue, est un objet « précieux » qui ne semble pas, en Tunisie, être seulement un objet de luxe réservé aux privilégiés par la fortune. Il semble bien être la manifestation d'un fait culturel.
Actuellement, il existe quatre catégories de bijoux. Premièrement, ceux qui sont les plus nombreux : les bijoux en or à 18 carats incrustés de pierres plus ou moins précieuses et inspirés de modèles occidentaux.
Deuxièmement, les « bijoux-fantaisie » qui suivent la mode, très éphémères et souvent peu coûteux.
Troisièmement, les copies de bijoux traditionnels destinés aux touristes ou à des collectionneurs qui ne trouvent plus de bijoux anciens authentiques.
Enfin, des parures traditionnelles, fabriquées en argent doré ou non le plus souvent, moins onéreuses que celles en or et destinées souvent à une clientèle rurale ou « modeste ».
Cependant, ce dernier propos mérite d'être nuancé. L'argent, en milieu rural, semble être le dernier reflet d'un antique fait culturel : les Berbères - si tant est que les ruraux tunisiens soient majoritairement d'origine berbère - appréciaient davantage l'argent, symbole de franchise et de pureté que l'or souvent associé aux vices. De plus le clivage ruraux-citadins a pratiquement disparu, d'abord en « province » où les rurales ont adopté la façon de vivre, les vêtements et les parures des citadines, puis, à Tunis qui dictait la mode qui se répandait dans le pays. Les femmes tunisiennes ont très largement participé à la conservation du bijou traditionnel qui reflète souvent des « formes » antiques : le losange et le triangle associés à un décor géométrique très sobre ne sont-ils pas d'origine berbère ? Au plan psychanalytique, le triangle et le losange figurent-t-ils, dès la plus lointaine préhistoire, le sexe féminin ? Mais par ailleurs, l'Islam n'a-t-il pas propagé - voire fait naître - un art certain de la stylisation et de « l'arabesque » ? De plus, les bijoux traditionnels tunisiens ont été influencés par les communautés de bijoutiers juifs, venus de Palestine, en particulier, dès la conquête romaine et d'Andalousie aux 17ème et 18ème siècles.
Les femmes tunisiennes ont joué un rôle primordial dans la bijouterie du pays en se réservant le « droit » de donner sa forme définitive au bijou constitué très souvent de différentes pièces qui, comme les bijoux « complets », reflètent souvent non seulement les principaux lieux de fabrication tels que Tunis, Sfax, Jerba ou Moknine mais aussi des croyances et des symbolisations très anciennes. L'agencement particulier de pièces semblables et différentes a engendré des parures spécifiques et régionales fabriquées par des femmes.
Dans La Tunisie traditionnelle, les bijoux occupaient une place importante dans la parure des femmes. Elles portaient souvent les mêmes catégories de bijoux : des diadèmes, des boucles d'oreilles, des temporaux, des colliers, des parures de poitrine, des fibules, des bracelets et des anneaux de chevilles auxquels elles ajoutaient - étaient-ils encore des bijoux ? - des boucles et anneaux de ceintures.
LES DIADEMES étaient des bijoux de cérémonies et de mariages (Il nous faudra un jour parler du rôle des bijoux dans la cérémonie du mariage traditionnel) les modèles, souvent montés par les femmes, varient de la rangée de monnaies d'or à la somptueuse coiffe des mariées de Mahdia en particulier. Les diadèmes peuvent ceindre le front, être fixés à la coiffe ou être posés sur la tête. Ils complètent généralement des coiffures toujours apprêtées.
LES TEMPORAUX sont le prolongement de la coiffure à laquelle ils sont fixés. Ils peuvent pendre jusqu'au haut de la poitrine ou suivre le contour du visage après avoir paré les tempes. Les temporaux créés par les femmes marient l'or à l'argent, au corail, aux perles souvent de couleur, aux cauris et parfois à des pompons de laine. Ils sont souvent très élégants.
LES BOUCLES ET LES ANNEAUX d'oreilles ont toujours coexisté. Les boucles d'oreilles semblent supplanter actuellement les anneaux. Ces derniers peuvent être de simples fils d'or ou d'argent courbes ou être chargés de pendeloques et parer le bas du visage. L'anneau terminé par un élément évoquant la tête d'un serpent est très fréquent. Le port de boucles d'oreille était répandu surtout dans les grandes villes.
LES COLLIERS ET LES PARURES DE POITRINE sont d'une diversité déconcertante. Le collier pare le cou et le haut du buste tandis que la parure de poitrine, de taille plus importante pend sur la poitrine à partir, généralement, de deux fibules, qui retiennent en même temps le drapé du vêtement.
Les petits éléments constitutifs habituels sont disposés symétriquement de part et d'autre d'un objet central qui, souvent, symbolise le disque de la pleine lune qui rappelle, peut-être, le culte antique consacré à Tanit carthaginoise puis à Junon Caelestis romaine.
LES FIBULES, LES BRACELETS ET LES ANNEAUX DE CHEVILLES ne sont pratiquement jamais fabriqués par des femmes.
La fibule composée d'un anneau et d'une épingle à tête triangulaire semble venir de l'Antiquité et être actuellement en faveur. Celle qui a la forme d'un croissant de lune était caractéristique des parures du Sud tunisien alors que les fibules rondes torsadées ou non, de diamètre variable, étaient les plus nombreuses. C'est le seul bijou dont le rôle utilitaire soit primordial.
Les bracelets sont très appréciés. Ils peuvent être en argent ou en or, moulés et ajourés et être équipés d'une charnière. Ils peuvent être émaillés et garnis de pierres précieuses, de corail et de filigranes. Ils sont très souvent l'élément essentiel de la parure féminine avec la bague appelée quelquefois « le cadeau du marché » parce que n'étant pas - très - onéreuse, elle peut être achetée en faisant « le marché » !
