Un écran géant installé à Tanger, au Maroc, pour compter les jours avant le coup d'envoi de la Coupe d'Afrique des nations a été détourné pour afficher un message politique. Selon des vidéos massivement partagées sur les réseaux sociaux, l'inscription « Days to kick-off » a brièvement laissé place à un slogan en arabe appelant à « la santé, l'éducation et la dignité pour le peuple ». L'action, présentée par ses auteurs comme une cyberattaque, intervient dans la foulée d'une séquence de mobilisations juvéniles qui ont touché plusieurs villes marocaines ces derniers jours. Sur les images, l'écran rouge tranche avec les façades du centre-ville. Là où devait s'égrener le décompte avant la CAN, un message court mais lourd de sens s'est imposé quelques instants, avant le retour au contenu initial. Cette irruption symbolique condense les mots d'ordre qui animent la contestation : priorité aux services publics essentiels, transparence des choix budgétaires et respect de la dignité sociale. Elle traduit aussi le déplacement du terrain de protestation vers l'espace numérique, avec des actions éclairs à fort impact visuel. Le geste n'est pas anodin. Les compteurs officiels incarnent l'image projetée par un pays hôte à l'approche d'un grand événement sportif. Les détourner, même brièvement, revient à fissurer ce récit, à y injecter la colère d'une partie de la jeunesse. Dans les rassemblements récents, largement coordonnés en ligne, les slogans ont déjà fait de la santé et de l'éducation un test de crédibilité pour les politiques publiques. L'« hacking » de Tanger transpose ce discours au cœur de l'esthétique événementielle. Reste que la charge est d'abord politique : elle souligne le fossé entre, d'un côté, l'investissement dans des manifestations d'envergure comme les stades et, de l'autre, l'exigence de réponses concrètes sur l'hôpital, l'école et le quotidien. Au-delà du coup d'éclat, l'épisode éclaire une tendance de fond. La mobilisation se nourrit d'images courtes, virales, capables de circuler d'un téléphone à l'autre plus vite que n'importe quel cortège. Elle s'appuie sur des compétences numériques qui déplacent la contestation dans des espaces où l'occupation policère est moins immédiate : écrans urbains, panneaux lumineux, flux sociaux. Une « bataille de signes » qui complète, sans la remplacer, la présence physique dans la rue. L'incident de Tanger rappelle enfin que la sécurité des dispositifs d'affichage connectés devient un enjeu à part entière à l'approche de grands événements. Pour les organisateurs, il s'agit autant de protéger l'intégrité des systèmes que de comprendre la portée symbolique d'un message qui surgit là où l'on attendait un compte à rebours : non pas un refus du sport, mais la revendication d'un ordre des priorités où la santé, l'éducation et la dignité ne seraient plus reléguées derrière l'horloge des festivités. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!