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Chronique , Le mot pour le dire : Le berger et son troupeau
Publié dans Tunivisions le 20 - 05 - 2013

« L'ignorance n'arrache point les peuples à la mollesse. Elle les y plonge, les dégrade et les avilit. En général, dans tout pays où le despotisme et la superstition engendrent l'ignorance ; l'ignorance, à son tour, y enfante la mollesse et l'oisiveté. L'inhabitude de réfléchir me rend l'application pénible et l'attention fatigante. Quels charmes pour moi aurait alors l'étude ? ».
Helvétius, De l'homme, pp. 5-6
Le projet de toute dictature est de contraindre les hommes à l'obéissance ou, mieux encore, à la soumission. C'est pourquoi l'objectif de tout dictateur, confirmé ou en herbe, est de neutraliser, dans l'homme sa raison, c'est-à-dire sa faculté de penser en lui faisant croire qu'il n'en a pas besoin. Pour ne pas le froisser, il ne va pas jusqu'à lui avouer qu'il n'est pas digne de penser par lui-même ou qu'il en est incapable et, pour le flatter et l'installer définitivement dans le confort de la paresse, il le gratifie, selon les cas, des titres grandiloquents de bon citoyen ou de bon croyant. Lorsque ces deux ridicules sobriquets ne parviennent pas à avoir raison de la ténacité des têtes brûlées, le dictateur (qu'il s'appelle président ou messie) recourt au fouet.
Il est dit, dans les archives (qui tiennent plus du mythe que de l'histoire) de l'âge d'or de l'Islam, que le calife Omar Ibn Al-khattab se promenait dans les rues et les souks de Médine son fouet à la main pour cingler tous ceux qui, selon lui, ne filaient pas bien droit. Juste, intègre et impartial (comme les décrivent les biographies qui relèvent de l'hagiographie, dont le meilleur prototype est celle composée par le polygraphe Ibn Al-jawzi, m. 597 h.), Ibn Al-khattab, qui incarne, dans l'imaginaire populaire, le modèle par excellence de l'équité, ne pourrait, en aucune manière être accusé d'injustice et, encore moins, de despotisme. Fidèle à l'image conventionnelle du gouvernant-berger, soucieux du bien-être de son troupeau, Ibn Al-khattab s'employait, de son mieux, à veiller sur ses sujets et à ramener, dans le bercail, les bêtes rebelles qui se proposent de l'abandonner.
Nos gouvernants du jour, qui se disent d'ailleurs les héritiers et les continuateurs d'Ibn Al-khattab et de son œuvre grandiose, se plaisent à jouer au berger et se font aider, pour s'acquitter convenablement de leur devoir sacré, d'une énorme meute de chiens dont le rôle est de sauvegarder la révolution et de préserver la vertu des croyants. Des gourdins, des armes blanches, des cocktails Molotov, et autres gadgets de cet ordre, sont mis à la disposition de ces saintes brigades pour qu'elles en usent en cas de besoin. Car il est impératif que le pouvoir se fasse craindre pour pouvoir s'imposer à tous. Là où échouent les prêches et les remontrances, le fouet (celui d'Ibn Al-khattab s'appelait ad-dirra – الدرة, celui de ses successeurs s'appelle tout bêtement matraque, fusil mitrailleur, bombe, acide, mine, missile et bien d'autres jouets de cette espèce) devrait prendre la relève, comme ce fut en effet le cas lors de la commémoration de la fête des martyrs, le 9 avril 2012.
Le berger moderne, qui évolue sur les traces de cet aïeul d'exception que fut Ibn Al-khattab, exige que son troupeau soit en règle avec le Ciel, et ne transige point sur cette exigence. Mais, convaincu que cette tâche est au-dessus de ses capacités intellectuelles (forcément limitées puisqu'il est dans la nature des choses qu'une bête soit incapable de se diriger elle-même), le berger leur vient en aide en mettant à sa disposition des anges-gardiens qui vaquent, à sa place, à toutes ses affaires et le mènent, les yeux fermés, vers le salut. Conformément au proverbe qui stipule que "qui aime bien, châtie bien", et même trop bien, et cet autre qui recommande aux sages d'entre les hommes qu'il n'y a pas moyen d'éradiquer le mal qu'en décapitant la tête du démon, les auxiliaires du berger ne reculent devant rien d'autant plus que le Ciel, dont ils ne sont que l'instrument, leur recommande d'être rigoureux au-delà de toutes les limites.
