Depuis l'Egypte, où il tente de briller aux côtés du « faiseur de Paix » Donald Trump et de son comparse le président Abdel Fattah al-Sissi, le chef de l'Etat français tente de conjurer une autre motion de censure en fustigeant ceux qui font « des paris sur l'instabilité ». Mais ça part mal. Macron se sachant « radioactif » et définitivement hors course, quoi qu'il fasse, s'est engagé à donner « carte blanche » à son Premier ministre Sébastien Lecornu pour composer son équipe et gouverner à sa guise. Une promesse démentie par les faits : avant son départ pour le Caire le président a passé 3h30 avec Lecornu pour monter le gouvernement. Le chef de l'Etat garde donc la main alors que tout le monde – même son propre parti – veut qu'il se taise à jamais. Le Rassemblement national et la France insoumise n'attendront pas le discours de politique générale (prévu demain), ils ont déposé ce 13 octobre des motions de censure qui pourraient balayer le gouvernement dès cette semaine. Il y en a un autre qui pourrait tout perdre dans cette agitation ambiante : l'ex-ministre de l'Intérieur et patron de la droite – les Républicains -, Bruno Retailleau. Retailleau n'aura pas la « baraka » de Sarkozy… Déjà dans le sondage de mai 2025 on a clairement vu que son agitation sur l'Algérie, le combat contre les trafiquants de drogue et l'insécurité de manière générale ne payaient pas, avec à peine 10% d'intentions de vote aux prochaines élections. Les choses ne s'arrangent pas pour l'ex-locataire de la place Beauvau. La faute à quoi ? D'abord à l'instabilité politique ambiante. 3 Premiers ministres en 15 mois et autant de gouvernements ça laisse peu de temps pour s'organiser et mettre son empreinte dans la conduite des affaires publiques, avec un bilan qu'on peut faire valoir. Nicolas Sarkozy avait eu la chance d'occuper le poste de Retailleau de 2005 à 2007, d'où il s'était élancé pour conquérir la présidence de la République ; l'actuel chef de file de la droite n'aura pas cette « baraka« , si on peut dire quand on voit comment Sarkozy a fini. Mais il n'y a pas que le coup du sort – l'instabilité politique – comme explication, il y a aussi les mauvais choix et grossières erreurs de lecture de Retailleau… Il paye surtout son manque de clarté dans son positionnement, son manque de constance dans ses choix et son hypocrisie. Il y a quelques jours il bataillait pour faire partie du gouvernement Lecornu 1. Il a été reconduit à son poste mais moins de 14 heures après l'officialisation de l'équipe Retailleau la fait exploser en plein vol, au motif que le fossoyeur des finances du pays, Bruno Le Maire, a été rappelé. Et maintenant le chef des Républicains fait exclure ses camarades qui ont décidé d'intégrer Lecornu 2. Le Premier ministre n'a pas manoeuvré pour faire imploser la droite, dont il a besoin pour survivre au Parlement, mais le fait est que Matignon attise le feu de la division qui couve depuis le combat fratricide entre Retailleau et Laurent Wauquiez pour la présidence LR. En mai dernier Retailleau avait écrasé son rival, avec 75% des voix, tout cet élan se brise net par la faute de l'ex-ministre de l'Intérieur. Exclure des poids lourds dont la ministre de la Culture Rachida Dati et celle de l'Agriculture Annie Genevard au motif qu'ils n'ont pas voulu suivre leur chef dans son coup de sang du 5 octobre et ses pérégrinations est à l'évidence l'illustration d'un manque de clairvoyance. En l'occurrence pour un dirigeant politique ça coûte cher, le leadership y laisse forcément des plumes. Et qui souffle sur les braises, comme un parfum de revanche ? Wauquiez… Le président des députés LR s'est fait un malin plaisir de prendre le contre-pied du chef du parti en défendant cette fois la participation dans le gouvernement, alors qu'il a toujours milité pour que Retailleau en sorte. «J'ai participé hier à un bureau politique où j'ai vu physiquement des oppositions très fortes, entre – rebelote – la tendance Laurent Wauquiez contre la tendance Bruno Retailleau. C'est tout ce qu'on redoute dans un moment comme celui-là, où les Républicains commençaient à redonner un espoir», s'est désolé le maire LR de Meaux Jean-François Copé. Un sondage déprimant, un de plus Incontestablement c'est Retailleau qui pâtit le plus de ces frictions, lui le présidentiable, lui qui a mis 20 ans pour sortir de « l'anonymat » du Sénat et entrer dans la lumière, avec les éphémères gouvernements Michel Barnier, François Bayrou et Lecornu 1. Le fait d'avoir sabré ce dernier au motif qu'il lui a caché le retour du « pestiféré » Le Maire n'a pas profité à l'ex-ministre de l'Intérieur. Dans le baromètre Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche publié hier dimanche 12 octobre il chute lourdement dans le classement des potentiellement «présidentiables». Crédité de 27% de bonnes opinions en septembre dernier, il est tombé à 20% dans cette enquête réalisée les 9 et 10 octobre, donc après la démission de Lecornu. Le recul est le même pour tous les leaders du dit socle commun. «Ces personnages ont tous donné aux Français le sentiment d'être dans des bisbilles personnelles, d'avoir ajouté au désordre national pour des enjeux de campagne présidentielle», commente Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos. Mais c'est Retailleau qui trinque le plus, de l'avis même de ses camarades de parti. «Tu n'as pas été à la hauteur (…) On a donné une mauvaise image de nous. Désormais, il faut qu'on aille au gouvernement et qu'on pèse sur le budget» a taclé sans détours Michèle Tabarot, députée LR dont la voix pèse lourd dans la formation. Elle a défié publiquement son patron -Retailleau – en saluant le retour de Lecornu et la cooptation des cadres de la droite… Certes avec 74 voix sur 91 en faveur de l'exclusion des « traîtres » l'ex-ministre de l'Intérieur a remporté le combat du Bureau politique LR, mais pour la bataille de l'opinion, au sein et en dehors du parti, ce n'est pas gagné. On ne sait pas combien de temps tiendra l'attelage du chef du gouvernement, il est très probable que Lecornu 2 ne vivra pas aussi longtemps que l'équipe de Bayrou (elle a tenu 9 mois) ou même celle de Barnier (91 jours à Matignon), mais ce qui est certain c'est que les ambitions présidentielles de Retailleau ont du plomb dans l'aile. Dans le sondage il est nettement distancé par Jordan Bardella, Marine Le Pen, Marion Maréchal (trio de tête extrême droite) et Edouard Philippe. Le pire dans cette affaire c'est que le champion de la droite s'est privé de la lumière de la Place Beauvau.
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