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Tensions entre la Tunisie et la Libye : quand le couscous devient une affaire d'Etat
Publié dans Business News le 18 - 03 - 2025

Les relations entre la Tunisie et la Libye traversent une nouvelle zone de turbulences. Cette fois, l'élément déclencheur est aussi improbable qu'inattendu : la condamnation d'un citoyen libyen, Wassim Chakma, à cinq ans de prison ferme en Tunisie pour avoir transporté 150 kg de couscous. Une peine jugée sévère, voire disproportionnée, qui a embrasé les esprits de l'autre côté de la frontière.

Arrêté par les autorités tunisiennes, Wassim Chakma a été reconnu coupable de contrebande. Pourtant, sa défense soutient que la marchandise était destinée à sa consommation personnelle. En Libye, ce verdict est perçu comme une injustice flagrante, et la colère ne cesse de monter. Depuis l'annonce de la condamnation, plusieurs Tunisiens ont été maltraités aux postes de passage libyens, selon divers témoignages. Certains ont même été arrêtés et traduits devant la justice libyenne, dans un climat de représailles à peine dissimulées.
Le président de l'Observatoire tunisien des Droits de l'Homme, Mostafa Abdelkebir, révèle qu'une trentaine de Tunisiens, dont des mineurs, ont été arrêtés en Libye sous prétexte de lutte contre la contrebande. « Il est regrettable de constater que l'Etat s'avère incapable de faire libérer les mineurs arrêtés en Libye ! », s'indigne-t-il. Sur les réseaux sociaux, les Libyens applaudissent la fermeté de leurs autorités : « Vous voulez que les Libyens respectent vos lois, et c'est normal. En retour, vous autres Tunisiens, vous vous devez de respecter nos lois ! »
En Tunisie, les réseaux sociaux semblent bien embarrassés par leur justice, très longtemps décriée ces dernies temps, avec ses verdicts disproportionnés par rapport aux actes. « 150 kilogrammes, ce n'est rien, c'est la Oûla (provision) d'une année. On en avait tous dans nos familles ! Cinq ans de prison pour cela, c'est juste anormal. Les Libyens ont raison », lit-on. Certains proches du régime rappellent que « le couscous est compensé par l'Etat et c'est normal que l'Etat saisisse cette marchandise d'abord et avant tout destinée aux Tunisiens ! ».
L'argument reste fragile, car les contrebandiers tunisiens ne font que commercer avec de la marchandise destinée aux Libyens, notamment le carburant dont le prix est bien plus bas en Libye qu'en Tunisie.


Un conflit latent sur fond de contrebande
Si l'affaire du couscous cristallise les tensions, elle n'est en réalité que la partie émergée d'un iceberg bien plus profond. Le commerce informel et la contrebande sont au cœur des relations économiques entre les deux pays, notamment via le point de passage de Ras Jedir. Côté libyen, la contrebande de carburant est une préoccupation majeure. Selon un officier du département de l'application de la loi en Libye, « chaque voiture transporte au moins cinquante galons de carburant, soit un bénéfice de 2850 dinars tunisiens par jour ». Face à cette situation, les autorités libyennes ont renforcé les contrôles et saisi plusieurs véhicules tunisiens ne respectant pas les normes de sécurité.


D'après l'officier, interrogé par le service de communication du département de l'application de la loi de la direction générale des opérations sécuritaires, c'est le ministre de l'Intérieur lui-même qui a donné des consignes spécifiques à ce département pour lutter contre la contrebande entre la Tunisie et la Libye.


Les images diffusées par cette direction des autorités libyennes sur les réseaux sociaux montrent des voitures vétustes, certaines contenant des réservoirs trafiqués pour transporter davantage de carburant. D'autres véhicules sont saisis avec des cartouches de cigarettes dissimulées dans des roues de secours, ainsi que de l'huile et divers produits alimentaires. « Nous avons un pays et des routes à sécuriser. Nous avons un code de la route à respecter, notre département est régi par des lois qui doivent être exécutées », justifie un officier libyen.


Cette situation met en lumière une problématique bien plus complexe que la simple lutte contre la contrebande. Depuis des décennies, des milliers de familles tunisiennes et libyennes survivent grâce à ce commerce informel, qui alimente une économie parallèle dynamique mais illégale. Avec la crise économique qui frappe durement les deux pays, cette activité est devenue une nécessité pour de nombreux citoyens. En coupant ces circuits d'approvisionnement, les autorités risquent d'aggraver la précarité et de provoquer une montée des tensions sociales.


Une escalade dangereuse
Alors que les tensions s'exacerbent, certains observateurs craignent un engrenage difficile à stopper. Le traitement réservé aux Tunisiens en Libye et la réaction tunisienne pourraient rapidement alimenter une crise diplomatique aux conséquences imprévisibles. Des appels à la retenue se multiplient des deux côtés de la frontière, demandant notamment un réexamen de la peine infligée à Wassim Chakma pour apaiser la situation.


Cette crise révèle également les failles dans la gestion des relations bilatérales entre Tunis et Tripoli. La frontière de Ras Jedir est une zone sensible où se mêlent trafics en tout genre, corruption et enjeux politiques. Plutôt que de renforcer la coopération, chaque pays semble privilégier une approche coercitive, au risque de fragiliser encore plus la stabilité de la région.
Les tensions frontalières entre la Tunisie et la Libye ne sont pas une nouveauté. Depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011, les relations entre les deux pays oscillent entre périodes d'apaisement et crises ponctuelles. L'absence d'un Etat central fort en Libye complique encore davantage la situation. Plusieurs groupes armés et milices contrôlent des pans entiers du territoire libyen, y compris les points de passage frontaliers. Cela entraîne une application inégale de la loi et une imprévisibilité totale dans les décisions des autorités libyennes.


Un dialogue nécessaire, mais incertain
Face à cette situation explosive, une solution diplomatique paraît indispensable. La Tunisie et la Libye doivent impérativement rouvrir le dialogue et trouver un compromis pour éviter une dégradation des relations bilatérales. Une approche plus souple de la part des autorités tunisiennes sur la condamnation de Wassim Chakma pourrait être un premier pas vers l'apaisement.
Toutefois, il reste à voir si les deux pays sont prêts à faire des concessions. D'un côté, la Tunisie ne peut ignorer la pression de son opinion publique, qui exige une application stricte de la loi face à la contrebande, notamment en ce qui concerne les produits compensés comme le couscous. De l'autre, la Libye est en pleine reconstruction et cherche à affirmer son autorité sur les zones frontalières. Entre fermeté et pragmatisme, l'équilibre sera difficile à trouver.


La question qui se pose est simple : la Tunisie et la Libye sont-elles prêtes à risquer leurs relations pour une affaire de couscous ? Derrière cette anecdote surprenante se cache une réalité bien plus complexe : une frontière poreuse, un commerce informel vital pour des milliers de familles, et deux Etats qui peinent à trouver un équilibre entre souveraineté et pragmatisme économique. Une certitude demeure : la tension ne risque pas de s'apaiser de sitôt.


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