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Youssef Mimouni, combien de têtes fera-t-il tomber ?
Publié dans Business News le 22 - 11 - 2024

L'homme d'affaires Youssef Mimouni fait désormais face à deux affaires en justice et elles sentent toutes les deux le roussi. Avec lui, plusieurs têtes risquent de tomber pour blanchiment d'argent, enrichissement illicite, corruption, concussion, etc. Parmi ces têtes, on trouve de hauts magistrats, des avocats et des directeurs de banque.

Comme un papillon toujours attiré par la lumière, l'homme d'affaires Youssef Mimouni a toujours été attiré par les milieux politiques. Cela ne date pas d'hier, l'homme d'affaires était déjà proche de Zine El Abidine Ben Ali et sa belle famile Trabelsi quand ils étaient au sommet du pouvoir.
Parti de rien, M. Mimouni a démarré sa carrière comme peintre en bâtiment. Sa proximité avec l'ancien président de la République, sa tchatche et sa générosité légendaire lui ont ouvert les grandes portes et lui ont permis de changer l'orientation de sa carrière. De la peinture en bâtiment, il est parti vers le milieu de la restauration de luxe et l'hôtellerie où il est devenu une véritable référence.
Son célèbre restaurant de Gammarth, « Le Grand bleu » attirait les plus grands hommes d'affaires et les plus hauts commis de l'Etat, tunisiens et étrangers. L'ancien dirigeant libyen Mouammar Gueddafi y dînait systématiquement à chacune de ses visites en Tunisie.
Après la révolution, comme beaucoup de hauts dignitaires de l'ancien régime, il a dû faire face à la justice et répondre aux accusations d'abus contre lui. Dans cette affaire, dite du Grand bleu, il était cité avec l'ancien ministre de la Justice Béchir Tekkari et le célèbre commissaire aux comptes et dirigeant d'entreprises Salah Dhehibi. Tous les trois durent séjourner une période en prison, en préventive, et tous les trois ont fini par être blanchis en 2013.
Pour l'anecdote, le jour de son arrestation en 2011, Youssef Mimouni a proposé aux policiers venus l'arrêter la coquette somme de cinquante mille dinars afin de ne pas exécuter le mandat de recherche lancé contre lui. Il ne sera pas poursuivi pour cette tentative de corruption. Mieux encore, le juge qui a édité son mandat de recherche a décidé de le relâcher après la première instruction.

Cette générosité de Youssef Mimouni n'est pas circonstancielle, c'est une seconde nature chez lui et elle est légendaire dans certains milieux.
Outre Le Grand bleu, Youssef Mimouni possède les restaurants Grande Italia et Cloche d'or à Lafayette, le club W à Gammarth, mitoyen au Grand bleu et l'hôtel cinq étoiles de Tabarka Dar Ismaïl.
De toutes ses propriétés, c'est Grande Italia que M. Mimouni préfère. Il y est quasiment tous les soirs. On devine sa présence avant même d'entrer par le biais de sa limousine BMW série 7 à l'immatriculation originale, garée sur le trottoir à l'angle des avenues des Etats-Unis et de la Liberté.
À l'intérieur, sa table est souvent « bien fréquentée ». Tout le monde peut s'y trouver. Des hommes d'affaires, bien entendu, mais également de hauts commis de l'Etat, de grands avocats, des magistrats de renom, des journalistes stars ou des blogueurs célèbres. Parmi ces blogueurs, on trouve même des autoproclamés proches du président Kaïs Saïed et chantres de la lutte contre la corruption. Parenthèse en passant, ces blogueurs qui déballent tout le temps du linge sale sur leurs pages Facebook (souvent avec des intox) n'ont dit aucun mot sur les affaires de M. Mimouni.
La générosité du restaurateur est quotidiennement démontrée. On ne paie jamais quand on est autour de la table de Youssef Mimouni. Certains ont droit à un copieux dîner, d'autres à quelques bières et d'autres encore ont droit à un séjour à Dar Ismaïl. Il suffit d'être « quelqu'un » pour obtenir une gracieuseté, même si vous n'êtes pas à la table du patron.
Forcément, inévitablement, cela peut s'apparenter à de la corruption quand le bénéficiaire est un haut commis de l'Etat, dirigeant dans une banque publique ou un magistrat. Quand on est juge, on ne peut pas accepter de cadeaux, aussi minimes soient-ils. Certains, cependant, auraient obtenu des séjours gratuits à Dar Ismaïl, ce qui leur aurait valu d'être cités dans les affaires actuelles. La corruption est caractérisée et ne peut plus s'apparenter à de simples cadeaux amicaux, quand il y a des dossiers en cours entre celui qui offre et celui qui reçoit.

