La société tunisienne vit aujourd'hui des changements profonds, notamment sur le plan culturel et social. L'un des plus visibles concerne le rapport des jeunes aux langues étrangères. L'anglais, de plus en plus présent dans leur quotidien, s'impose progressivement comme la langue de référence, reléguant le français – longtemps considéré comme la seconde langue du pays depuis l'époque coloniale – au second plan. L'anglais, langue des plateformes et de la mondialisation Interrogé par Tunisie Numérique, le sociologue Tarek Saïdi explique que l'acquisition d'une langue se fait soit par l'apprentissage, soit par le contact avec d'autres civilisations. Or, dans le contexte du nouvel ordre mondial, ce contact ne passe plus par les voyages ou les échanges commerciaux traditionnels, mais surtout par les réseaux sociaux et les avancées technologiques. « L'anglais est aujourd'hui la langue la plus utilisée car elle est à l'origine de la majorité des terminologies circulant sur les plateformes numériques. C'est ce qui facilite son usage et sa diffusion à grande échelle », précise-t-il. Une langue devenue incontournable pour l'économie et l'emploi Selon Saïdi, l'anglais s'impose également par son rôle dans les échanges économiques et de services. Les relations de la Tunisie avec l'Europe et les Etats-Unis, mais aussi avec les pays du Golfe et du Moyen-Orient, renforcent l'importance de cette langue. « De plus en plus, la maîtrise de l'anglais devient un critère déterminant pour accéder aux opportunités d'emploi, que ce soit localement ou à l'étranger », souligne le sociologue. Il rappelle également que certains termes anglais pénètrent désormais la langue française elle-même, preuve supplémentaire de l'influence croissante de l'anglais, même dans les sociétés historiquement francophones. L'hégémonie culturelle américaine en toile de fond Pour Tarek Saïdi, cette dynamique linguistique reflète une réalité plus large : la domination culturelle, économique et communicationnelle américaine. « Les Etats-Unis contrôlent les principaux moyens de production des contenus diffusés via les réseaux sociaux et les plateformes culturelles. L'anglais devient donc un instrument de cette hégémonie mondiale », analyse-t-il. Cependant, il nuance : malgré cette tendance, il reste difficile d'imaginer, à court terme, une suppression structurelle du français dans le système éducatif tunisien, où il continue d'occuper une place de langue seconde. Néanmoins, dans les pratiques sociales et professionnelles, la société tunisienne « est en train de dépasser le français au profit de l'anglais », conclut-il. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!