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Mémorandum Tunisie UE : ce qu'en pense la presse européenne
Publié dans Business News le 18 - 07 - 2023

Deux visites en un mois ont suffi au trio Meloni, Von der Leyen et Rutte pour convaincre le président de la République, Kaïs Saïed, de signer un mémorandum d'entente. L'objectif de ce mémorandum est, d'un côté, de résoudre la crise migratoire qui pèse sur l'Europe et, de l'autre, de redresser les finances publiques tunisiennes essoufflées par une crise économique sans précédent en l'absence d'un accord avec le Fonds monétaire international (FMI).
Le trio a choisi le jour du Seigneur pour débarquer à Carthage où il a scellé un deal dont les contours restent flous. Seules les grandes lignes ont été communiquées par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Le mémorandum porte, selon ses dires, sur sur la stabilité macroéconomique de la Tunisie, le commerce et l'investissement, la transition énergétique verte, le rapprochement entre les peuples, et la migration et la mobilité. Il devrait être mis en œuvre dans le cadre des différents volets de la coopération entre l'Union européenne et la Tunisie, conformément aux règlements et procédures applicables en la matière.
La copie diffusée par le ministère tunisien des Affaires étrangères n'en dit pas plus. Aucun détail sur l'argent que l'Europe devrait verser à la Tunisie en contrepartie de ses efforts pour stopper les migrants n'a été mentionné, et encore moins sur ce qui incombe exactement à la Tunisie en vertu de cet accord.
Ce flou a nourri des positions mitigées. Tant en Tunisie qu'en Europe, le mémorandum ne semble pas faire l'unanimité bien que présenté par ses porteurs – Meloni, von der Leyen et Rutte – comme un partenariat stratégique dont le Vieux Continent va tirer plusieurs avantages ; la réduction du flux migratoire notamment.
En Tunisie, les préoccupations tournent justement autour de ce que Kaïs Saïed aurait promis à l'Europe en échange de son argent. Certains estiment que ce mémorandum « truffé de pièges » ne sert que l'intérêt de la partie européenne et fera de la Tunisie, un énième chien de garde pour l'Europe, tout comme la Turquie ou encore la Hongrie. D'autres voient en cet accord une belle réussite pour le chef de l'Etat qui a su tirer profit de la situation et a transformé la crise migratoire en une opportunité.
En Europe, certains semblent loin d'être convaincus de l'utilité de ce mémorandum et de son impact sur le flux migratoire. Les Néerlandais n'y croient pas. « Malgré l'accord conclu avec la Tunisie, davantage de demandeurs d'asile risquent d'arriver aux Pays-Bas dans les semaines à venir », titre le quotidien neerlandais Algemeen Dagblad. « Cet accord aurait-il des conséquences importantes sur les Pays-Bas ? Ou bien n'y aurait-il pas bientôt plus de 12 demandeurs d'asile ivoiriens de moins par an ? », ajoute le journal.
Nederlandsbagblad estime, lui, que l'accord profite plus à l'Italie qu'aux Pays-Bas – où les litiges internes sur la crise migratoire ont fait tomber le Premier ministre Mark Rutte – sous ce titre : « L'accord UE-Tunisie sur les migrations porte la marque de l'extrême droite de Giorgia Meloni ». Il explique : « le Premier ministre sortant Mark Rutte était l'une des figures clés de ce 'pacte stratégique' (…) Mais il s'agit d'un accord qui va dans le sens de Meloni. Et son objectif est plus grand. Deux jours avant l'accord, elle s'est exprimée par vidéo lors d'une réunion du parti espagnol d'extrême droite Vox. L'heure à une 'alternative patriotique' en Europe a sonné, a déclaré Mme Meloni. Cela passe par une politique migratoire stricte et le rapatriement des migrants économiques. L'accord avec la Tunisie en fait partie ».

