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Des bananes et du foin
Publié dans Business News le 04 - 10 - 2025

Episode 1 - Quand la justice se prend les pieds dans le foin
Un père de famille, trois enfants à charge, un simple journalier. Son crime ? Avoir critiqué Kaïs Saïed sur Facebook. Son verdict ? La peine capitale. Oui, vous avez bien lu : mort, pour outrage au président. Pendant que dans les pays dits « normaux », la critique d'un chef d'Etat relève de la liberté d'expression, chez nous elle se paie au prix de la guillotine.
Le juge de Nabeul voulait faire du zèle. Faire carrière. Se faire voir. Et tant pis si la tête d'un citoyen devait rouler pour ça.
Le magistrat en question croyait sans doute briller en poussant le zèle jusqu'à l'absurde. Il voulait montrer qu'il était plus royaliste que le roi, plus saïdiste que Saïed. Résultat : il a été muté, dépouillé de son titre, rappelé à l'ordre par ses pairs. Ce n'est pas la fin de sa carrière, mais une mise au piquet, une manière de dire : « Tu es allé trop loin, camarade. »
Cette toute petite sanction ne lave pas pour autant le scandale. Car ce que ce magistrat a osé prononcer révèle bien plus qu'une erreur individuelle. Cette dérive n'est pas une caricature. Elle illustre ce que devient la justice quand certains confondent fonction et flagornerie. Ce juge-là s'est vautré dans le foin, croyant y trouver son avenir. Il n'y a trouvé qu'un scandale national qui s'est retourné contre lui, contre la justice et contre le régime qu'il croyait défendre.
Un précédent existe et c'est tout le régime qui en sera comptable. Un père de trois enfants aura porté, l'espace de quelques jours, une condamnation à mort sur la seule foi de ses critiques. La liberté d'expression, elle, continue de se débattre au milieu des bottes de foin.

Episode 2 – Les bananes qui cocufient les agriculteurs
À chacun sa flagornerie, le ministère du Commerce a trouvé sa martingale : plafonner le prix des bananes pour combattre l'inflation, ennemie jurée de Kaïs Saïed. Pas des pommes, pas des grenades, pas des melons. Non : des bananes. Produit inexistant sur les étals, mais hautement symbolique, paraît-il, pour rassurer le consommateur. L'opération est simple : on ne nourrit pas les Tunisiens, on flatte leur imaginaire tropical.
Problème : l'imaginaire ne nourrit pas les agriculteurs. Eux doivent vendre des dattes, des oranges, des poires. Et forcément, face à une banane importée en devises à cinq dinars, qui voudrait payer douze dinars pour des poires ? Résultat : nos producteurs se retrouvent cocufiés par décision ministérielle.
Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin sur la route du populisme ? Le ministère devrait songer à plafonner aussi les prix du foin, en pleine saison de consommation massive, ainsi que ceux des concombres, très prisés pour leur… polyvalence.
Avec ça, le ministère plaira peut-être davantage encore aux ménages et tant pis pour les agriculteurs.

Episode 3 : Deux jours de zèle pour finir sur le bas-côté
Ils s'étaient jetés sur leurs claviers comme des affamés sur un buffet gratuit. Pendant deux jours, les laudateurs du régime ont trouvé un nouveau joujou : la flottille Al Soumoud. Pendant que des militants prenaient le risque de se faire arraisonner par les soldats israéliens, eux s'appliquaient à les rabaisser.
Fatma Mseddi, la députée qui voit de la normalisation partout, s'indignait qu'un Tunisien parle à des Israéliens — même pour leur dire « vive la Palestine libre ». Salwa Abbassi, ancienne ministre, imaginait déjà Wael Naouar sirotant du champagne dans un hôtel cinq étoiles, sa femme recevant des chocolats. Samir El Wafi, Riadh Jrad, Nizar Dax… tous ont fait chorus. Chacun dans son style, mais toujours avec le même refrain : le silence de Kaïs Saïed serait la posture idéale, car « la Tunisie ne discute pas avec Israël ».
Deux jours d'efforts, deux jours de zèle, deux jours de lèche. Et jeudi soir, patatras. Le président reçoit son ministre des Affaires étrangères, exige le retour rapide des détenus, et réaffirme que la Tunisie ne renonce jamais à ses ressortissants. Les laudateurs se sont alors retrouvés comme des figurants oubliés : hors-jeu, ridicules, contredits par celui qu'ils voulaient flatter.
La scène est savoureuse : ils se sont cassé le dos à justifier l'injustifiable, et voilà que leur chef les lâche, une énième fois, sans même un mot pour leur loyauté. Du foin, toujours du foin. Et ils en ont brouté jusqu'à s'en étouffer.
On a beau critiquer Kaïs Saïed du matin au soir, il n'empêche qu'on lui doit quelques bons moments. Comme celui-ci, quand il se retourne contre ses propres mangeurs de foin. Qu'il en soit remercié.

Episode 4 - Génération Z contre génération stades
Le Maroc avait misé sur la Coupe d'Afrique et la Coupe du monde 2030 pour occuper sa jeunesse. Fanfare, stades rutilants, patriotisme sportif. Et voilà que la jeunesse, cette ingrate, se permet d'exiger… des hôpitaux et des écoles. Quelle inconvenance !
Depuis une semaine, les rues grondent. Discord a accouché d'un collectif baptisé GenZ 212, et le royaume chérifien découvre qu'une génération née avec le Wi-Fi sait aussi descendre dans la rue. Plusieurs jours de manifs, des dizaines de blessés, plus de 400 arrestations. On pensait que la génération Z se contentait de stories et de TikTok. Surprise : elle réclame des réformes, pas des Reels.
La cause première ? Un drame : huit femmes mortes après des césariennes à Agadir, vitrine tragique d'une santé publique abandonnée. En réaction, des milliers de jeunes crient : « Des écoles et des hôpitaux, plutôt que des stades ! » Mais le régime préfère compter les sièges de ses arènes que les lits de ses hôpitaux.
Le premier ministre Akhannouch se dit prêt à dialoguer. Un milliardaire qui dialogue avec des précaires : on croirait à une mauvaise blague. Les jeunes le savent : les promesses creuses n'ont jamais soigné personne. Alors ils continuent. Ils tiennent tête, mais sans franchir la ligne rouge : pas touche au roi. La monarchie reste sacrée, c'est la classe politique qu'ils visent.
Et comme souvent, la réponse du pouvoir est binaire : arrestations massives, gardes à vue, procès expéditifs. On cogne d'abord, on discute ensuite. Avec l'espoir que le ballon rond finira par anesthésier la colère sociale.
Mais cette fois, le ballon roule moins bien. Parce qu'une génération connectée n'a plus besoin d'attendre le JT pour voir ses blessés, ses morts, ses slogans. Et quand on a goûté à la solidarité mondiale, difficile de revenir au silence local.
La jeunesse crie famine d'avenir, les discours officiels ressemblent à du foin jeté en pâture. Sauf que la GenZ 212 a envoyé un message tout simple : on ne se nourrit pas de stades et encore moins de foin.


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