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Chiens errants Manque de refuges, abattage... une gestion chaotique
Publié dans Business News le 30 - 09 - 2023

Anarchique. C'est le moins que l'on puisse dire de la gestion des animaux errants en Tunisie, les chiens en particulier. La question pose un sérieux dilemme. En l'absence d'une politique claire, chaque commune agit suivant les moyens disponibles.

Si certaines ont réussi à dégager des budgets pour construire des centres d'accueil et des refuges ou du moins organiser des campagnes de stérilisation et de vaccination pour pallier l'éventuelle menace que les chiens errants représentent, d'autres se contentent encore de l'abattage pour réduire les meutes qui errent jusque dans les quartiers résidentiels à côté de bennes grande ouvertes et de trottoirs jonchés d'ordures.
« C'est bien triste ce qu'il se passe. Cela me déchire le cœur… les gémissements et les cris de ces pauvres bêtes massacrées, mais que faire ? L'abattage est bien une pratique barbare. N'empêche, cela me semble la meilleure solution pour protéger nos enfants. J'ai deux gamins de sept et douze ans à qui j'interdis la rue, car j'ai bien peur qu'ils ne se fassent attaquer par la horde de chiens qui rôde dans le quartier », nous affirme un habitant de la banlieue nord de Tunis, que nous appellerons H. « Ils sont de plus en plus nombreux et ne portent pas de tags. Ce qui signifie qu'ils ne sont pas vaccinés et cela représente un réel danger », ajoute-t-il.
H. n'est pas le seul à considérer l'abattage comme une solution radicale, mais efficace par moment. Ils sont nombreux à partager le même avis et font pression sur les municipalités pour organiser des campagnes d'abattage. La menace étant bien réelle dans certains endroits. Qui ne se rappelle pas la tragique histoire de la jeune collégienne morte des suites d'une agression de chiens errants à Gabès ou les meutes s'attaquent même au détail dans les zones rurales.
Des drames pareils, il y en a eu, et peuvent se reproduire à tout moment dans un pays où la rage existe et tue encore, en dépit des efforts de la Commission nationale de lutte contre la rage et du ministère de l'Agriculture lequel organise des campagnes annuelles gratuites de vaccination. Sur les trois dernières années, il y a eu quinze décès à cause de la rage. Les cas d'agression par des animaux suspects a, également, augmenté selon la direction des soins de santé de base relevant du ministère de la Santé, de 30.514 en 2010 à près de 42.000 en 2022, dont 31% par des chiens errants. Dans le monde, c'est en Afrique et en Asie principalement que la rage tue des dizaines de milliers de personnes dont 40% des enfants de moins de quinze ans, selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Face à la prolifération des chiens errants qui sont potentiellement porteurs de la rage, les autorités ordonnent un abattage périodique au grand désarroi des associations de protection des animaux. En juillet 2022, les maires des différentes communes du Grand Tunis ont été appelés à mener une opération à grande échelle en attendant la construction de refuges. Les différentes communes ont, également, été invitées à travailler sur l'aménagement d'espaces d'accueil, de stérilisation et de vaccination pour les chiens errants. Or, jusqu'aujourd'hui rares sont les communes qui disposent de tels espaces et les coups de feu qui viennent déchirer le silence nocturne ne s'estompent toujours pas. Si certaines communes penchent vers cette solution radicale, c'est parce qu'elle est moins coûteuse à leur sens et le résultat est instantané en cas de forte population et de cas de rage déclarés. En effet, on peut abattre jusqu'à une dizaine de chiens en moyenne par campagne. Cependant, une fois ceux-ci enterrés, d'autres naissent et rebelote. Une chienne de grande taille peut, notons-le, avoir jusqu'à deux portées par an avec en moyenne six chiots par portée.
Abattage, une pratique nécessaire ?
Pour certains, il s'agit là du syndrome du singe. Cette pratique qu'est l'abattage, fortement critiquée et condamnée par les défenseurs des animaux est jugée inefficace sur le long terme, sans parler du gros problème qu'elle pose sur le plan éthique de par la violence que cela implique. Pour d'autres, elle est nécessaire. C'est du moins ce qu'avance un vétérinaire que nous avons interrogé à l'occasion. Propriétaire d'une clinique privée, le médecin affirme avoir été confronté à plusieurs cas de rage chez des chats domestiques mordus ou griffés par des chiens errants, ce qui représente un risque et pour les animaux domestiques et pour leurs propriétaires. À son sens, l'abattage est par moment la solution la plus efficace en cas d'épidémie. « La stérilisation et la vaccination sont efficaces comme moyens de prévention. Or là, nous sommes face au danger. La rage est bien plus répandue que ce que l'on croit. Ce qui est, en plus, préoccupant avec cette maladie, c'est que les premiers symptômes ne se déclarent qu'après quatorze jours de l'exposition au virus et trois à quatre jours avant que l'animal ne décède », explique-t-il notant que les deux solutions doivent, parfois, coexister pour éradiquer les maladies dont les chiens errants peuvent être porteurs, la rage en premier.
Une autre vétérinaire travaillant dans une clinique vétérinaire à Tunis, nous confirme également que la situation est assez inquiétante surtout que l'incidence de la rage s'avère élevée en Tunisie. Notant la gravité de cette maladie très polymorphe, elle a soulevé une problématique supplémentaire ; la disponibilité du traitement dans les hôpitaux de la Tunisie. L'idéal, selon notre interlocutrice, est de se rendre à l'Institut Pasteur en cas d'exposition au virus – morsure, griffure et salive d'un animal suspect – sachant que le protocole est tout de même lourd et nécessite précaution et précision, mais à défaut, c'est dans les hôpitaux que la prise en charge gratuite se fait, si toutefois le traitement est disponible ; c'est-à-dire le vaccin antirabique et les immunoglobulines antirabiques ou des anticorps monoclonaux, dans certains cas. La vétérinaire a rappelé, également, l'importance de laver la plaie convenablement à l'eau et au savon vert pour ainsi réduire jusqu'à 50% la charge virale, soulignant que le temps d'incubation du virus dans l'organisme dépend de la zone de pénétration du virus. « Le virus s'attaque aux nerfs. Plus la zone touchée est nerveuse, plus le temps d'incubation se réduit », précise-t-elle citant comme exemple la tête, les mains et l'appareil génital.
