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Reportage:
Hammam-Lif… à la recherche du temps perdu
Publié dans WMC actualités le 14 - 06 - 2013

Electroménager, vaisselles, services à café en porcelaine, bijoux et parfums, portes et portes-fenêtres, outils divers, bibelots, vêtements et chaussures, fruits et légumes, fruits secs, épices, détergents, pâtes, semoules, tableaux de peintures, poupées russes, vases, livres, sandwichs, limonades, cakes, barbes à papa, thé, café et chocolat… Il est à se demander ce que le marché hebdomadaire de la ville de Hammam-Lif ne propose pas au chaland. Des produits qui se conjuguent à tous les modes: du neuf comme du vieux, des produits d'origine et de la contrefaçon, du local et de l'importé.
Rien de plus normal donc que la station de train du «Stade», qui fait face à ce marché hebdomadaire, ne désemplisse pas en ce samedi de juin 2013, jour de repos. Voile et longue robe de couleur noir, Mehrezia, la cinquantaine, vient chaque samedi ici pour faire ses courses. Elle habite Boukornine, au nord de Hammam-Lif, et se dirige tout droit avec son couffin au fond du souk où se trouvent les fruits et légumes. «Là aussi les procédés du marketing sont de mise. Il faut aller au fond pour acheter ce qui est primordial : la nourriture. Après avoir traversé les étals de la friperie ou encore les parfums et les bijoux», sourit-elle. «N'oubliez pas. J'ai fréquenté l'ISG (Institut supérieur de gestion)», ajoute, cette cadre d'une entreprise privée de la zone industrielle d'Ezzahra, ville située également au nord de Hammam-Lif.
«Nous récoltons des miettes»
Le kilo des tomates est à 800 millimes et celui des pommes de terre est à 500 millimes. Massaoud affiche fièrement ses prix et autorise ses clients à choisir parmi la marchandise, les pièces qu'ils veulent acheter. «Mes prix sont imbattables», lance-t-il à l'adresse de Mehrezia. «Il ne faut pas crier victoire», lui répond Mehrezia. Qui ajoute : «parce qu'il m'est arrivé de trouver moins cher!» Eclat de rire de Messaoud qui juge que Mehrezia est une «éternelle insatisfaite».
Un peu plus loin, c'est une autre clientèle, Soufia, Hammam-Lifoise pur jus, du moins c'est ce qu'elle prétend, la trentaine, jean et manucure de couleur violet, cheveux courts et voix haute, qui se plaint du prix d'une chemise pour homme que le marchand de friperie lui propose à 7 dinars. «Que voulez-vous, la balle de chemises usagées est aujourd'hui à 450 dinars. Elle était à 200 dinars il y a seulement deux ans. Et comme toujours, toutes les pièces ne sont pas de qualité. Certaines sont vendues à seulement 1 dinar. Il faut bien qu'on vive», souligne Issam, maillot aux couleurs du FC Barcelone et pantacourt blanc, venu prêter main forte à son père Brahim. Keffieh sur la tête et barbe de quelques jours, ce dernier affirme que «la friperie c'est finie». «Je viens ici parce que ma vie durant je n'ai rien appris d'autre à faire. Mon fils travaille dans une usine à Monastir. Il est adjoint-technique et ça marche», insiste-t-il. Ridha, petit et trapu, barbe en broussaille, kamis gris, s'invite dans la discussion. «Savez-vous, interroge-t-il Soufia, qu'il n'y a plus du tout de marchandise?» «Nous récoltons des miettes depuis que des semi-remorques pleines de balles de vêtements usagés prennent en masse la direction de l'Algérie voisine», argumente-t-il. Soufia finit par partir pour aller plus loin.
Avenue Habib Bourguiba, dans le centre-ville de Hammam-Lif, un autre spectacle s'offre au regard du passant: deux dames d'un certain âge ont installé leur commerce sur le trottoir devant une agence bancaire. La marchandise, des robes sont suspendues au fer forgé des fenêtres de l'agence. D'autres robes, jupes et justaucorps ont pris place dans des cintres en matière plastique suspendus à une corde à linge installée entre deux palmiers de cette principale artère de la ville, qui va de la gare à la mer.
«La gabegie» est «inéluctable»
Le spectacle n'offusque plus outre mesure Am Nourreddine, soixante-quinze ans, qui a «accepté» depuis quelques années que Hammam-Lif «se dégrade». Car, pour lui, «la gabegie de l'informel» que connaît la ville est, selon lui, «inéluctable». Elle est «annoncée depuis les années quatre-vingt», «depuis que de nombreux habitants l'ont quittée». «La ville est aujourd'hui un dortoir et un espace propice à l'informel», se désole-t-il. De Hammam-Lif il garde pourtant de bons souvenirs. Comme celui des frères Alfred et Maurice qui faisaient «les meilleures frites de Tunisie». Ces derniers seraient partis à la fin des années soixante et le petit restaurant qu'ils tenaient, dans le coin d'une rue qui donne sur l'Avenue Habib Bourguiba, a été remplacé par un magasin de sous-vêtements.
Am Nourreddine se souvient aussi de l'église qui existe toujours à l'Avenue Taieb M'hiri, transformée en cellule du PSD (Parti socialiste destourien) et du défunt RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique). «Certains intrus ont voulu l'occuper après le 14 janvier 2011 pour la squatter et y installer une “Oukala“, une sorte d'auberge», se plaint-il.
Et surtout ne lui dites pas que Hammam-Lif est une charmante ville qui a la spécificité d'être située entre mer et montagne, le mont Boukornine. «Allez voir du côté de la montagne, vous répond-t-il, ce n'est plus le havre que j'ai connu dans ma jeunesse. Lorsque scout, je partais accueillir le printemps et ses coquelicots. Maintenant, je ne m'aventure plus. Ni d'ailleurs mes enfants et mes petits-enfants. C'est devenu la place pour les voyous qui ont fait de l'alcool un allié».
Des avis tranchés? Sans doute. Un garçon de café dans les environs de la Place du 9 Avril 1938, bordée de palmiers, promène toutefois pratiquement la même lassitude. «Observez le Casino tout proche, fait-il remarquer, c'est devenu une loque». Le bâtiment qui fait face à la mer est aujourd'hui abandonné. Il aurait fermé ses portes il y deux ans. «C'est triste dans la mesure où il animait les lieux», regrette-t-il. Bar-restaurant, il était très fréquenté. La plage de Hammam-Lif n'est plus bonne pour la baignade. «Pour se baigner, il faut aller plus au sud vers Hammam-Chott ou plus au nord vers l'hôtel Ezzahra», rappelle-t-il.
Face au Casino, un autre bâtiment est également à l'abandon: le cinéma «Le Colisée». Ses portes et fenêtres ont été emmurées. Un autre cinéma de la ville a disparu: «l'Empire». Situé face à la Place du 9 Avril 1938, ce cinéma a été carrément détruit et remplacé par un bâtiment de verre: un centre commercial. Le seul cinéma qui tient encore et toujours la route à Hammam-Lif s'appelle «L'Oriental». Il se trouve à Avenue Habib Bourguiba et «essaye bon an mal an de croiser le fer avec les nombreuses boutiques de DVD à 1,5 dinar», sourit notre garçon de café. Qui se souvient des matinées du dimanche avec les «deux grands film à 60 millimes» : «un film de cow-boys et un péplum glorifiant Spartakus, cet esclave et gladiateur romain, ou encore les Titans, ces dieux invincibles avec les décors en carton». Comme les temps ont changé !


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