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Pourquoi Abir Moussi fascine ; Pourquoi Abir Moussi fait peur
Publié dans Business News le 21 - 07 - 2020

Elle monte dans les sondages, elle suscite la sympathie, elle bataille, elle maîtrise ses dossiers, elle n'a pas froid aux yeux et elle n'a peur de personne. Surtout pas les islamistes qu'elle assimile, sciemment, aux terroristes. Abir Moussi est incontestablement la star politique de cette dernière période. Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, elle ne laisse personne insensible.

Aborder le sujet de Abir Moussi devient délicat dans les salons et les salles de rédaction. Pire encore dans les salles de réunion des partis qui ne savent toujours pas s'ils doivent ou non réagir à ses provocations. Si vous dites qu'elle est lionne (et elle l'est), vous devenez apôtre de l'ancien régime et de la dictature ; si vous dites qu'elle est dangereuse (et elle l'est), vous devenez complice des islamistes, voire des terroristes. C'est clair, trancher sur le sujet de Abir Moussi n'est pas une simple affaire car, en termes de perception, vous risquez de suite un jugement hâtif et une condamnation immédiate.
On en est au point de rédiger des phrases du type « je ne suis pas avec Abir, je n'aime pas Abir » quand on se prononce sur un des innombrables faits dont elle est victime.

Pourquoi Abir Moussi est une « lionne »
Les faits, rien que les faits. Elle a été presque la seule, en 2011, à affronter les autoproclamés révolutionnaires revenus de l'étranger surfer sur la vague du 14-Janvier pour raconter des histoires de militantisme inventées de toutes pièces et obtenir des dédommagements de diverses natures. Elle a été physiquement agressée dans l'enceinte même du palais de justice. Elle a été suspendue du barreau simplement parce qu'elle défendait sa position de sympathisante de l'ancien régime, sympathisante du RCD, sympathisante de Zine El Abidine Ben Ali. Suffisant aux yeux de ses multiples détracteurs pour la classer à vie comme ennemie de la démocratie. En 2011, elle était presque seule à avoir le courage de sa position et à dire tout haut ce que la majorité pensait tout bas.
Hostile au parti islamiste Ennahdha, elle le crie haut et fort et elle assume tous ses propos quand d'autres se taisent ou se suffisent d'insulter les « frérots » dans les coins et de courir tendre la main quand ils croisent l'un d'eux dans une réception.
Ces derniers jours, elle est en sit-in à l'assemblée. Encore un, diront beaucoup. On ne compte plus ses sit-in en effet. Pourtant, force est de reconnaitre, qu'ils sont toujours légitimes. Elle n'avait trouvé que ce moyen pour crier au scandale quand les abus d'Ennahdha et de son président Rached Ghannouchi, accessoirement président de l'assemblée, dépassent tout entendement.
Dernier abus en date, ayant justifié le sit-in, l'accès forcé à l'assemblée d'un membre d'Al Karama (surnommé pare-choc d'Ennahdha) classé dangereux par les forces de sécurité. Pour Abir Moussi, c'est inconcevable que la présidence de l'assemblée autorise l'accès à une institution de l'Etat d'un élément susceptible d'être terroriste, susceptible de commettre l'irréparable. Faute de trouver des députés suffisamment courageux pour la soutenir, elle a été poussée à l'extrême ou presque : le sit-in. De son isolement politique, elle a fait une force et ça dure depuis 2011.
Hier, lundi 20 juillet, nouvel épisode dans la « clochardisation » de l'Etat, un directeur de la police judiciaire entre dans l'hémicycle du parlement pour lui parler de deux plaintes contre elle déposées par le président de l'Assemblée Rached Ghannouchi et son adjoint Habib Khedher. Ce qu'il faut savoir, c'est que le policier n'avait pas de mandat judiciaire et qu'il n'avait même pas le droit de pénétrer l'hémicycle, espace exclusivement réservé (comme partout dans le monde) aux députés. Le policier y était avec un vidéaste et un adjoint et ils filmaient, à son insu, la députée ! Ce qu'il faut savoir aussi que s'il y a plainte, la police judiciaire se doit d'auditionner d'abord les plaignants ce qui n'était pas le cas pour les Ghannouchi et Khedher. Pas à ce qu'on sache en tout cas. Enfin, il est bon de rappeler que Abir Moussi a déposé, il y a des semaines de cela, des plaintes pour les agressions qu'elle a subies et qu'elle n'a toujours pas été auditionnée. Comment expliquer, dès lors, que la police judiciaire réagit immédiatement aux plaintes des islamistes et pas à la députée du PDL et viole autant de textes de loi ? En dénonçant haut et fort ce type de précédents dangereux, Abir Moussi est cataloguée comme celle qui empêche le déroulement normal des travaux de l'assemblée.
On oublie dans la foulée que ce qui a empêché, dans le départ, le bon déroulement des travaux, c'est le fait que Ghannouchi et Khedher usent et abusent de leur pouvoir. Ils font la politique des deux poids deux mesures pour favoriser les leur et ringardiser leurs opposants. Le fait de faire entrer de force un individu classé dangereux à l'assemblée n'est qu'un épisode d'une longue série d'abus.
Dernier point qui rend Abir Moussi sympathique aux yeux du public, elle n'est soutenue par aucune entité politique. Tous les partis prennent leurs distances, alors que ce qu'elle dénonce et ce qu'elle défend les concerne tous. « Nous sommes allés la voir et nous lui avons exprimé notre soutien », se défend un député de Tahya Tounes faisant semblant de ne pas savoir que le soutien nécessaire doit se faire à travers des déclarations et des communiqués publics et non en catimini dans les bureaux. « Elle en fait trop ! Elle est trop clivante, on ne peut pas la soutenir sans risquer d'être pénalisés par nos électeurs », s'alarme un autre en omettant le fait que ce silence les pénalise davantage.

