L'Union européenne affûte ses outils de riposte face à une nouvelle offensive commerciale américaine. Alors que les négociations avec Washington sur un accord tarifaire s'intensifient, Bruxelles envisage pour la première fois l'activation de son « instrument anti-coercition », une mesure inédite conçue pour répondre aux pressions économiques extérieures, notamment aux actions jugées unilatérales ou punitives de la part des grandes puissances. Mercredi 23 juillet 2025, alors que les pourparlers semblaient aboutir à un compromis autour d'un droit de douane moyen de 15 % sur les produits européens exportés vers les Etats-Unis, l'option de l'outil de défense commerciale a refait surface, poussée par la France, tandis que l'Allemagne appelle à la prudence et au dialogue. Un outil dissuasif pour répondre à l'intimidation économique Proposé dès 2021 par la Commission européenne, dans la foulée des tensions commerciales avec l'administration Trump et des pressions chinoises sur la Lituanie, l'instrument anti-coercition permet au bloc européen de riposter de manière ciblée et proportionnée face à tout usage abusif du commerce comme moyen de pression politique. Selon Bloomberg, il s'agirait de la réponse la plus complète dont dispose l'UE à ce jour. Elle inclurait : * La taxation des géants technologiques américains ; * La restriction des investissements venus des Etats-Unis ; * Le blocage des entreprises américaines dans les marchés publics européens. Bien que son usage soit principalement dissuasif et non « punitif », comme le précise Bruxelles, les mesures prévues pourraient avoir un impact majeur, en particulier si l'administration Trump concrétise ses menaces de porter les taxes à 30 % dès le 1er août. Paris en tête, Berlin en observateur stratégique Selon les révélations de Bloomberg, la France serait en train de rallier les soutiens nécessaires au sein du Conseil de l'Union européenne pour enclencher l'activation formelle de l'outil anti-coercition si les discussions avec Washington échouent. Pour que l'instrument soit mis en œuvre, il faudra l'approbation d'une majorité qualifiée : 55 % des Etats membres représentant au moins 65 % de la population de l'UE. Dans ce contexte, l'alignement franco-allemand demeure crucial. Le chancelier Friedrich Merz a évoqué mercredi « des décisions imminentes » lors d'un dîner de travail avec le président Emmanuel Macron à Berlin. Ce dernier a confirmé être en contact étroit avec la présidente de la Commission européenne et ses homologues européens afin de « coordonner une réponse » à ce qu'il qualifie « d'offensive tarifaire ». Vers un compromis à 15 %, mais à quel prix ? Selon plusieurs sources diplomatiques citées par Reuters et Financial Times, la dissuasion a réussi et un accord commercial à venir imposerait une taxe douanière de 15 % sur les importations européennes, un compromis douloureusement accepté par Bruxelles afin d'éviter le scénario extrême d'une taxation à 30 %. Certaines concessions sont également envisagées : * Suppression des droits sur les spiritueux, les dispositifs médicaux et certains équipements aéronautiques ; * Réduction des droits sur les voitures exportées vers les Etats-Unis de 27,5 % à 15 % ; * Maintien de taxes ciblées sur environ 93 milliards d'euros de produits américains si les discussions venaient à échouer. Mais comparé à l'accord signé avec le Royaume-Uni – qui prévoit des exemptions sur les moteurs d'avion et une réduction à 10 % des droits sur les voitures (dans une limite de 100 000 unités/an) –, l'offre faite à l'Union européenne reste nettement moins avantageuse. Une guerre commerciale larvée sous haute tension Depuis avril, les exportateurs européens doivent déjà composer avec une surtaxe de 10 % sur les marchandises envoyées aux Etats-Unis, en plus des droits moyens de 4,8 %. Pour de nombreux analystes, cette surenchère tarifaire marque un tournant dans les relations transatlantiques, où le commerce devient un levier politique de plus en plus assumé. Selon la définition adoptée par Bruxelles, l'« é coercition économique » correspond à l'usage abusif des outils douaniers dans un objectif politique sans justification au regard des règles de l'OMC – une accusation clairement dirigée contre l'administration Trump. Un test de souveraineté pour l'Union À l'approche d'une éventuelle escalade, l'Union européenne marche sur une ligne de crête : préserver le dialogue avec son partenaire historique tout en affirmant son autonomie stratégique. L'activation de l'outil anti-coercition, bien que risquée, envoie un message clair : l'Europe ne se laissera pas instrumentaliser par une logique d'intimidation commerciale. Ce bras de fer illustre la volonté croissante de Bruxelles de se doter d'une capacité de réaction souveraine, capable de protéger ses intérêts sans rompre avec ses principes. Mais l'équilibre reste fragile, et la suite des négociations pourrait bien redessiner les règles du jeu économique entre les deux rives de l'Atlantique. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!