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La République des fonctionnaires... malade du peuple «assisté»
Publié dans Le Temps le 10 - 02 - 2016

La Tunisie ressemble de plus en plus à cet « homme malade » sur lequel plusieurs thérapies sont pratiquées mais sans grande conviction, y compris des «médecins» eux-mêmes. Première thérapie, l'acharnement sur le passé ! On crée des instances politisées jusqu'à l'os pour extirper le mal des anciennes époques depuis l'indépendance et même avant puisqu'on envisage de remonter à 1955 et pourquoi pas à Hussein ben Ali fondateur de la dynastie beylicale, et qu'on doit financer à coup de milliards, pourquoi faire... pour mettre en accusation des acteurs dont la plupart ont rejoint l'éternel. On ira jusqu'à blanchir des coups d'Etat militaires et civils et des tentatives d'assassinat au nom de la démocratie qui aurait dû naître comme un champignon à l'aube de l'indépendance et que les bâtisseurs de l'Etat national moderne, qui ont payé de leur vie, de leur liberté et de leur santé pour libérer le pays du joug du colonialisme, n'ont pas réalisée.
C'est à croire que la Tunisie en 1955, était la Suède de 2016 et qu'on ne le savait pas !
Maître Chawki Tabib, désigné récemment à la tête de l'instance de lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance, vient d'évaluer ses besoins budgétaires à 6,5 millions de dinars, pour « démarrer » (S.V.P), le travail d'investigation et de préparation des dossiers en instance et qui se chiffrent à des milliers. En bon juriste et défenseur des droits de l'Homme, aussi bien les droits des « victimes » que des « accusés », Me Tabib sait très bien que ces mécanismes risquent de prendre des années et nous serions (si Dieu nous accorde la vie), à juger (je dis bien, juger), des malfaiteurs des anciens régimes et des anciennes nomenclatures « mafieuses » d'ici 2050 ! Vaste programme, mon ami... aurait dit le général De Gaulle !
Je dis cela parce que la Tunisie et les Tunisiens sont comme frappés du virus de la mise en accusation de tous ceux qui ont précédé, oubliant que ces Tunisiens, des siècles passés, ne sont pas venus de Mars ou de Jupiter, mais ont été enfantés par des sociétés en phase d'évolution avec tous les travers accumulés par les « cultures » politiques en exercice dans ces époques.
Ceux qui ont gouverné après la Révolution, seront un jour ou l'autre désignés comme « responsables » de crises qui, parfois les dépassent, vu l'embouteillage des exigences et le peu de moyens pour y faire face.
Par ailleurs, toutes les « légitimités » historiques sont relatives, car M. Castro, à titre d'exemple, est bien « légitime » à Cuba, aujourd'hui, mais il pourrait ne plus l'être, si Cuba change de régime et il pourrait même être traduit en justice pour toutes les « répressions » vécues et subies par des citoyens cubains à son époque ! C'est dire qu'il est facile de « juger » a postériori des actes « légitimés » par la culture politique dominante à un moment donné.
Pour être plus précis, les actes de gouvernements post-révolutionnaires qui ont été obligés, la mort dans l'âme, de recruter des dizaines de milliers de chômeurs, souvent diplômés, mais non qualifiés, qui coûtent aujourd'hui, beaucoup d'argent et qu'on aurait pu investir dans le développement, comment les qualifier !
Actes de gouvernement qui sert à apaiser un tant soit peu le climat insurrectionnel qui infecte actuellement, ou actes de mauvaise gestion ! Les justiciers des droits de l'Homme et autres « procureurs » de la mise en accusation des systèmes politiques, doivent, dès maintenant, préparer les dossiers de l'horizon... 2030 !
Les vrais politistes, depuis Aristote, le maître de la science politique et des comportements individuels et sociaux, nous enseignent que les « peuples ont les gouvernements qu'ils méritent ». Ceci veut dire, tout simplement, que les sociétés humaines ne sont pas parfaites et ne l'ont jamais été... et j'ajouterai qu'elles ne le seront jamais ! Tout doit être relativisé et ceux qui croient vouloir et pouvoir résoudre les problèmes actuels de la Tunisie en faisant le procès de tous ceux qui ont, soit gouverné, ou entrepris des actes de gestion et d'activités économiques, selon la culture dominante de ces époques, se trompent lourdement.