Dans la première affaire de Youssef Mimouni, lancée le 23 octobre dernier et médiatiquement appelée « affaire BH Bank », on trouve plusieurs célébrités dont l'ancien directeur général de la BH Bank, Wajdi Koubâa ; l'ancien président de la cour de cassation, Taïeb Rached ; l'avocat, ancien ministre de l'Intérieur et membre du parti Attayar, Farhat Rajhi ; l'avocat de plusieurs célèbres hommes d'affaires, Lamjed Nagati ; l'ancien président de la section de Tunis de l'Ordre des avocats, Mohamed Hedfi, ainsi que plusieurs autres banquiers et fonctionnaires. En tout, il y a 55 prévenus (dont 34 personnes physiques) dont le fils et l'épouse de Youssef Mimouni et plusieurs de ses entreprises de restauration, d'hôtellerie et de peinture.
Pêle-mêle, et sans rentrer dans les détails afin de ne pas violer le secret de l'instruction, ils sont soupçonnés d'octroi illégal de prêts bancaires en violation de la réglementation en vigueur, de blanchiment d'argent par un groupe exploitant des activités sociales et professionnelles ainsi que d'infractions douanières, fiscales et de change qui font l'objet de poursuites indépendantes.
C'est le premier juge d'instruction du 37e bureau près le Pôle judiciaire économique et financier qui a été chargé de l'affaire et il a émis douze mandats de dépôt contre quatre accusés, à la date du 25 octobre. Ce nombre aurait dû augmenter depuis.
La deuxième affaire ne diffère pas trop dans sa nature de la première. On y trouve également des magistrats, des avocats et des dirigeants de banque.
Ainsi, parmi les prévenus, et outre Youssef Mimouni et son fils Ghazi, on cite l'ancien PDG de la BNA, Moncef Dakhli ; l'avocat Lamjed Nagati (également cité dans la première affaire) ; et les deux célèbres magistrats Taïeb Rached (également cité dans la première affaire) et Hédi Guediri (réputé proche d'Ennahdha). En tout, dans cette deuxième affaire, il y a quatorze prévenus dont onze personnes physiques. Parmi ces prévenus, il y a quatre magistrats dont deux encore en exercice, et deux avocats. Pour les magistrats en exercice, d'après nos informations, ils se seraient cachés derrière leur immunité judiciaire pour éviter l'instruction et, ainsi, un éventuel mandat de dépôt. Un choix qui leur a valu la suspension du travail et ils se trouvent, du coup, sans revenu aujourd'hui.
Ici aussi, la loi nous interdit d'entrer dans le secret de l'instruction, mais on peut citer pêle-mêle les charges, à savoir l'abus de fonction par des agents publics ou assimilés dans le but d'obtenir des avantages indus, causant un préjudice à l'administration, l'acceptation de pots-de-vin et de promesses en vue de réaliser des gains illicites, la falsification, la détention et l'utilisation de documents falsifiés. Les quatre magistrats ont droit à un traitement particulier, au niveau des charges retenues par le parquet, à savoir l'acceptation par un juge de dons, d'objets ou d'argent octroyés par une personne qui a une affaire en cours devant lui et ce quelle que soit la nature de cette chose, conformément à l'article 83 du code pénal. De même, ces magistrats doivent répondre du fait qu'ils ne se sont pas récusés conformément à une bonne dizaine d'articles du même code.

La nature des cadeaux, qui a reçu quoi, les sommes exactes et même les simples week-ends à l'hôtel, tout a été déballé devant le juge grâce aux téléphones portables, les écoutes et les registres de Dar Ismaïl. Le juge d'instruction a exactement tous les détails et semble aller de l'avant ne ménageant personne.
C'est clair, la chute de Youssef Mimouni a entraîné dans son sillage plusieurs grosses têtes. Certains tombent pour de la réelle corruption et de grosses sommes d'argent, mais d'autres sont en train de tomber à cause d'une petite cupidité malsaine après avoir accepté un court séjour dans un cinq étoiles. La loi ne fait pas de différence entre petite et grande corruption, petite et grande cupidité.
La générosité légendaire de M. Mimouni lui coûte cher aussi bien pour lui que pour ses hôtes, surtout si le juge réussit à démontrer que la générosité en question n'était pas désintéressée.


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