Pourquoi Abir Moussi est dangereuse
Abir Moussi est clivante, cela n'est un secret pour personne. Dans une société comme la nôtre, ceci est dangereux et risque de mener, à terme, à une « libanisation » du pays.
Pour Abir Moussi dès lors que tu défends le parti islamiste et son droit d'exister, tu deviens un anti-bourguiba et un anti-moderniste. Cette politique du noir ou blanc est insupportable en politique. Ennahdha, qu'on le veuille ou pas, fait partie de ce paysage et a été élu haut la main dans des élections considérées comme démocratiques. Abir Moussi met en doute (avec des arguments souvent valables) cet acquis démocratique et ces élections et ceci est dangereux.
Abir Moussi le dit sans gêne, son objectif est d'écarter les islamistes du pouvoir et de les remettre en prison et ce dans la droite ligne de la politique de Bourguiba et de Ben Ali. Vouloir écarter un groupement représentant 750.000 électeurs (Ennahdha et Karama) par d'autres manières que les urnes est très dangereux et porte un nom : fascisme. Ces 750.000 électeurs des islamistes sont des Tunisiens. S'il est vrai qu'ils se considèrent eux-mêmes musulmans et islamistes d'abord et Tunisiens après, et s'il est vrai qu'ils se voient davantage comme une fédération d'une large umma islamique plutôt qu'un Etat-nation cela n'autorise pas pour autant Abir Moussi à agir de la sorte et de chercher à leur retirer leur droit d'exister dans le paysage politique. Cela est un réel danger pour le pays et pour la société.
Abir Moussi est victime, depuis 2011 et surtout après sa brillante élection de 2019, des attaques des islamistes, cela est indéniable. Il est cependant indéniable qu'elle en fait trop dans sa manière de défendre ses droits et ses valeurs. Crier au scandale, c'est bien. Empêcher les travaux de l'ARP de se dérouler, multiplier les sit-in, renvoyer au public une piètre image de l'assemblée, n'est pas la méthode idoine pour faire valoir ses droits.
Sa victimisation à outrance a, en revanche, du bon puisque les sondages en témoignent. Mais si l'on mettait sur pause notre inimitié pour les islamistes, comme a dit notre chroniqueuse Ikhlas Latif, qu'est-ce qu'on verrait ? Acceptera-t-on, par exemple, de voir Seïf Eddine Makhlouf ou Noureddine Bhiri faire arrêter les travaux de l'assemblée pour défendre un de leurs droits ?
Le souci, avec le populisme à outrance de Abir Moussi (le même que l'on observe chez ses adversaires) est qu'il génère une popularité, pas toujours méritée. Aujourd'hui, et au vu du vide sidéral entre les deux extrêmes, les modernistes se multiplient pour affirmer leur sympathie à Mme Moussi et son parti et affirment, sans doute aucun, qu'ils voteraient pour elle si jamais il y a des élections demain. Et c'est là le danger, car Abir Moussi n'a rien d'une moderniste. Rien que ses positions contre l'égalité de l'héritage prouvent qu'elle n'est qu'une facette de la même pièce que les islamistes.
L'autre danger est qu'elle a toujours exprimé sa loyauté à l'ancien régime sans pour autant critiquer ses défauts. Et cet ancien régime en a bel et bien. D'ailleurs, on voit très bien ses propres réactions et les réactions de ses aficionados chaque fois qu'il y a un texte critiquant Abir Moussi et le PDL. Les menaces et les injures pleuvent à volonté. Tout comme les islamistes et les extrémistes d'Al Karama, il faut s'armer de courage avant de les critiquer, car ces partis ne supportent pas de critique.
Il y a un autre danger, subtil celui-là, le fait que Abir Moussi attaque frontalement Ennahdha avec cette virulence, ceci a pour conséquence de souder de nouveau un parti dont les militants sont en colère. C'est chaque fois la même rengaine, dès qu'ils sont menacés, les islamistes s'unissent de nouveau contre l'ennemi commun. En dépit des apparences, les islamistes (Ennahdha et Karama) dépassent toujours les 30% dans les sondages. Ils étaient divisés il n'y a pas si longtemps, ils risquent de s'unir à nouveau si jamais Abir Moussi s'approche de son objectif.


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