Trois mois à peine après son investiture, le président Obama est venu mettre les pieds dans un pays qui constitue pour l'Occident une porte de l'Orient: le monde musulman. Cette porte –nous l'avons vue au cours de l'ère Bush – s'était refermée, laissant des traces douloureuses dans cette ère civilisationnelle qui a donné beaucoup à l'Europe. C'est donc une véritable gageure que relève le président américain, n'hésitant pas ainsi à se mettre à dos l'opinion publique occidentale qui n'est pas en délicatesse avec l'Islam. Cela pouvait même lui nuire dans sa carrière politique. En effet, le Vieux continent tient mordicus à son statut de club chrétien. La Turquie qui bataille depuis des années pour intégrer l'Union européenne voit régulièrement sa candidature rejetée. Et souvent pour le moindre prétexte. Il est loin le temps où ce pays était chouchouté du fait qu'il était considéré comme un bastion contre l'URSS. Aujourd'hui, on ne rate pas une occasion de lui faire comprendre qu'il était indésirable. Obama, lui, a pris le contrepied de cette unanimité en appuyant la démarche de la Turquie. Il a donc eu le courage de le faire. Comme il vient d'avoir le courage de parler d'ouverture au monde musulman. Une perspective d'autant plus pertinente qu'elle emprunte la voie du pays, d'Ataturk, père de la laïcité, de la modernisation et de la libération de la femme. C'est là, à n'en pas douter, un symbole fort adressé aux musulmans par ce choix stratégique avec la Turquie. Cela résulte de la nécessité d'établir de nouveaux et féconds rapports avec un monde qui pèse, qu'on le veuille ou non, sur le destin d'une grande partie de la planète. On ne peut concevoir un meilleur catalyseur pour amorcer un vrai dialogue des cultures et des civilisations.