Un rapport accablant publié cette semaine par Human Rights Watch met en lumière une crise humanitaire majeure dans plusieurs centres de détention pour migrants en Floride, aux Etats-Unis. L'organisation de défense des droits humains alerte sur des conditions de détention dégradantes, des violations graves des droits fondamentaux et l'absence quasi totale de transparence et de contrôle indépendant. Surpopulation, insalubrité et négligence médicale Le rapport, basé sur plusieurs mois d'observation et de témoignages, cite notamment les centres de Crôme, Broward et le centre fédéral de détention parmi les plus problématiques. Dans certains cas, des cellules prévues pour 66 personnes accueillent jusqu'à 150 détenus, obligeant ces derniers à dormir à même le sol ou dans des couloirs étroits, souvent sans accès à des conditions sanitaires minimales. Nicole Widdersheim, directrice adjointe du bureau de Washington de l'organisation, dénonce une situation « tragique », soulignant que ces conditions de surpopulation s'accompagnent d'un déclin alarmant des services essentiels : réduction des repas à deux par jour, suppression des petits-déjeuners chauds, et obligation de manger dans les lits par manque d'espace. L'accès aux soins est également restreint : seuls cinq détenus par jour peuvent soumettre une demande de consultation médicale, et le service est parfois suspendu sans explication. Le rapport documente par ailleurs des cas de privation de traitement pour des maladies chroniques et dénonce le décès évitable de deux migrants, l'un originaire d'Ukraine, l'autre d'Haïti, dont les demandes de transfert à l'hôpital auraient été ignorées à plusieurs reprises par l'administration carcérale. Un nouveau centre controversé en préparation Human Rights Watch s'inquiète en outre de l'ouverture imminente d'un nouveau centre baptisé « Alligator Alcatraz », situé dans la région marécageuse des Everglades, qui devrait accueillir jusqu'à 3 000 migrants. Aucune visite indépendante ou couverture médiatique n'a pour l'instant été autorisée, alimentant les craintes d'une opacité encore plus grande. Le rapport impute la responsabilité directe de ces abus aux autorités fédérales américaines ainsi qu'aux responsables de l'Etat de Floride, accusés de favoriser une politique de répression migratoire. Depuis plusieurs mois, les forces de police locales disposent de nouveaux pouvoirs étendus pour procéder à des arrestations et placements en détention de migrants, y compris en l'absence d'infraction pénale. Human Rights Watch souligne les conséquences sociales de cette dérive sécuritaire. La peur du signalement aux autorités migratoires empêche de nombreux migrants — même victimes de crimes — de signaler les faits à la police, par crainte d'être arrêtés et expulsés. « Je préfère ne pas appeler la police, même si je suis attaquée », témoigne une femme citée anonymement dans le rapport. Un appel à revoir en profondeur la politique d'enfermement L'organisation internationale appelle à abandonner la détention comme réponse systématique à la migration et à la réserver aux cas exceptionnels, en renforçant les mécanismes de surveillance indépendants. Elle demande également la révision immédiate des accords entre autorités locales et fédérales qui permettent ces dérives, et réclame un traitement digne et humain pour tous les migrants, quels que soient leur statut ou leur origine. Ce rapport jette une lumière crue sur la face cachée du système migratoire américain, où les discours officiels sur la sécurité se heurtent à la réalité d'une politique de plus en plus brutale et déshumanisante, ciblant des populations déjà vulnérables. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!