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Tunisie – Crise de Nidaa Tounes: L'appel à la raison de Abderrahim Zouari
Publié dans Tunisie Numérique le 11 - 11 - 2015

Alerté par la crise qui secoue le parti qui mène la coalition au pouvoir, Nidaa Tounes, et conscient que cette crise est en train de déborder les rangs du parti pour mettre en péril beaucoup d'acquis chèrement obtenus des tunisiens, l'homme politique Abderrahim Zouari a adressé à « ses amis de Nidaa Tounes », un message fort, les appelant à laisser de côté leurs différents et leurs différences, et à s'unir dans l'effort de sauver et d'unifier le parti. Pour celà, Zouari préconise de reprendre la même formule qui a, déjà, fait des miracles en Tunisie; C'est à dire, celle du consensus, du dialogue et des compromis. La formule qui a forcé le respect de la Tunisie à l'internationale, celle qui lui a valu le prix Nobel de la paix. Soit le dialogue, et le consensus.
Ci après le texte de la lettre adressée par Abderrahim Zouari à ses amis de Nidaa:
Comme de très nombreux citoyens de notre pays, je souffre de la situation que vit votre parti depuis de longs mois, situation qui a atteint son paroxysme ces dernières semaines. Je vais éviter de rappeler ici les derniers et tristes soubresauts auxquels vous avez dû faire face car ces derniers sont suffisamment étalés sur les colonnes de nos journaux, suffisamment présents dans les discussions de bureaux et de café, dans les couloirs des administrations et les chancelleries étrangères.
Bien que n'étant pas membre adhérant à votre parti je me sens entièrement concerné. Et je ne suis pas le seul. Je fais partie de ces très nombreux tunisiens qui, sans être membres du parti ont espéré, voulu et contribué à sa réussite, parachevant cet accompagnement en portant la candidature du Président du parti au deuxième tour. Cette mobilisation à vos cotés fut logique car votre rêve initial était le notre, car votre projet de société est toujours le notre mais aussi car de nombreux dirigeants et cadres du parti au niveau national ou régional comme de très nombreux autres sympathisants comptent parmi nos amis les plus proches. Mais ce soutien tire aussi ses raisons de l'espoir que vous avez suscité de créer une grande formation progressiste ouverte sur les differentes sensibilités de ce vaste élan moderniste, pour démarrer, enfin, les nombreuses réformes dont le pays a tant besoin.
Pour toutes ses raisons, vous l'avez compris, votre formation n'est pas uniquement la votre, et votre crise aujourd'hui n'est pas seulement la votre. Vous me permettez donc de m'exprimer pour le reste de ma lettre sur NOTRE crise commune.
Nous savions tous que Nidaa avait des fragilités intrinsèques à sa construction, trop rapide, mais Ô combien nécessaire. Construction qui a abrité des courants et des personnalités de sensibilités et de parcours politiques différents, mais réunis autour de 3 principaux objectifs communs : la nécessité d'un rééquilibrage des forces politiques, la défense d'un modèle de société progressiste et le démarrage de reformes aussi vitales qu'urgentes. Ce sont ces trois objectifs qui ont permis, à tous, de dépasser leurs différences voire leurs divergences et de se lancer dans les campagnes législatives et présidentielles de 2014 avec le succès que l'on connait.
Aujourd'hui, soit un an après les succès électoraux du parti, si la crise que nous vivons est déjà plus que regrettable, sa non-résolution peut devenir dramatique pour le pays tout entier. Car si on ne trouve pas de résolution rapide, le rééquilibrage des forces politiques n'aura été qu'une courte période éphémère, le modèle de société progressiste va se trouver de nouveau menacé et les reformes entamées risquent d'être retardées avec le cout social et économique que cela signifie.
Bien entendu, chacun de vous, à la direction du parti, a ses arguments, ses justifications. A vous entendre, vous avez tous raison. Mais à vous voir vous déchirer, là vous avez tous tort. L'histoire de toutes les façons ne pourra que vous juger, que nous juger, tous, très sévèrement ; certains pour s'être entêtés dans des postures rigides, et tous les autres pour ne pas avoir su réconcilier les parties.
