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Quelles chances face aux machines électorales des partis ?
Publié dans Le Temps le 12 - 09 - 2014

A moins d'un mois et demi des élections législatives 2014, la course à la candidature a déjà commencé. Les noms des candidats des partis au bataillon commencent à faire surface aux côtés des indépendants qui font leur apparition.Parmi les 1.316 listes validées, l'ISIE a pu compter 732 listes électorales partisanes en Tunisie, 140 listes de coalition et 348 listes indépendantes. A l'étranger, 82 listes partisanes, 17 de coalition et 17 indépendantes ont été avalisées par l'instance électorale.Mais présenter une liste de candidats «libres» n'est pas de tout repos. D'abord, il faut une liste de signatures des électeurs et des élus, exigés par le règlement. Ces candidats indépendants doivent élaborer leur propre programme électoral. Un programme en bonne et due forme décliné à l'échelle de tout le pays. Bahoueddine Tangour universitaire explique la prolifération de ces listes indépendantes du fait que la moitié des électeurs ne font confiance à aucun parti en lice. Un grand nombre d'indépendants à la compétence certaine et à l'intégrité reconnue se voient marginalisés. . Pour résoudre ce paradoxe, une solution s'impose : constituer des listes d'indépendants dans toutes les circonscriptions partageant un même programme et basées sur les personnalités à la compétence rayonnante localement et se présentant sous le même emblème. « Ces listes représenteront une alternative intéressante pour les indécis car ils se retrouveraient surement à travers tel ou tel membre de la liste. C'est un bon signe de démocratie. Mais ceci favorise l'émiettement des voix. D'où la nécessité de voter utile » affirme Ahmed Ettaieb militant politique. Il est vrai que les sondages montrent que 80% de la population peine à se décider pour l'un d'entre eux. Les candidats indépendants seront des personnes à qui la population locale fait confiance, ils parleront en leur nom et non en celui d'un parti. Anouar Maalla universitaire estime que vouloir constituer une liste indépendante est légitime pour tous ceux qui ne se retrouvent dans aucun programme partisan. « Cependant dit –il , à ce stade de notre démocratie naissante, je suis contre la dispersion des voix et des efforts, surtout lorsque la domination de l'ego est la raison réelle. J'aurais tellement voulu qu'une troisième voie émerge, grâce à l'union des forces de gauche : Hamma Hammami, Samir Taieb Mongi Rahoui, Zied Lakhdar, Jounaïdi Abdeljaoued etc. Des indépendants auraient sans doute accepté de renforcer ce camp, voire d'adhérer à ces listes. Je pense à des personnalités de la société civile comme Naziha Rjiba Emna Menif, Moncef Ben Slimane Leila Toubel Leila HejaiejHouda Cherif Salah Zeghidi.Nous aurions accepté de nous mouiller à des places non-éligibles sur les 33 listes, juste pour faire campagne pour le camp démocrate. Trop tard. En rangs dispersés, il est difficile d'attirer les déçus du 23 octobre vers un camp autre que celui du vote utile. Quel gâchis ! »
Pourquoi se présenter ?
Plusieurs candidats indépendants veulent sortir des sentiers battus. Ils proposent une nouvelle conception de la politique, débarrassée de tout clientélisme ou affairisme. « C'est une manière de faire de la politique qui place véritablement le peuple au centre de toutes les actions de développement. Notre objectif est de revisiter les méandres de la politique de notre pays et dégager des pistes dont l'unique but est de proposer à nos concitoyens une autre façon de concevoir et de prendre en charge les justes et légitimes aspirations de notre société. Notre liste veut être la porte-parole de ceux que les politiciens n'écoutent pas. Je veux donner un autre visage à la politique. Je suis convaincue que les femmes peuvent améliorer la politique et restaurer la confiance des Tunisiens dans le processus politique. Mon ambition n'est pas simplement de gagner un siège. Je veux contribuer à la démocratie naissante dans mon pays aux côtés des partis démocrates et centristes. Nous plaidons pour une société ouverte et tolérante et nous sommes contre l'éparpillement des voix. L'essentiel est de nous positionner dans le nouveau échiquier politique du pays aux côtés des grands partis démocrates » souligne Fatma Hicheri ,une candidate indépendante. « En tant que candidat, je me sens mal servi, fatigué des récents problèmes du pays, exclu du processus décisionnel. J'ai donc cherché un candidat qui parle de véritables problèmes, qui favorise la participation des citoyens pour trouver des solutions, mais malheureusement les autres candidats utilisent le même discours politique et arrivent toujours avec leurs agendas, idéologies et plans d'action déjà prêts à être exécutés, ce qui laisse peu de place à la participation des citoyens. Je me suis dit qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de me présenter » avoue Sami . Ces listes indépendantes ne font pas toujours l'unanimité des citoyens. Sont-ils porteurs de projets ? Slim Boukhdhir tête de liste pour la circonscription de Sfax 2 précise que les listes indépendantes doivent être l'alternative aux partis afin d'assurer une meilleure représentativité de la majorité silencieuse qui est appelé à être un membre actif dans le paysage national »Zakia Hamda souligne que les indépendants sur les listes de l'Union pour la Tunisie, ne sont pas des figurants. Ils sont porteurs de projets, défenseurs de causes qu'Al Massar adopte. Nadia Chaabane avait été cooptée tête de liste France1, le Doyen Fadhel Moussa, tête de liste Ariana; étaient bien indépendants en 2011 ». Mohamed Ali Mankai , actif dans Afek Tounes parle au contraire d' un amateurisme politique surtout lorsque plusieurs candidats indépendants ne se sont pas préparés aux élections. « De par mon expérience explique t-il lorsque je vois tout le travail que j'ai dû faire pendant un an pour être prêt le jour j, je peux affirmer qu'il ne faut pas prendre un tel engagement pour une partie de belotte » Mohamed Rached Khayati estime que ces indépendants valorisent le parti au pouvoir. « Par contre dit-il c'est négatif pour l'opposition qui sera plus que jamais divisée et donc affaiblie ! Espérons qu'il n'y aura pas de listes satellites, c'est-à-dire inféodées à certains partis sous couvert d'autres appellations à connotation idéologique en vue de dissuader ceux qui n'ont pas l'intention de voter pour le parti dominant, de donner leurs voix sous forme de vote-sanction à d'autres partis puissants » Jamel Aboudi parle d'une indépendance masquée car dit –il ces indépendants sont en fait des électrons libres qui pourront défendre un projet visé et qui pourront jouer un rôle déterminant dans le rééquilibrage du paysage politique du pays. Bref, ces indépendants ont leur mot à dire d'ici le 26 octobre. Mais sont –ils bien armés pour aller au bout de leur intention?


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