Les anneaux de chevilles étaient autrefois portés par presque toutes les femmes, même par les Tunisoises. Les citadines d'ailleurs les préféraient en or, creux et ornés de motifs ciselés. Les plus intéressants, souvent les plus lourds, étaient des anneaux ouverts, plus ou moins épais et larges, portés par les femmes du Sud.

LE LANGAGE DES BIJOUX
S'il semble que depuis l'Antiquité, les Berbères préfèrent les bijoux d'argent - et le corail très rouge : « le rouge qui gagne » ! - les Romains ainsi que les Carthaginois appréciaient surtout ceux en or. Il semble bien que les bijoux en argent doré en filigrane sur fond plein soient venus « d'El Andalous ». La technique du filigrane sur fond plein orné d'émaux de couleur et d'inclusion de pierres plus ou moins précieuses est une des originalités de la bijouterie traditionnelle tunisienne. Elle semble, aussi, être inspirée par l'art andalou.
Mais les bijoux révèlent bien d'autres choses. Les anneaux de chevilles, par exemple, paraissent être associés à une double symbolique : celle du lien établi par le mariage - voire celui de la subordination de la femme - et celle de la « consommation » du mariage, déjà noté, dans l'Antiquité, par Hérodote. Le refus - inconscient ? - des femmes de fabriquer des fibules, des bracelets et des anneaux de chevilles, dont l'élément de base est l'anneau, révèle-t-il le refus de « se lier », de « s'assujettir » elles-mêmes ?
Certes, comme tous les peuples méditerranéens, les Tunisiens vivent encore, dans la crainte du « mauvais œil » et des talismans sont encore utilisés dans des bijoux en forme de cylindre ou de boite. Ils semblent être remplacés, aujourd'hui, par un ou des versets du Coran. Le poisson et la « main de Fatma », appelée « Khomsa » sont des signes prophylactiques très fréquents. La « trace de la gazelle », représentée sous la forme d'un V latin qui pourrait évoquer aussi une queue de poisson ou le « pied du cheval » parfois « renforcé » par la représentation de poissons, d'un croissant de lune et d'une étoile à cinq branches, sont plus discrets. Le sceau de Salomon : l'étoile « juive » à six branches, semble avoir été connu depuis l'Antiquité en Tunisie. La « grenade », petit élément arrondi appelé « qanouta » semble vouloir rappeler la grenade symbole de fécondité pour les Phéniciens. La colombe, symbole de paix et de pureté dans la Bible, oiseau de Venus, vient aussi de la « nuit des temps » comme le serpent. Le serpent des Haouanet, tombeaux rupestres berbères, considéré comme bénéfique en Tunisie viendrait-il de l'Uræus égyptien, ornant la tête des Pharaons ou du serpent guérisseur associé à Esculape / Eschmoun dont le temple « couvert d'or » était érigé au sommet de la colline de Byrsa carthaginoise ? Le « cœur » en forme de bulle allongée dotée d'un pédoncule trapézoïdal par lequel il est suspendu, est toujours en or ou en argent doré souvent émaillé et garni de filigrane. Il était fréquent dans les parures des mariées de Mahdia. Est-il l'héritier de la « bulla aurea » suspendue au cou des enfants romains ou le dernier avatar d'un talisman qui a la forme d'une serrure qui verrouille ... quoi ? Le pelte a un peu la forme d'un bouclier en secteur de cercle, arrondi sur un bord et doté de trois protubérances sur l'autre bord. Il est très souvent fait en « ambre » : une pâte noire, parfumée, qui aurait des pouvoirs aphrodisiaques et dont les secrets de fabrication viendraient d'Egypte. Sa forme suggérerait-elle une idée de protection ? La croix, plus ou moins stylisée et déformée, n'exprime plus que la notion d'entrecroisement, de nœud, de fermeture donc, comme la « serrure ». Quelles très anciennes idées rappellent les têtes de fibules ou les couvercles des boites ... à Coran aujourd'hui, ornées de trois découpes en forme de porte ?
Les « peignes », petits éléments d'un collier ou d'un diadème, en forme de plaque dotée sur le bord de petits triangles accolés, sont-ils de bon augure pour la séduction d'une femme ?
Les rosaces, de forme ronde, cousues sur les vêtements ou un diadème sont-elles, en tant que cercle parfait, symbole de plénitude, de réussite, de paix et de fécondité ?
La femme tunisienne est au centre de l'histoire du bijou traditionnel. Ses bijoux étaient ses biens personnels dont elle pouvait souvent disposer librement. C'est elle qui faisait le succès et la pérennité de tel ou tel bijou, qui engendrait les commandes rémunératrices des artisans et qui imposait ses goûts dans l'agencement de ses parures.
Les apports étrangers ont été assimilés. Les artisans juifs et musulmans ont satisfait les désirs de la Société. Avec l'invasion de la mode et de la friperie étrangère, nous assistons aujourd'hui à un envahissement de la bijouterie tunisienne par des parures inspirées de l'Etranger. Même si on a pu dire que l'ouverture aux influences étrangères est caractéristique des civilisations de « vieille culture », sûres de leur identité, il nous semble cependant que ce patrimoine dans lequel se sont mêlés les travaux des tisseuses, des brodeuses, des couturières et des artisans bijoutiers, mérite mieux que de fournir des modèles à la pacotille vendue à bon marché aux touristes. Il fut un temps où les « indigènes » étaient attirés par la « verroterie » des Etrangers, aujourd'hui ces derniers semblent apprécier les « babioles » des « indigènes » ! N'y a-t-il rien de mieux et de plus « tunisien » à leur proposer en guise de « souvenirs » ?


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