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L'effervescence d'un patrimoine
12ème Festival International de Ghadamès ( Libye)
Publié dans Le Temps le 05 - 11 - 2007

La ville est illuminée de guirlandes qui se voient de loin. Beaucoup restent allumées toute la journée. D'innombrables bus, des minibus et des 4x4 rutilantes, bourrées de touristes, des italiens en grande quantité, des français aussi.
Ce 12ème Festival International de Ghadamès est mis sous le signe de l'ouverture : la fin de l'embargo, l'ouverture politique sur le monde, les différentes visites des chefs d'états à la Jamahirya , ont créé depuis quelques temps un appel d'air : ruée des touristes voulant profiter des prix promotionnels, l'envie de découvrir les sites avant le flot du tourisme de masse inévitable. Le désert libyen intéresse beaucoup de gens pour ses richesses préhistoriques, les mers intérieures, l'immensité des regs, des ergs . Des trésors immenses, intacts, vierges. Une multitude de ruines romaines en parfait état de conservation, parmi les plus nombreuses et les mieux conservées au monde. La Libye possède ainsi 5 sites, biens culturels et naturels inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial, dont la vieille ville de Ghadamès. Trois lieux essentiels pour le déroulement des manifestations prévues pour ce 12ème Festival
Ghadamès, ville mythique : au centre du commerce caravanier, du Ghana à Kairouan, de l'Ethiopie à Fès, elle garde en elle les traces de toutes ces cultures. Un centre intellectuel et théologique, une sédentarisation lointaine, un urbanisme particulier. Ville fortifiée avec des remparts qui donnent sur l'oasis qui arrête les vents et le sable, contreforts et meurtrières pour se défendre contre les razzia possibles. Deux ou trois portes ouvrent à l'Est, sur une oasis de 60 hectares qui entoure ses murs, et arrête les souffles chauds et les vents de sable. L'ensemble est de forme circulaire, des ruelles étroites intégrées dans l'architecture, comme des couloirs souterrains, des maisons de deux étages. Les trous de lumières dans les rues et en même temps trous d'aération Fraîcheur et des courants d'air constant.

Les espaces de rencontres
Les espaces de rencontres, doukkanas le long des murs, des placettes, comme celle du Mûrier, permettent aux sages de se retrouver et de régler les différends. Sur les portes de certaines maisons, une multitudede petits cercles concentriques, du rouge du jaune, du vert : c'est le signe que l'homme est un haj : on colle ces pastilles de tissus lorsqu'il part. Et à l'époque, on partait à pied....Aujourd'hui, une grande partie de la vieille ville est encore intacte, en parfait état de conservation, puisque certaines familles fuient les chaleurs de la ville moderne pour venir s'y réfugier. L'autre partie est en restauration. Tout le défi est justement de lui redonner entièrement vie. Tel est l'objectif premier de ce Festival.
Grande soirée populaire, samedi, pour l'ouverture du Festival. En ville l'esplanade centrale, immense terrain, près de la grande mosquée, comporte trois énormes estrades, d'une cinquantaine de mètres de longueur chacune, légèrement surélevées.
La scène où se produisent les troupes folkloriques, reproduit à l'identique l'intérieur des murs des maisons traditionnelles ghadmsi : naïveté et simplicité des minuscules dessins géométriques, à dominante rouge et verte, avec les même constantes, et quelques animaux fétiches stylisés, salamandres et tortues, tapissent ainsi les espaces blancs, une multitude de miroirs, de toutes dimensions, réfléchissent et captent la lumière d'où qu'elle vienne. L'influence du continent noir est reconnaissable. Invraisemblable accumulation de tasses et d'objets en cuivre rouge, partout alignés sur des étagères.
Une deuxième est réservée aux femmes et aux enfants, qui curieusement, restent bien sagement aux côtés de leurs mères. Une discipline et une organisation parfaite. Nous ne retrouvons pas ici l'anarchie et le désordre qui règnent dans les habituelles fêtes populaires, dans les soirées publiques ainsi ouvertes !!!! Au fond, une troisième estrade, un peu éloignée, où se tiennent debout ceux qui n'ont pas trouvé place. Le centre, les places assises sont réservées aux personnalités, et aux invités. Aux premières loges, et visiblement bien choyés, 400 à 500 touristes, badges en bandoulière, regards ébahis, découvrent ainsi cette culture et tant de richesses. Devant eux, les troupes se succèdent, pratiquement sans interruption. Des groupes de femmes, d'hommes, de jeunes filles, des danses et des chants à l'infini, sans monotonie, ni l'impression du déjà vu et entendu. Des chorégraphies « non artificielles », ou apprises à la hâte pour l'occasion avec des hésitations et des incohérences, mais des mouvements habituels qui coulent de source. Une diversité des costumes et des habits, des couleurs où le bleu domine toujours. Des habits portés avec prestance, sans gaucherie, sans gêne, en harmonie avec les mouvements. Beaucoup de discipline de la part des assistants et des spectateurs, jusqu'à très tard dans la nuit. Deux magnifiques targuis, sur leurs dromadaires blancs, sont restés ainsi immobiles durant tout le concert, à droite de la scène.