Mais il existe, dans la panoplie dissuasive du berger, en plus des rigueurs extrêmes infligées aux renégats, des moyens de prévention, dont en particulier les tentes de prédication que ses auxiliaires attitrés dressent un peu partout. Leur rôle est d'encadrer le troupeau et de lui éviter ainsi tout risque de dérapage. Le moyen le plus efficace, pour parvenir à cette noble fin, est de mettre les gens en garde contre la tentation de s'immiscer dans ce qui ne regarde que leur berger. Il s'agit surtout de convaincre ces âmes puériles qu'elles n'ont plus à se fatiguer les méninges, que réfléchir ne relève pas de leur compétence et que le Maître, par la voix du Ciel, leur demande seulement d'être attentifs et obéissants.
Mais il arrive – pas très souvent, Dieu merci – que des têtes brûlées s'obstinent à user de ce qu'elles prétendent être leur droit naturel de jouir de leur entendement à leur convenance, poussant l'extravagance jusqu'à soutenir que, pour ce qui est du bon sens, tous les hommes sont égaux! Ceux-là, le berger ordonne, sans sourciller, leur décérébration. Chose curieuse, certains de ces énergumènes persistent, en dépit de cette opération de chirurgie esthétique, qui n'est pas sans rappeler l'excision, dans l'erreur et deviennent si turbulents que le berger, tremblant pour la sécurité et le bien-être de son troupeau, se résout à les liquider physiquement. Le cas le plus délicat, qui a failli ruiner la réputation du berger, est celui de ChokriBelaïd que ses adulateurs ont érigé au rang de martyr.
« Qui n'est pas en règle avec le Ciel n'a pas droit à la vie » : c'est là tout le programme du berger, pour la réalisation duquel ce dernier s'érige en divinité ; une divinité haineuse et sanguinaire qui sévit pour des vétilles. Aux yeux de cette terrible instance, la règle – ou la norme – est la prohibition, laquelle porte principalement sur la vie. Il semble même que, d'une certaine façon, la vie soit considéré comme un péché majeur ou, pour parler comme les chrétiens, un péché originel. Il n'est pas étonnant alors que le berger, le lieutenant de Dieu sur terre, s'emploie à réduire le monde à un cimetière peuplé de morts-vivants.
Dans l'optique islamiste, les vivants doivent s'occuper, du mieux qu'ils peuvent, à réussir leur mort. C'est dans sens que, à leurs yeux, la prière, et plus généralement tous les exercices de piété, est un travail, voire même le meilleur travail auquel l'on puisse s'adonner. Dans ce contexte, la prédication devrait être perçue comme une incitation au travail, celui que Dieu aime le plus. L'on comprend dès lors que le prédicateur n'ait pas, en dehors de cette activité, d'autre métier, d'ailleurs grassement rémunéré puisqu'elle permet à ceux qui la professent de vivre dans le plus grand faste.
Qui oserait demander à un Béchir Ben Hassan, à un Almi et aux légions de prédicateurs qui investissent insolemment l'espace public d'où proviennent les gros moyens qui leur permettent de se la couler douce sans rien faire ? Il est impératif d'exiger des partis en général, et des partis religieux en particulier (et les associations prétendument caritatives qui dépendent d'eux) de s'expliquer sur leurs sources de financement. Les dégâts commis par les adeptes de la prédication est la conséquence logique de ce laxisme criminel qui s'explique, en grande partie, par les choix idéologiques rétrogrades du parti au pouvoir.
Quand l'opposition démocratique se décidera-t-elle à s'occuper de ces abus qui risquent de réduire le peuple tunisien au rang d'un troupeau, avec la bénédiction de ce qui s'appelle l'Assemblée constituante ? Il n'y a le moindre espoir que cette assemblée, soucieuse de son confort, s'enthousiasme pour cette tâche. Il revient donc à la société civile, et à elle seule, d'arracher la Tunisie aux griffes des rapaces.


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