L'issue de la maladie, qui touche tant les chiens que les chats errants et bien d'autres espèces, étant fatale, explique ainsi le recours périodique à l'abattage. La pratique vient, en effet, soutenir les efforts de prévention, qui restent visiblement insuffisants.
Alternatives
La municipalité de Tunis et quelques autres communes, l'Ariana entre autres, ont intensifié l'approche TNR (pour Trap Neuter Release/attraper, stériliser ou castrer, relâcher) surtout que le grondement des voix qui appellent à bannir l'abattage ne cesse de grandir. Début septembre, la célèbre star du cinéma français et fervente défenseuse de la cause animale, Brigitte Bardot, avait, rappelons-le, adressé une lettre ouverte au président de la République, Kaïs Saïed, l'appelant à mettre un terme aux massacres des animaux errants en Tunisie.
Une source au sein de la municipalité nous a indiqués que des agents étaient mobilisés pour capturer, vacciner et stériliser les chiens errants. Les opérations sont quotidiennes avec un focus sur certains « point noirs », nous a-t-on assuré. C'est dans un centre à côté du zoo du Belvédère que cela se passe. Les animaux sont ensuite remis en liberté sur site là où ils ont été capturés initialement. Les animaux deviennent ainsi moins envahissants et le risque d'exposition à la rage se trouve réduit (le vaccin contre la rage est rappelons-le connu pour avoir une longue validité. Une seule injection peut être valable d'un à trois ans en fonction du vaccin utilisé). D'ailleurs, les efforts de certaines municipalités ont été constatés dans plusieurs quartiers. À cité Ennasr, par exemple, plusieurs groupes de chiens errants ont disparu pour ensuite réapparaître portant des tags aux oreilles et stérilisés, selon les témoignages que nous avons recueillis.
« C'est rassurant de les voir porter des tags. Certes ils ont l'air dociles, mais le fait de savoir qu'ils ont été vaccinés ne peut que nous réconforter, surtout que je vois des enfants s'en approcher pour les caresser ou leur donner à manger », nous affirme une résidente du quartier.
Si la solution TNR a fait ses preuves dans plusieurs pays, il n'en demeure pas moins, qu'elle reste coûteuse et ses résultats ne sont effectifs qu'à long terme. La population de chiens ne pouvant se reproduire, ne se réduit qu'à la mort des animaux après plusieurs années. Idéalement, la solution TNR devrait être consolidée avec la création de refuges où les animaux capturés peuvent être placés et proposés à l'adoption.
La Marsa fait partie des communes qui disposent d'un refuge municipal pour chiens errants. Le projet lancé depuis 2018 n'a pu être concrétisé que quatre ans plus tard en février 2022 grâce aux efforts conjoints des municipalités de la Marsa, de Carthage et de Sidi Bou Saïd ainsi que les équipes de l'Institut Pasteur de Tunis et des membres de la société civile.
Ni politique, ni loi
Malheureusement ces initiatives se comptent sur les doigts de la main. Le tout premier à avoir vu le jour est celui de Soliman. Il a été construit dans le cadre d'une initiative conjointe entre la mairie de Soliman et l'association l'Arca di Noè. La municipalité avait en effet fourni le terrain pour la construction de cet espace qui accueille chiens et chats. Les animaux de la région qui y sont placés « sont soignés, vermifugés, déparasités, vaccinés, identifiés, stérilisés ou castrés, prêts à être adoptés ».
Les initiatives privées sont, également, rares. Les associations de protection des animaux manquent cruellement de ressources et certaines ont fermé depuis belle lurette. Le cas de la SPA Tunisie n'est qu'un exemple. Créée en 1910 à l'initiative de plusieurs intellectuels français, alors que la Tunisie était sous protectorat, la SPA a été nationalisée après l'Indépendance. Elle a fermé ses portes définitivement en décembre 2010. La SPA Tunisie disposait de six centres qui accueillaient non seulement les chats et les chiens, mais également d'autres animaux tels que les équidés abandonnés. Les centres opéraient également de vastes campagnes de stérilisation et de vaccination.
En dehors de la Capitale, il existe pour le moment quelques refuges à Djerba, à Nabeul et Sousse. Celui de Sousse est, d'ailleurs, en cours d'extension à l'initiative de l'association « Le jardin des anges ».
Le manque de moyens chez les municipalités n'est pas le seul facteur derrière la gestion chaotique de ce phénomène. Faute de politique globale efficace et d'une loi muette face aux droits des animaux errants, les bêtes en état de divagation restent voués aux gémonies. Le Code pénal tunisien ne protège que les animaux domestiques et le bétail. La loi punit, en effet, « les mauvais traitements sur des animaux appartenant à des tiers (…) et ceux qui exercent publiquement des mauvais traitements envers les animaux domestiques dont ils sont propriétaires ou dont la garde leur a été confiée ». Les quelques initiatives législatives qui devaient être déposées au Parlement lors de la dernière législature ont, elles, été étouffées dans l'œuf et enterrées au moment où le président de la République, Kaïs Saïed, a barricadé la porte de l'Assemblée des représentants du peuple et l'a scellé avec un char, le 25 juillet 2021.


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