Nous savions que le bouillant Premier ministre Ousmane Sonko, qui électrise la scène politique comme il a agité la rue sous Macky Sall, serait un des défis du président Bassirou Diomaye Faye. Mais on ne se doutait pas que les problèmes arriveraient aussi vite, 15 mois à peine après leur accession à la tête de l'exécutif sénégalais. Sonko a déclaré qu'il n'y a pas de frein majeur dans le pays, il y a juste un «problème d'autorité», et même une «absence d'autorité». Une pierre envoyée directement dans le jardin du chef de l'Etat. Sonko n'a pas enlevé son costume de 1er opposant Le Premier ministre a tenu ces propos détonants hier jeudi 10 juillet lors de la mise en place du Conseil national du PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité). Sonko reproche à son compagnon de lutte d'être trop timoré et de ne pas le défendre face à la pluie de flèches décochées par l'opposition et les médias. «On ne peut tolérer qu'un homme, père de famille et chef d'institution, soit traîné quotidiennement sans la boue, sous couvert de liberté d'expression», dit Sonko. Des assauts qui peuvent cesser si Faye décide «de s'y opposer fermement», ajoute-t-il A noter que l'animosité entre le Premier ministre et certains journaux a valu à des chroniqueurs des déboires avec la justice, des convocations et inculpations qui nourrissent des accusations d'abus de pouvoir. Les journalistes usent des mêmes méthodes que sous l'ancien régime, avec parfois des attaques systématiques. C'est une spécificité sénégalaise, dans un pays qui expérimente la démocratie depuis des décennies… Quand Sonko était dans l'opposition cette agitation ne le gênait pas, elle a même contribué au déboulonnement du pouvoir de Macky Sall. Mais là le virulent opposant est passé de l'autre côté de la barrière, il vit dans sa chair l'intransigeance des médias sénégalais. Cela change tout mais il ne veut pas l'admettre. Le président Faye, plus en retrait, est à l'abri des tirs. Par ailleurs les deux hommes n'ont pas le même caractère, ils encaissent différemment les coups. Plus le Premier ministre se cabre et éructe, plus la presse bombarde. La mollesse n'est pas le seul grief formulé par Sonko contre le président de la République, il se plaint aussi de ne pas avoir les coudées franches et demande qu'on le «laisse gouverner» a sa guise pour matérialiser les réformes promises aux électeurs. «J'interpelle le président Bassirou Diomaye Faye pour qu'il prenne ses responsabilités, sinon qu'il me laisse faire», a lâché le Premier ministre… Diomaye s'effacera-t-il en 2029 après avoir goutté au pouvoir suprême ? Parmi les grands chantiers il y a la justice, cette même justice qui avait condamné Sonko en janvier 2024 pour diffamation, le rendant inéligible pour l'élection présidentielle de 2024 alors qu'il était l'archi favori. La Cour suprême a d'ailleurs confirmé dernièrement la condamnation et l'amende astronomique qui va avec. Le Premier ministre ne l'a jamais digéré, quoi qu'il dise. Donc derrière son appel à plus de célérité dans le travail de la justice et le jugement des ex-dignitaires du régime de Sall il y a aussi des comptes personnels que Sonko brûle de régler. Il était le candidat naturel de PASTEF à la présidentielle, Diomaye Faye n'y est allé que parce que son chef lui a demandé de le faire après que la justice l'a recalé. L'amnistie générale est passée par là, Sonko dit à qui veut l'entendre qu'au prochain scrutin rien ne l'empêchera d'y aller. Là je dis attention… Il est certes le leader historique du PASTEF mais la configuration du parti fait que le président Diomaye Faye pèse lourd dans la formation. Le Premier ministre n'est pas propriétaire des voix des militants et des citoyens en général. Si l'action du chef de l'Etat est jugée positive par les Sénégalais rien ne l'empêchera de faire valoir ses droits à la prochaine présidentielle, pas même le très populaire Sonko. Il ne faut pas sous-estimer la puissance de l'attrait des dorures du pouvoir, Diomaye y a goutté, l'appétit peut venir en mangeant. Ça le rendrait très dangereux pour les ambitions présidentielles de Sonko. Ce dernier disait durant la dernière campagne électorale « Diomaye c'est moi« , il pourrait ne pas le dire à la prochaine. Une source proche de la présidence minore le bras de fer et l'explique par la frustration de Sonko, dans son costume étriqué de Premier ministre… Aux dernières nouvelles il n'a nullement l'intention de rendre son tablier. Ces assurances ne répondent pas aux questions sur les divergences de fond. Jusqu'à quand cet attelage tiendra ? Le parcours hors normes du chef de l'Etat (il a été gracié et est sorti de prison quelques jours avant l'élection) est arrivé jusqu'aux oreilles du président américain, Donald Trump. D'où le discours dithyrambique du républicain à la Maison-Blanche. Le président sénégalais savoure encore. Qu'il en profite, Sonko arrive.
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