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Il y a 31 ans, l'aviation israélienne bombardait Hammam-Chatt
Publié dans Le Temps le 01 - 10 - 2016

Il était 10h07, en ce 1er octobre 1985, quand une escadrille de chasseurs-bombardiers venue, on ne sait d'où, fonça sur Hammam-Chatt, visa un carré de 700 mètres de côté, largua dessus 4 à 5 bombes à fragmentation, fit un tour des lieux qu'elle venait de sinistrer (un immeuble administratif et deux villas, tous occupés par des Palestiniens), reprit de la hauteur et s'évapora dans le ciel bleu-azur méditerranéen.
Tout le monde s'est tourné vers la Libye et a pointé un doigt accusateur vers Kadhafi, qu'on soupçonnait d'être l'auteur de ce lâche forfait.
Les relations avec la Libye étaient au plus bas depuis 1974, quand l'union entre les deux pays qui venait de naître après un accouchement à la hâte, a avorté quelques petits jours après qu'elle eut été scellée avec fracas.
Kadhafi n'a jamais pardonné la Tunisie son revirement au projet de l'union dont il a tant rêvé. Les relations se dégradaient à vue d'œil, Kadhafi cherchait alors noise à la Tunisie et à ses dirigeants. En témoignent :
Le renvoi brusque de 30.000 Tunisiens travaillant en Libye,
La double tentative d'assassinat (en 1976 et 1980) de Hédi Nouira, Premier ministre et artisan de l'euthanasie de l'union éphémère proclamée à l'orée de l'année 1974.
L'attaque lancée par les sbires de Kadhafi sur la ville de Gafsa, en 1980, où il a essayé de fomenter des troubles et de pousser les Tunisiens à la sédition.
Durant 40 minutes, les autorités tunisiennes sont restées dans le flou quant à l'auteur de l'agression.
Le raid a causé la mort d'une soixantaine de personnes (des Palestiniens, en grande majorité) et deux fois plus de blessés. Hammam-Chatt était leur fief depuis que l'OLP y a établit son quartier général quand, en 1982, ils ont fui le Liban et qu'il n'y a eu que Bourguiba et les Tunisiens pour les accueillir à bras ouverts, tout comme ils avaient reçu les moujahidines du FLN algériens quand ceux-ci luttaient pour recouvrer l'indépendance et la souveraineté de leur pays.
Le quartier général de l'OLP était un camp plus ou moins autonome situé en bord de mer. Les bâtiments visés et détruits abritaient les bureaux de Yasser Arafat, le staff de l'Organisation, les services de la Force 17 (unité d'élite opérationnelle) et le système de communication de l'OLP.
Contre toute attente et à la surprise générale, de l'autre côté de la Méditerranée, Tel-Aviv revendiquait l'opération et se félicitait d'avoir rasé le siège de l'OLP. Visait-il Yasser Arafat ?
« Que non », clamaient les dirigeants israéliens, « on ne veut pas en faire un martyr », cependant que Rabin, ministre israélien de la Défense, déclarait : « L'heure est venue de frapper l'OLP à la tête, pas seulement les exécutants, les intermédiaires ou les inspirateurs des opérations terroristes mais aussi, ceux qui, à l'échelon supérieur, décident de les entreprendre ».
Quand Tel-Aviv annonçait le raid sur la Tunisie, au même moment, Ronald Reagan, alors président des USA, déclarait, sans vergogne, que l'opération est un acte de représailles et de légitime défense.
Surprise et consternation chez les Tunisiens, le Monde arabe et les capitales occidentales qui considèrent la Tunisie comme un modèle du genre : un pays réputé pour sa modération et son attachement à la réalité et à la légalité internationale.
