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Chronique, Le mot pour le dire : Lettre ouverte a Monsieur Rached Ghannouchi
Publié dans Tunivisions le 04 - 11 - 2013

« La religion naturelle a mille fois empêché des citoyens de commettre des crimes. Mais la religion artificielle encourage à toutes les cruautés qu'on exerce de compagnie, séditions, brigandages, embuscades, surprises de villes, pillages, meurtres. Chacun marche gaîment au crime sous la bannière de son saint ». Voltaire, Dictionnaire philosophique
Monsieur,
C'est au citoyen, en vous, et non au religieux que je m'adresse aujourd'hui parce que je suis de ceux qui croient que l'Islam est une religion où le clergé n'a pas de place. Bien plus, je suis enclin à penser que les Ulémas sont responsables de toutes les altérations qui ont affecté l'Islam et qui, de nos jours, lui causent l'ignominie d'être assimilé au terrorisme. Voilà pourquoi je ne vous entretiendrai ni de dogme, ni de théologie, ni de métaphysique. Ces problèmes ne font pas partie de mes préoccupations parce qu'il est interdit, en ce moment grave, pour les Tunisiens, de se préoccuper d'autre chose que du sort de leur pays. La Tunisie a l'avantage d'unir ses enfants, les vaines polémiques religieuses ont, elles, l'inconvénient de les partager et, partant, de les monter les uns contre les autres.
Hier, un homme est mort sur la corniche de Boujâafar, l'une des plus belles plages de Sousse et de Tunisie. De cet homme, dont le corps a été littéralement pulvérisé, vous avez dit, dans une déclaration que vous avez rendue publique à la suite de l'incident, qu'il fait partie de la caste des terroristes, et vous avez ajouté que ces derniers ne réussiront jamais à démolir la Tunisie. Les Tunisiens s'attendent à mieux de la part de l'homme qui, il y a moins d'une année, a été presque le seul à défendre les exactions salafistes, en assurant qu'ils sont porteurs d'une nouvelle culture. L'attentat-suicide du mercredi dernier est une illustration magistrale du renouveau culturel que vos « enfants » spirituels, ceux qui ont le mérite de vous rappelez votre « jeunesse », nous ont promis. Merci du cadeau.
Quand un homme commet une erreur de cette envergure, il se doit, cher monsieur, de demander pardon à ceux qui ont subi les conséquences désastreuses de ses douteuses spéculations. Les Tunisiens comprennent très mal qu'un leader de votre rang, que l'on dit être le maître incontesté du pays, ait pu être abusé par des factions extrémistes qui n'ont jamais caché leur loyauté à la centrale terroriste d'Al-Qaïda. Quand on la chance – ou la malchance peut-être – d'être le président d'un parti régnant, on ne doit pas prendre ses décisions à la légère. On n'a pas le droit de commettre deux fois de suite la même erreur. On doit surtout se prémunir des alliances douteuses. Or, et les Tunisiens ne l'ont pas oublié, ces malencontreuses maladresses ont été perpétrées et défendues par vous-même et par des hauts dirigeants de votre parti. Là encore, les Tunisiens attendent que vous vous excusiez des préjudices que vos faux calculs partisans ont causé à leur nation. Mais encore une fois, vous avez préféré vous taire.
Monsieur,
Vous n'arrêtez pas de parler de la démocratie, de la nécessité pour les Tunisiens de réussir leur transition aussi brillamment qu'ils ont réussi leur révolution. Vous n'arrêtez pas de défendre la légitimité contre les velléités d'usurpation qui compromettraient la mise en place de l'Etat de droit pour lequel les Tunisiens ont consenti d'énormes sacrifices. Mais, au lieu de donner l'exemple et de vous astreindre au jeu de l'alternance démocratique, vous avez préféré accaparer le pouvoir par des subterfuges légaux qui ne trompent personne. Il en est résulté une sorte de putsch qui a irrémédiablement condamné la transition démocratique et restauré le régime absolutiste déchu sous forme d'une théocratie moyenâgeuse rétrograde.