La Tunisie est fatiguée de regarder en arrière et de ne voir que le visage « corrompu et laid », finalement d'elle-même et de ce qu'elle a été il y a des décennies.
L'argent qui sert à l'acharnement « inquisitoire » devrait aller aux projets de développement, aux régions défavorisées qui attendent, et à bâtir l'avenir.
Hier, j'ai suivi la visite du Roi du Maroc frère, Sa Majesté Mohamed VI, dans l'une de « ses » provinces ;
Quel plaisir ! Il inaugurait des usines de niveau mondial, des routes « nikel » comme des tapis roulants, des cités nouvelles propres, arrachées à la misère des temps anciens. Les étendards du Maroc et du Roi, flottaient libres et heureux, sur un pays qui va de l'avant, qui a classé les anciennes méthodes de « Notre ami, le Roi » aux archives du passé. Ce passé est malheureux, certes, mais le Maroc doit survivre, vivre et ne pas vivre l'inquisition permanente, pour réussir son développement et ne faire que du surplace comme nous le faisons cinq ans après la Révolution !
Messieurs les nouveaux « prophètes », les idéologues de la Révolution et les justiciers... Voyez bien ce que vous avez fait de la Tunisie... Un pays assisté avec un peuple d'assistés où tout le monde revendique l'aide de l'Etat !
Rien qu'hier, j'écoutais à la Radio, un éditeur demander l'aide et des subventions de l'Etat parce qu'il diffuse la culture tunisienne... dit-il ! Mon Dieu... bientôt 11 millions de Tunisiennes et de Tunisiens vont exiger leur « Droit » (S.V.P), à l'assistance de l'Etat, les banquiers et les hommes d'affaires en tête !
Il est grand temps de déclarer la Tunisie « République des fonctionnaires et du peuple assisté » et de la misère partagée égalitairement !
Entre temps, les peuples affamés de désir et de volonté d'être, se mettent au travail comme au Maroc... gouverné par un Monarque et pas par... un idéologue illuminée du populisme « révolutionnaire » ! Et dire qu'il y a 30 ans, les Marocains venaient s'inspirer de nos lois sur l'investissement et qui étaient à l'avant-garde en Afrique et dans le Monde arabe, et de même sur le Tourisme. Aujourd'hui, ces mêmes atouts que nous avons dilapidés, comme la discipline, la sécurité, l'Excellence et l'adaptation rapide à l'évolution du monde et des affaires, constituent la force du Maroc, de la Turquie et des pays asiatiques, comme la Corée du Sud et la Chine...
Même notre projet actuel de Code des investissements, en discussion à l'ARP, semble en retard d'une guerre !
Un certain M. Bahri Jlassi, qui a tout perdu, sauf la raison, a demandé récemment et à juste titre de libérer l'investissement et de ne plus mettre de barrières aux promoteurs qui veulent fructifier leur argent en Tunisie. Evidemment, on va le traiter de tous les noms, mais à l'image d'un certain Galilée, savant italien du 16ème-17ème siècles, qui a été condamné par un tribunal de l'inquisition pour avoir dit que la Terre tourne autour du Soleil, c'est bien lui qui a raison. Ne bloquons pas l'argent qui vient vers nous, car il ira ailleurs !
Un rapport mondial vient de classer la Tunisie comme l'une des économies les plus « fermées » de la planète Terre et de ce monde.
Nous vivons l'état revendicatif et syndical intégral, alors que l'opposition accuse (encore une) la coalition au pouvoir d'être « libérale » et de favoriser le capitalisme d'affaires...
Vous voulez en rire ou en pleurer, mais nous sommes en plein « cirque mythologique révolutionnaire » où il faut partager les produits de la misère, plutôt que les fruits de la croissance.
Dieu, pardonnez leur... ils ne savent pas ce qu'ils font de la Tunisie !
K.G


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