A part vous exprimer mon trouble et mes craintes, je voulais, aussi, et surtout vous communiquer une lecture complémentaire de ce qui nous arrive et une invitation à y réfléchir pour tenter de trouver une sortie à la crise.
On a entendu toutes sortes d'explications à la crise : on nous a parlé d'ambitions personnelles. Elles existent certainement mais les ambitions personnelles ne sont jamais, en elles-mêmes, le problème. Leurs existences sont, même, des moteurs nécessaires en politique et il est sain qu'un parti rassemble de nombreuses ambitions.
On nous a aussi parlé de différences de sensibilités politiques au sein du parti. Mais cette autre explication ne me suffit pas, non plus. Là aussi, ce n'est pas le plus grave car les grands partis qui se veulent populaires doivent, par définition, être capables de contenir des courants différents tant que ce qui les rapproche reste plus fort que leurs différences.
L'autre explication qui est de dire que des parties extérieures s'activent à faire échouer Nidaa demeure possible. Mais ce n'est pas une explication valable, et je vous invite, je nous invite, à ne surtout pas tomber dans la facilité de chercher des boucs émissaires pour nous détourner de nos propres responsabilités.
Non, ces explications ne peuvent, à elles seules, ou même additionnées, expliquer toute la dimension de cette crise. Car l'autre explication manquante que je vois pourtant clairement devant moi, c'est le manque de reflexes démocratiques dans nos rangs. Je le dis avec gravité car, si j'ai moi-même longtemps servi un pays, un Etat et mon peuple avec la conviction que le sous développement devait avant tout être terrassé au plus vite, je l'ai fais sous deux chefs d'Etat qui affichaient d'autres priorités que la démocratie. J'assume, pour ma part, cette réalité et je ne veux fuir aucun reproche ni responsabilité.
Mais reconnaitre avoir longtemps servi mon pays pendant des périodes où la démocratie fut étouffée, ne signifie pas que je ne reconnaisse pas, aujourd'hui, que les principes démocratiques récemment acquis au niveau de l'Etat sont une chance historique pour le pays, ni que les reflexes démocratiques doivent dépasser les seuls rouages et institutions de l'Etat, et s'étendre au cœur même des partis et des mentalités de tous les citoyens.
Mes chers amis,
Si comme pour la plupart de mes compatriotes, janvier 2011 fut le début d'une période de difficultés économiques, sociales et sécuritaires sans précédent, elle fut aussi, et surtout, l'amorce d'une nouvelle période de libertés pour le pays. Période durant laquelle s'est forgée en moi la conviction que la stabilité de ce pays est indissociable de la construction d'une société démocratique et de partis démocratiques, où les libertés et les opinions des uns et des autres sont protégées par tous. Conviction que le passage en force n'a plus d'avenir et que seuls, le dialogue, les échanges, la recherche de consensus (qui fait déjà partie de notre culture commune et dont le pays tout entier vient d'être récompensé par le Nobel) et in fine, le recours à des élections libres peuvent aboutir à des résultats solides et pérennes.
Croyez-moi. Mon message est plus qu'une conviction, c'est un appel du fond du cœur, d'un homme désintéressé, et à la longue expérience politique qui vous l'adresse. Soyez au rendez vous des aspirations de notre peuple, à qui nous devrons toujours tout. Prenez exemple sur Beji Caïd Essebsi, fondateur de votre parti et aujourd'hui, Président de tous les tunisiens, qui a réussi à vous rassembler, a nous rassembler au delà de nos différences, et même dans les moments les plus critiques.
Faites de même aujourd'hui ! Si ce parti aspire à demeurer un parti de pouvoir, comme je le lui souhaite, que ses dirigeants agissent à l'instar de Beji Caïd Essebsi comme des rassembleurs et des démocrates, en commençant par unir les rangs de leur parti, par le dialogue et le respect.
Cessez de vous abimer les uns les autres. Le pays a besoin de chacun de vous sans exception. Apprenons à travailler ensemble, comme le pays tout entier est en train d'apprendre à le faire, avec courage malgré ses différences.
Comme notre peuple l'a déjà compris, comprenons que votre avenir, que notre avenir, doit se construire non pas malgré nos différences mais grâce à elles.
Votre ami


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