Il est inutile de vous citer les abominations qui ont été commises, au cours des deux dernières années, parce que je suis persuadé que vous les connaissez mieux que quiconque. Je me permets cependant de vous signaler que les Tunisiens ne sont pas dupes de la duplicité de votre discours, qui ne se gêne pas de soutenir la chose et son contraire. Pire encore, vous ne vous embarrassez pas du tout de vous rétracter en vous dérobant aux obligations que vous imposent des accords que vous avez paraphés de votre main. C'est ainsi que, pour la majorité écrasante des Tunisiens, le parti Ennahdha est devenu l'incarnation vivante de la parole manquée. J'estime qu'il est de mon devoir de vous dire brutalement cette vérité et de vous préciser qu'elle a considérablement entamé votre réputation de parti d'obédience religieuse, même si vous vous obstinez, vous personnellement, de présenter votre mouvement comme un parti laïc.
Monsieur,
Nombreux sont les Tunisiens qui se sont battus pour que votre mouvement ait le droit d'exister et de militer, dans la cadre de la légalité, en faveur de son idéal islamiste. Deux ans après la révolution qui vous a fait de vous les maîtres du pays, les Tunisiens constatent qu'il est pernicieux de mêler politique et religion parce que cette synthèse dissonante s'avère être préjudiciable pour les deux. Quinze siècles après son islamisation, la Tunisie, grâce surtout à votre théorie du tadafo', se trouve confrontée à un véritable schisme qui pourrait être à l'origine d'une guerre intestine calamiteuse. La recrudescence du terrorisme au cours de l'année 2013 en est le symptôme évident. Les Tunisiens sont persuadés que votre parti assume la responsabilité politique et morale de ce déplorable état des choses.
Il est bon que vous sachiez que les Tunisiens n'ont pas peur des jihadistes, de l'envergure d'un Abou ‘Iyadh, parce qu'ils ont l'honnêteté de se montrer sous leur vrai jour. Les Tunisiens ont, par contre, une peur panique de votre parti qui se dit laïc et qui, dans les faits, prône une politique extrémiste pernicieuse et s'emploie, de son mieux, à démolir l'Etat laïc pour lui substituer un Etat théocratique de fait. Là encore, je m'interdirai de vous énumérer les coups meurtriers que vous avez porté aux institutions névralgiques de cet Etat pour le ruiner et précipiter sa fin. Les Tunisiens ne sont pas prêts d'oublier le désordre que vous avez sciemment institué dans leur système éducationnel, naguère l'un des plus performants du monde arabo-musulman. Ils ne sont pas prêts non plus d'oublier les tractations secrètes qui visent à infiltrer la police, l'armée, la justice et l'administration. Les Tunisiens, qui ont eu vent de ces manœuvres, ne comprennent pas, cher monsieur, qu'un homme politique de votre envergure se laisse aller à comploter contre l'Etat dont il est censé être le garant !
Monsieur,
Les Tunisiens ont souffert le martyre au cours des deux années de votre règne. Leur martyre s'est décuplé à la suite du putsch que la troïka, dirigée par votre mouvement, a perpétré le 23 octobre 2012. Vous pouvez invoquer mille et une raisons pour justifier ce coup d'Etat institutionnel, vous ne pourrez jamais convaincre vos concitoyens que vous avez trahi la démocratie pour le bien de la nation. Ben Ali a invoqué cette même raison pour accaparer le pouvoir vingt ans durant. Les Tunisiens ne se rappellent pas vous avoir vendu leur pays. En démocratie, la durée d'un mandat ne peut en aucun cas être modifiée sans l'accord des deux contractants. Or, vous avez décidé, sans consulter le peuple qui vous a honoré de sa confiance, de prolonger votre règne au-delà du terme convenu.
Monsieur,
C'est ce péché capital qui a été à l'origine des malheurs que la Tunisie a endurés sous votre règne. Le calvaire continue, mais il n'y a rien qui présage que le salut serait pour demain. Avec ou sans le dialogue national, le parti Ennahdha, qui a accepté officiellement ( !) de renoncer au gouvernement, n'est pas prêt – et c'est vous-même qui l'affirmez – de renoncer au pouvoir ! Ce paradoxe est le plus angoissant de tous ceux dont vous avez gratifié les Tunisiens parce qu'il confirme leurs appréhensions. En effet, nombreux sont aujourd'hui ceux qui se disent que les islamistes se servent de la démocratie, une fois et une seule, dans le but d'accéder au pouvoir.


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