La Russie s'apprête à franchir une nouvelle étape dans sa politique migratoire. Des projets de lois en discussion au Parlement visent à restreindre fortement l'accès des migrants au marché du travail, notamment dans des secteurs clés tels que les taxis, les services de livraison, la construction et la restauration. Des mesures initiées à Saint-Pétersbourg Le mouvement a débuté à Saint-Pétersbourg, où les autorités locales ont décidé d'interdire aux étrangers de travailler dans le secteur des taxis jusqu'à fin 2025. L'objectif affiché : « améliorer la qualité et la sécurité des services » et offrir davantage d'opportunités aux citoyens russes. Les entreprises disposent d'un délai de trois mois pour mettre fin aux contrats de leurs chauffeurs étrangers. Quelques jours plus tard, le ministère du Travail a proposé de réduire la part des migrants dans plusieurs secteurs d'ici 2026 : * dans la construction, leur part passerait de 80 % à 50 %, * dans la restauration, jusque-là épargnée par toute limitation, elle serait plafonnée à 50 %, * dans le commerce d'alcool et de tabac, un interdit total est envisagé (contre 15 % aujourd'hui). Ces propositions se propagent à d'autres villes, dont Moscou, et sont désormais examinées par la Douma d'Etat. Les craintes des économistes Les experts redoutent un effet boomerang sur l'économie. Selon leurs estimations, une réduction massive de la main-d'œuvre étrangère pourrait : * priver l'Etat de recettes fiscales et de revenus issus des permis de travail, * creuser les déficits des caisses sociales et de retraite, * provoquer une hausse des prix dans les secteurs concernés, * favoriser l'essor d'un marché noir du travail. Le sociologue Vladimir Kouchiel estime que ces mesures risquent de « priver des dizaines de milliers de migrants de leur source de revenus, sans offrir d'alternatives viables », tout en augmentant le coût des services pour les consommateurs. Une fracture dans la société russe Depuis des années, Moscou encourageait l'immigration de travail pour pallier le vieillissement démographique et le manque de main-d'œuvre. Le revirement actuel suscite donc des débats intenses. Les opposants aux restrictions soulignent que les grandes villes russes dépendent massivement des travailleurs étrangers, en particulier dans le bâtiment, la livraison et les services de proximité. À l'inverse, certains experts comme Vladimir Oulitchenko défendent la ligne dure. Selon lui, la présence de migrants en nombre excessif génère des tensions sociales, met en danger la sécurité sanitaire (absence de contrôles médicaux dans la livraison alimentaire) et accentue la pénurie de logements et de places scolaires. Entre politique et réalités du marché Au-delà des arguments économiques et sociaux, le débat prend une dimension politique. Pour plusieurs observateurs, ces annonces visent aussi à répondre aux inquiétudes d'une partie de la population russe, préoccupée par la montée des flux migratoires. Mais leur mise en œuvre pourrait avoir des conséquences directes sur le quotidien des Russes : moins de main-d'œuvre, services plus chers et ralentissement économique. Un équilibre complexe reste à trouver entre contrôle migratoire, sécurité publique et impératifs économiques. Pour l'heure, la Russie semble s'orienter vers une politique restrictive qui pourrait redéfinir profondément son marché du travail. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!