Reprenant les positions de plusieurs organisations locales et internationales, RTL Nieuws a choisi d'évoquer des « critiques sévères de l'accord sur les migrations conclu avec la Tunisie ». « VluchtelingenWerk Nederland, Stichting Vluchteling et Amnesty International critiquent vivement l'accord sur la migration signé entre l'Union européenne et la Tunisie. Ils craignent que les droits de l'Homme des réfugiés et des migrants ne soient pas respectés par le pays nord-africain. 'Il s'agit d'une évolution historique, et non d'une évolution positive. Les livres d'Histoire le diront. Il est tout à fait improbable que les droits de l'Homme des réfugiés et des migrants soient respectés en Tunisie, quelle que soit la somme d'argent en jeu', rapporte le Refugee Council. 'Conclure ce type d'accord sur les migrations revient à démolir le principe de la protection internationale des réfugiés' », ajoute le média.
La presse belge est, également, revenue sur le sujet s'interrogeant sur l'impact réel de ce mémorandum UE-Tunisie. « L'accord migratoire entre l'UE et la Tunisie met-il réellement un terme au trafic de migrants ? Réponses à cinq questions », titre De Morgen.
Sur le site HLN, la question est vite fait tranchée. Cet accord profitera aux passeurs. « L'UE conclut un accord sur l'immigration avec la Tunisie, mais fait déjà face à des critiques : Les passeurs, en particulier, en profiteront », titre le média. Citant Amnesty International, le journal ajoute : « Tant qu'il n'y aura pas de voies de migration légales, les réfugiés et les migrants continueront de dépendre des passeurs. De plus, il reste à voir comment l'UE et la Tunisie vont s'attaquer au trafic de migrants ».
Côté allemand, les critiques ne manquent pas. Le MoU est jugé « hautement problématique ». « Tobias Bacherle (Verts), membre de la commission des affaires étrangères, a qualifié l'accord de 'très problématique'. Julian Pahlke, membre des Verts chargé des affaires intérieures, a exprimé une opinion similaire. Le député du Bundestag a mis en garde : Si une route de fuite est fermée, les gens se tourneront vers des routes encore plus dangereuses », lit-on sur le site de ZDF.

L'argent que l'Europe devra verser à la Tunisie dans le cadre de cet accord est aussi au cœur du débat. Euractiv avance un montant bien loin du milliard d'euros promis. « L'UE versera 675 millions d'euros à la Tunisie en 2023 dans le cadre d'un accord migratoire », titre le journal. Il explique, également : « Les fonds proviendront du budget de l'UE au titre du Fonds européen pour le développement durable et comprendront 150 millions d'euros d'appui budgétaire direct. Sur les 675 millions d'euros, environ 105 millions seront alloués à la gestion des migrations, y compris la lutte contre les 'départs irréguliers', les retours des étrangers en Tunisie dans leur pays d'origine, les retours des Tunisiens sans titre de séjour actuellement dans l'UE, et le soutien aux garde-côtes tunisiens avec de nouveaux équipements pour les activités de recherche et sauvetage ».

L'Italie aussi s'interroge sur ce que déboursera l'Europe. Le journal d'investigation Italien linkiesta revient sur la question estimant que « l'argent promis par l'UE est toutefois réparti de manière inégale entre les cinq piliers du mémorandum. La plus grosse part revient à la coopération énergétique : 307,6 millions pour le projet Elmed (…) Pas de chiffres pour la partie consacrée aux 'échanges et contacts entre populations' ».
Le pessimisme et l'inanité de l'accord sont de mise aussi. Les détracteurs de la présidente du Conseil italien n'ont pas hésité à exprimer leur opposition à ce MoU. Stranieri in italia reprend une déclaration d'Elly Schlein, membre du Parti démocrate. « Selon Mme Schlein, cet accord, comme ceux conclus par le passé avec la Turquie et la Libye, vise à 'externaliser les frontières' de l'UE, une approche que les politiciens italiens ne peuvent pas partager. Mme Schlein a critiqué l'approche sécuritaire de l'accord qui se concentre exclusivement sur la gestion et le contrôle des flux migratoires et néglige les principes démocratiques et les droits fondamentaux des personnes concernées. Elle a souligné que la Tunisie est confrontée à de graves bouleversements démocratiques, économiques et sociaux, et qu'un accord qui ne tient pas compte de ces facteurs ne peut être accepté », lit-on dans le journal.
Focus On Africa prône, lui, dans un édito, que le mémorandum UE-Tunisie est « tout sauf un modèle vertueux de coopération en matière d'immigration ». « Même s'il a été obtenu au prix d'efforts diplomatiques considérables, (il s'agit) simplement d'un accord qui légitime les actions que le chef de l'Etat tunisien juge appropriées pour contenir les flux migratoires », note le journal.
Les critiques continueront sans doute à jaillir en attendant que davantage de détails sur les tenants et les aboutissants de ce MoU soient communiqués clairement et publiquement des deux parties à l'accord, surtout que celui-ci devra être approuvé par l'ensemble les Etats-membres de l'Union européenne ; ce qui n'est point facile.


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