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Relations Iran–Afrique : quels changements après la confrontation avec Israël ?
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026

Il est encore prématuré de parler de transformation majeure dans les relations irano-africaines après la guerre de douze jours contre Israël. Toutefois, les signaux émanant de ce conflit et ses répercussions sur les dynamiques régionales donnent à penser qu'une nouvelle phase pourrait s'ouvrir dans les relations entre Téhéran et le continent africain. Une phase façonnée autant par le repositionnement géopolitique de l'Iran que par l'évolution des rapports de force sur le continent.
Une présence enracinée depuis 1979
Depuis la Révolution islamique de 1979, les relations irano-africaines ont fluctué selon les circonstances géopolitiques, les ambitions stratégiques de l'Iran et les équilibres régionaux. Au fil des décennies, Téhéran a tissé des liens avec plus de vingt pays africains à travers la coopération diplomatique, économique, militaire et technique. Le continent est devenu un marché pour ses produits, y compris l'armement, où l'Iran se classe derrière la Russie, la Chine et la Turquie.
Un après-guerre qui rebat les cartes
La guerre éclair avec Israël et les frappes américaines n'ont pas affaibli la position régionale de l'Iran. Bien au contraire, Téhéran sort de cette confrontation comme un acteur incontournable au niveau régional, ce qui pourrait ouvrir davantage de portes en Afrique, à condition qu'elle gère habilement l'après-guerre et maintienne un équilibre dans ses rapports avec l'Occident.
Deux facteurs majeurs renforcent ce cap :
* D'une part, l'Iran a prouvé sa résilience face à l'isolement et aux attaques. Elle pourrait désormais bénéficier d'une marge de manœuvre diplomatique élargie, notamment si un apaisement s'installe dans les négociations sur son programme nucléaire et balistique.
* D'autre part, plusieurs pays africains, jadis réticents à se rapprocher de l'Iran en raison de pressions israélo-américaines, semblent lever progressivement leurs réserves. Le rapprochement irano-golfe, notamment avec l'Arabie saoudite, a joué un rôle apaisant — bien que le Maroc reste fermement opposé à l'Iran pour son soutien au Front Polisario.
Renforcement des partenariats économiques et militaires
Téhéran pourrait désormais consolider ses coopérations existantes avec des pays comme le Zimbabwe et le Niger dans le domaine énergétique (pétrole contre uranium), ou encore élargir son influence dans la production automobile et les équipements agricoles au Sénégal, Mozambique, Tanzanie et Ethiopie.
Elle entend également pérenniser sa présence stratégique dans la région de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb, en renforçant sa coopération avec Djibouti, l'Erythrée et le Soudan, dans une perspective liée à sa présence au Yémen et à sa rivalité régionale avec Israël.
Des alliances tactiques à effet domino
L'Iran pourrait tirer profit du repli américain et français en Afrique, combiné à l'ancrage russe et chinois dans de nombreux pays africains. En ce sens, le trio stratégique Chine–Russie–Iran se montre de plus en plus actif dans les zones du Sahel et de l'Afrique de l'Est, avec une présence marquée au Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée, Algérie, Tunisie, Soudan, Ethiopie, Djibouti, Somalie et Tanzanie.
Le partenariat historique avec l'Afrique du Sud, ainsi qu'avec le Mozambique et l'Angola, offre à l'Iran un levier de pénétration solide dans l'Afrique australe, où Pretoria pourrait jouer un rôle de tête de pont stratégique.
Le facteur religieux et l'influence culturelle
L'Iran capitalise également sur la présence chiite dans plusieurs régions du continent. Des communautés importantes sont recensées dans plus de 20 pays, dont le Nigeria (environ 5 millions de chiites), le Sénégal, la Sierra Leone, le Ghana, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Mali, la Tanzanie, le Kenya, Madagascar et la RDC.
À cela s'ajoute un réseau dense de centres culturels, de séminaires religieux, de médias et de bourses offertes à des milliers d'étudiants africains chaque année, ce qui constitue un outil d'influence puissant auprès des populations musulmanes africaines, d'autant plus sensibles à l'image d'un Iran ayant tenu tête aux Etats-Unis et à Israël.
Un soft power sous contrainte budgétaire
Malgré les coûts de la guerre, l'Iran semble déterminée à poursuivre son offensive diplomatique et culturelle sur le continent, bien qu'elle dispose de moyens financiers plus limités qu'auparavant. Son objectif immédiat : intensifier ses initiatives politiques et économiques, diversifier ses partenariats, et s'ancrer dans les marchés émergents africains, tout en se préparant à une contre-offensive israélienne visant à contenir son influence.
Une fenêtre géopolitique à exploiter
Dans un contexte où les pouvoirs changent de main en Afrique, où de nouveaux leaders émergent, et où les influences occidentales reculent, l'Iran perçoit une opportunité unique pour consolider sa présence géostratégique. Si la Chine et la Russie étendent leur empreinte, l'Iran, malgré ses blessures, est prête à occuper l'espace laissé vacant, en s'affirmant comme le troisième pilier d'une nouvelle architecture d'influence en Afrique.
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