The liveblog has ended. No liveblog updates yet. L'expert en droit du travail et ancien ministre de l'Emploi, Hafedh Lamouri, a exposé, ce vendredi 12 décembre 2025, les origines structurelles de la crise des caisses sociales en Tunisie, ainsi que les solutions envisageables pour dépasser leur déficit financier, dans une déclaration accordée à Tunisie Numérique. Hafedh Lamouri a rappelé qu'au cours des années 1970 et 1980, les trois caisses de sécurité sociale en Tunisie réalisaient des excédents financiers importants et disposaient d'une liquidité élevée. Selon lui, la crise actuelle résulte principalement d'une erreur majeure de l'Etat, qui n'a pas opéré de distinction claire entre les fonds des caisses sociales et le budget de l'Etat. En période de déficit budgétaire, l'Etat a eu recours aux ressources des caisses sociales sans les restituer, créant ainsi un déséquilibre durable, contrairement à d'autres pays ayant investi les excédents de leurs caisses dans des projets rentables. Des charges étrangères aux missions des caisses sociales L'ancien ministre a également mis en lumière de profonds dysfonctionnements liés à certains projets financés par les caisses sociales. Il a notamment cité le financement de logements sociaux par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS). Ces logements, attribués à des fonctionnaires, constituent aujourd'hui un fardeau financier, en raison de la vétusté des bâtiments et des revendications des occupants souhaitant les acquérir à leur prix de construction des années 1980. À cela s'ajoutent de nombreuses dépenses qui ne relèvent pas, selon lui, des missions fondamentales des caisses sociales. Hafedh Lamouri a souligné que le rôle des caisses s'est progressivement élargi à des charges supplémentaires, telles que le paiement de pensions alimentaires en cas de divorce, lorsque le conjoint est affilié à la CNSS. Il a insisté sur le fait que ces dépenses ne relèvent pas des attributions des caisses sociales, précisant qu'elles étaient soutenables par le passé lorsque le ratio était de sept actifs pour un retraité, une situation qui a profondément changé aujourd'hui. Un déficit concentré sur les régimes de retraite Selon Hafedh Lamouri, le déficit concerne essentiellement les régimes de retraite, tandis que la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) ne souffre pas d'un déséquilibre structurel. Le déficit actuel serait principalement lié au non-versement par la CNSS des cotisations dues à l'assurance maladie, a-t-il expliqué. Réformes possibles, mais difficiles à appliquer Abordant les pistes de réforme, Lamouri a indiqué que les solutions traditionnellement adoptées à l'international sont difficilement applicables au contexte tunisien. La première option consisterait à réduire les prestations, notamment en abaissant le taux de pension à 70 %. Cette solution est jugée irréaliste, dans la mesure où les pensions sont déjà faibles : 56 % des retraités du secteur privé ne sont pas imposables, leurs pensions annuelles n'excédant pas 5 000 dinars, tandis que ce taux est d'environ 18 % pour les affiliés à la CNRPS. La deuxième option porte sur la hausse des cotisations sociales, également difficile à envisager dans la conjoncture économique actuelle. Dans le secteur privé, ni les salariés ni les employeurs ne peuvent supporter de nouvelles augmentations, les charges sociales pesant déjà lourdement sur les entreprises. En revanche, dans le secteur public, une augmentation progressive de 1 à 2 % sur trois ans, incluant une contribution de 1 % pour les agents, pourrait être envisagée. L'emploi, une solution théorique mais irréaliste à court terme La troisième option, qualifiée par Hafedh Lamouri de plus complexe, consiste à augmenter le taux d'emploi et réduire le chômage, afin d'élargir l'assiette des cotisations. Or, l'économie tunisienne fait face à des difficultés structurelles profondes, avec un taux de chômage atteignant 15,4 % au troisième trimestre 2025. Même si la moitié des chômeurs était recrutée, la situation des caisses sociales s'améliorerait, mais un tel scénario demeure peu réaliste à court terme. Des mesures budgétaires aux effets limités Hafedh Lamouri a par ailleurs révélé que le projet de loi de finances 2026 prévoit plusieurs mesures en faveur de la CNSS, notamment à travers la reprise des recrutements après près de cinq années de gel quasi total dans la fonction publique. Environ 25 000 recrutements sont prévus, auxquels s'ajouteront des régularisations de situations professionnelles, portant le total à plus de 52 000 agents, une avancée notable dans le budget 2026. Toutefois, ces mesures ne permettront pas d'améliorer significativement la situation de la CNRPS, a-t-il averti. Pour rééquilibrer cette caisse, il faudrait recruter près de 200 000 agents publics, un objectif jugé irréaliste. Parmi les solutions actuellement à l'étude figure le relèvement de l'âge de la retraite dans le secteur privé à 62 ans, une mesure qui permettrait d'améliorer la situation de la CNSS pour une durée maximale de trois ans. Néanmoins, Hafedh Lamouri a mis en garde contre les effets négatifs d'une telle mesure sur le taux de chômage, déjà élevé. Contrairement au secteur public, le report de l'âge de la retraite dans le privé risquerait d'aggraver le chômage, faisant de cette option une solution non optimale, bien qu'elle soit adoptée dans plusieurs pays. Abonnez-vous à la newsletter quotidienne Tunisie Numérique : actus, analyses, économie, tech, société, infos pratiques. Gratuite, claire, sans spam. Chaque matin Veuillez laisser ce champ vide Vous vous êtes bien abonné.e à notre newsletter ! Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . 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