Vielle ville
Dimanche matin, c'est M. Ammar Mabrouk L'Taïef, Ministre du Tourisme, accompagné de M. Salem Boukhari Jouda, celui qui a en main la restauration de Ghadamès, homme probe et très apprécié de tous ici, qui ont parcouru ensemble les ruelles de la vielle ville, s'arrêtant partout, appelant les gens par leurs prénoms. Dans chaque rue, sur chaque placette, dans chaque maison, des femmes, des jeunes, des enfants reproduisent, dans des costumes traditionnels des scènes de la vie de Ghadamès. Et ce qui est fondamental, il y a là, disséminés à chaque endroit, tous les artisans, du travail du cuir, au travail du bois de palmier, à la vannerie, à l'orfèvrerie, à la taille de la pierre, à la poterie. Rien, ni dans les costumes, ni dans les attitudes, ne laisse transparaître le surfait ou l'artificiel.
A l'intérieur de la vieille ville, des ados, des femmes en groupe, des familles entières circulent dans tous les sens. On voit que beaucoup sont là pour la première fois et qu'ils découvrent, interrogatifs et curieux. D'autres personnes plus âgées, retrouvent des maisons de l'époque, citent des noms de familles. Beaucoup de touristes, en groupe aussi, badges bien montré, précédés d'un guide, se régalent des découvertes architecturales, des arcades en enfilades, des jeux de lumière sur la chaux blanche des murs, des surprises rencontrées au détour de chaque ruelle, au bout des impasses, des scènes de la vie dans chaque maison ouverte, sur chaque placette
Juste à l'entrée de la ville, un vaste espace clôturé est réservé à l'exhibition des touaregs, prévue pour le lundi : de vraies tentes bédouines, très spacieuses, celles qu'on utilise pour les fêtes. Ici, on a besoin de terrain vaste pour montrer comment vit une caravane, sa structure hiérarchique, les départs et les haltes, le bivouac de nuit. Des mouvements d'ensemble, des démonstrations de dressage, les rapports entre l'homme et la bête. Des danses, des chants, métissage ancestral réussi entre les différentes civilisations traversées par les caravanes. De merveilleux méharis blancs, aussi doux et obéissants que de petits toutous, se laissent guider par des chameliers impassibles, complètement enturbannés de chechs bleus , le visage bien camouflé derrière des foulards blancs, immaculés. Pour celui qui ignore la vie dans le désert, c'est une leçon de choses : avec les touristes présents, et il y en a beaucoup, on apprend ainsi que toute une culture, un artisanat d'une grande richesse, des bijoux splendides, tous ces objets nécessaires à la vie dans le désert, existent bien, et que l'on raye d'un coup ces préjugés qui consistent à croire à la « simplicité » de la vie dans le désert.
Partout la même effervescence, la même volonté et la même envie de montrer, et de transmettre surtout, ce patrimoine. Restaurer et redonner vie à la vieille ville de Ghadamès en sera la garantie.


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