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Afek Tounes : Orage ou horizons incertains ?
Publié dans Business News le 02 - 11 - 2011

La scène politique après le 14 janvier a été en perpétuel mouvement, avec des rebondissements, des surprises et des événements plus ou moins prévisibles. Le suspens a atteint son apogée ces derniers jours, avec l'annonce des résultats des élections. Des partis ou personnes dont on n'entendait pas parler font «la Une» des journaux, alors que d'autres «habitués» des médias se font petits et fondent dans la nature. Des différends semblent ébranler certains partis politiques au sein même de leurs noyaux durs. Afek Tounes, ne récoltant que le modeste score de 4 sièges à la Constituante a, entre autres, connu des difficultés de communication entre ses membres, concrétisées par des protestations et des démissions massives dont celle d'Emna Mnif, un des piliers du parti, militante dévouée ayant assumé de lourdes responsabilités avec Afek.
La déception des résultats des élections pour le parti Afek Tounes, a jeté de l'huile sur le feu, un feu dont les prémisses datent de quelques mois déjà. En effet, dès l'été dernier, nous étions les premiers à avoir publié en date du 23 août la nouvelle de la démission d'Emna Mnif ainsi que de quatre autres membres du parti. Par la suite, ces démissions ont été officiellement annulées, par communiqué du parti. «Tout est rentré dans l'ordre » nous a-t-on précisé. Malheureusement notre journal n'a tout de même pas été à l'abri d'accusations diffamatoires et a même été agressé verbalement par certains sympathisants du parti.
«Tout est rentré dans l'ordre», mais voilà qu'au journal télévisé de 20h du 1er novembre à la chaîne nationale, on annonce la démission de Mme Mnif, de son poste de porte-parole d'Afek. Une annonce doublement surprenante. D'une part, pendant la campagne électorale, Emna Mnif faisait preuve d'énergie et d'enthousiasme et ne donnait pas l'air d'être sur le point de déserter. D'autre part, cette démission du porte-parole d'un «petit parti» tel qu'Afek, méritait-t-elle d'être annoncée sous forme de scoop au journal de 20h ?
Cette démission semble ne pas être un acte isolé, car, selon Hatem Chelly, membre fondateur du parti et également démissionnaire, «il s'agit d'un tsunami à Afek, c'est déjà une première vague de seize démissionnaires, qui sera sûrement suivie d'autres!».
Bien que ne souhaitant pas «étaler le linge sale» du parti au grand public, certains membres du bureau politique démissionnaires ont répondu aux questions de Business News, levant ainsi le voile sur le séisme qui secoue Afek. Mustapha Mezghanni, secrétaire général du parti a déclaré que la crise d'Afek est née de l'existence de deux courants différents dans la famille même du bureau du parti. Il a ajouté qu'en dépit de l'instauration d'un comité directeur et d'un comité central censés gérer et diriger conjointement avec les autres dirigeants du parti, ces deux comités ont été ignorés et n'ont pas été concertés lors des prises de décisions récentes. Héla Hbabou, militante dévouée du parti a déclaré avec amertume que le parti a dévié de sa trajectoire initiale démocrate pour y voir s'installer un monopole de décision et un refus de dialogue et d'échange de points de vues. « On se trouve face à un mur » a-t-elle ajouté.
Plus explicitement, Hatem Chelly a affirmé qu'il y avait «une dictature digne de ce nom au sein du parti!». Les démissionnaires ont tous fait allusion au Directeur exécutif, Yassine Ibrahim en évoquant ce manque de démocratie. Il serait à l'origine de ce mouvement de révolte dans le parti. M. Chelly est même allé dire que depuis son départ du gouvernement de transition et sa concentration sur Afek, Yassine Ibrahim a créé des tensions dans le parti. L'entente entre les «Afekois» est allée ensuite en dégringolant jusqu'à la cassure.
Selon leurs témoignages, les démissionnaires ne contestent pas les décisions en soi mais la façon avec lesquelles, elles ont été prises. Par exemple, la position du parti par rapport à l'intégration du nouveau gouvernement est plus ou moins claire, car Yassine Ibrahim avait d'emblée déclaré qu'Afek resterait dans l'opposition et que s'il y a lieu de faire partie du gouvernement, il avait imposé des conditions impossibles à obtenir tel que la condition de nommer un indépendant en tant que chef de gouvernement. La décision a été prise suite à l'initiative personnelle de Yassine Ibrahim, sans tenir compte des avis des autres. Et c'est précisément ce manque de démocratie qui a été la goutte qui a fait déborder le vase. Selon Hatem Chelly, Yassine Ibrahim aurait engendré un putsch dans le parti, avec le retour du culte de la personnalité et le monopole de décision.
A croire Hatem Chelly, ces démissions massives seraient suivies d'autres. La démission d'Emna Mnif signifie probablement le retrait de la carte qui fera écrouler tout le château de cartes, ou bien la pièce qui fera tomber tout le domino. C'est à se demander s'il resterait grand monde à Afek. Serait-ce le début de la fin du rêve d'Afek? Ces militants, patriotes fervents, cesseraient-ils leur activité politique ou bien, alors, chercheraient-ils à intégrer d'autres partis ou à en créer un nouveau?
Quels qu'en soient les raisons et les motifs, ces néo politiciens n'ont pas eu assez de souffle pour survivre aux différends internes. Sauraient-ils, alors, être efficients et influents sur l'actualité politique? Dorra Megdiche Meziou


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