Pour la Tunisie et pour bien d'autres pays, l'opération ne pouvait se réaliser sans la bienveillance et le soutien effectif des Etats-Unis, à tout le moins, sans une aide logistique et un appui de communication durant la navette aller-retour longue de 4.800 km. Les Etats-Unis, bien qu'ils nient tout soutien quelconque apporté aux Israéliens et qu'ils déclinent toute responsabilité morale, ne pouvaient ne pas être au courant de l'opération avant son exécution. On en veut pour preuve que la simultanéité de l'annonce de l'agression à Tel-Aviv et à Washington.
La Tunisie a réclamé à cor et à cri que justice soit rendue aussi bien au niveau des propos et des réactions de la Maison Blanche qu'au niveau du Conseil de Sécurité de l'ONU, appelé à se prononcer sur l'agression perpétrée sur son territoire et sur la violation de son intégrité et de sa souveraineté.
Bourguiba est allé jusqu'à menacer, voire préparer une rupture des relations diplomatiques avec les USA si la Maison Blanche ne revoyait pas sa copie et si, au Conseil de Sécurité, elle brandissait son véto et faisait couler la résolution présentée par la Tunisie.
Face aux réactions violentes venues de toutes parts, aux menaces proférées par Bourguiba, à la condamnation de la communauté internationale (dont la France et la Grande-Bretagne) de cet acte d'agression caractérisée, l'administration américaine, revenant sur le raid de Hammam-Chatt tempérait ses propos et « déplorait les actes de violence dans la région » avant que Georges Shultz, Secrétaire d'Etat, n'effectue un recentrage et ne finisse par condamner, en termes non équivoques, l'agression israélienne sur la Tunisie.
D'aucuns estimaient que cette attaque n'était qu'un acte de représailles de l'assassinat (auquel faisait allusion Ronald Reagan), quelques jours plus tôt, de 3 touristes israéliens à Larnaca (Chypre). En fait, il n'a servi que de prétexte à Jérusalem pour se livrer à une spectaculaire démonstration de force qui a valeur d'avertissement exemplaire, contre l'OLP, son ennemi déclaré, en exécutant un projet longuement mûri.
Plutôt que de représailles, Israël cherchait à torpiller un projet de négociation mis sur la table par la Jordanie en vue de faire reconnaître le principe de participation de l'OLP à un processus de paix. Les Israéliens qui craignaient qu'un jour, les Américains finissent par prendre langue avec l'OLP, ont voulu donner un coup d'arrêt à cette évolution. En frappant très fort dans le but de radicaliser la Centrale palestinienne, ils oeuvrent ainsi, à l'abandon d'un processus de paix dont ils ignorent où il peut les conduire.
Tout le monde l'a noté : chaque fois qu'une odeur de négociation est dans l'air, se déclenchent des opérations du genre Larnaca ou Hammam-Chatt.
Aux Nations-Unies, l'élan de solidarité avec la Tunisie est très large. Il mobilise les pays arabes, les pays actifs du Mouvement des Non-alignés et les membres du Conseil de Sécurité, lequel se réunit d'urgence à la demande de la Tunisie (représentée par son ministre des Affaires étrangères) qui exige une résolution condamnant expressément l'agression et le terrorisme d'Etat pratiqué par Israël.
Ce n'était pas une chose aisée surtout face aux USA, allié principal et indéfectible d'Israël et son « protecteur » aux Nations-Unies et ailleurs. Mais, grâce à l'habileté, au savoir-faire du chef de la délégation tunisienne, un diplomate chevronné (devenu aujourd'hui, chef d'Etat), et aux tractations qu'il a su mener contre vents et marées américains et pro-américains, la Tunisie a plaqué les Etats-Unis au poteau et a réussi à faire adopter sa résolution par 14 voix contre zéro. Les USA se sont abstenus. Jamais avant cette fois-ci, il n'y a eu d'abstention des Etats-Unis dans une résolution impliquant Israël. Il n'y en a pas eu avant cette fois-ci et il n'y en a pas eu après.
La résolution 573 du 4 octobre 1985 présentée par la Tunisie était un succès éclatant et une authentique et mémorable victoire diplomatique.


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