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L'inquiétante force tranquille d'Ennahdha
Publié dans Business News le 15 - 07 - 2012

C'est un constat observé le 23 octobre 2011 en milieu de journée. Nous avons été, avec quelques radios, parmi les premiers à en faire part à l'opinion publique lors de cette mémorable journée d'élections.
Il s'agit de la présence d'observateurs du mouvement Ennahdha dans tous les bureaux de vote pour suivre de près le bon déroulement du scrutin, de sa transparence et de la neutralité des agents de l'ISIE. Nos journalistes avaient fait alors le tour de plusieurs dizaines de bureaux de vote et nous avons, tous, fait le même constat : il n'y a pas un bureau que nous ayons visité où il n'y avait pas un membre contrôleur d'Ennahdha.
En revanche, très rares étaient les bureaux où il y avait des représentants d'autres partis, toutes mouvances confondues. Pire, dans la majorité des bureaux visités, il n'y avait qu'un seul contrôleur, c'était celui d'Ennahdha !
A titre de rappel, en octobre dernier, le parti a mis dix mois à peine pour se restructurer et (re) mobiliser ses troupes. Ce premier constat, réalisé à mi-journée le jour du scrutin, était un des premiers signes concrets de la victoire probable du parti islamiste. Ce fut le cas avec 1,5 million de votants sur 4 millions d'électeurs.
Neuf mois plus tard, le parti islamiste organise son congrès, quatre jours durant, au parc des expositions du Kram. L'organisation était impeccable, quasi-parfaite. La discipline observée par la majorité des congressistes et des présents servirait de modèle. Les grands moyens mobilisés pour ce congrès ne sont peut-être pas impressionnants pour un grand parti, mais quand on se rappelle qu'il y a dix-mois à peine ce grand parti n'existait pas dans le paysage politique tunisien, il y a de quoi s'étonner. Mais comment font-ils ?
On fait clairement face à un parti structuré, organisé, démocrate, discipliné et sérieux. Les incidents survenus, samedi, avec les journalistes ont été rapidement contenus et les quelques indisciplinés du comité d'organisation ont été sévèrement rappelés à l'ordre par les dirigeants qui ont présenté leurs excuses.
Il s'agit là d'un constat et non d'un jugement de valeur.
En face, nous avons le désert et c'est là le premier signe d'inquiétude. Car le Tunisien en a marre d'un parti puissant unique entouré de quelques partis de décor et d'autres d'opposition farouche qui ne font pas le poids.
Hier, c'était le RCD avec quelques partis de décor et trois partis de réelle opposition.
Aujourd'hui, on a Ennahdha avec quelques partis de décor et des dizaines de partis – totalement dispersés - de réelle opposition.
Si l'on devait faire des élections, aujourd'hui même, Ennahdha sera classé premier, sans aucun doute. On disait il y a le RCD et les autres. Aujourd'hui, on dit il y a Ennahdha et les autres.
Mais être premier ne signifie pas avoir la majorité, loin s'en faut. Ennahdha « ne pèse que » 37,5% des voix, mais il lui sera très difficile d'aller au-delà.
Dans un régime parlementaire, il aura assurément le pouvoir. Dans un régime présidentiel, il sera très vraisemblablement perdant, puisque ce type de régime impose un scrutin à deux tours et l'élection d'un président à plus de 50%. D'où la rude bataille qui s'annonce, les prochains jours, pour le choix du régime politique que la Tunisie doit suivre, parlementaire ou présidentiel.
La force actuelle d'Ennahdha lui permettra de peser lourdement sur ce choix et c'est là le deuxième signe d'inquiétude, car Ennahdha entend profiter largement de la faiblesse de ses adversaires afin d'asseoir son pouvoir pour les cinq, voire les dix années à venir.
Un observateur étranger dira, oui et après, c'est ça la démocratie, vous devez accepter les résultats du scrutin et le choix du peuple. Ce serait cependant oublier que la Tunisie n'est pas encore en démocratie.
Que le peuple n'a pas une vision claire sur les programmes et les tendances des différents partis qui composent le paysage politique. Qu'un régime parlementaire ne peut être instauré qu'après des décennies de réelle démocratie où les régions les plus reculées ont suffisamment de culture politique pour savoir comment élire un député et ce que l'on doit attendre ce cet élu.
Pour des raisons de sécurité, un nouveau conducteur n'a pas le droit de rouler en Porsche, quand bien même il en aurait les moyens et la loi le lui permet.
Ennahdha ne l'entend pas de cette manière et cela se comprend. Le parti islamiste a été trop longtemps banni, trop longtemps persécuté qu'il a tendance à choisir le mode de scrutin qui l'avantage le plus. Ce serait privilégier le parti à la patrie, pour paraphraser Béji Caïd Essebsi.
Depuis plus de six mois qu'ils sont au pouvoir, on voit bien les limites d'Ennahdha.
Ils sont des as pour organiser des campagnes électorales et un congrès, pour gouverner leur parti et y imposer leur discipline, mais quand il s'agit de gouverner le pays, on ne voit plus que de l'incompétence. On en voit aujourd'hui de toutes les couleurs, entre les injustices, les atteintes aux Droits de l'Homme, les coupures d'eau et d'électricité, la très mauvaise gestion des crises, les saletés, ils battent des records de mauvaise gouvernance. Si en six mois, ils ont réussi autant de mauvais exploits, qu'en sera-t-il s'ils sont là pour cinq ans ?
Les dirigeants d'Ennahdha pourront gouverner à merveille leurs 1,5 million d'électeurs, mais être à la tête du pouvoir en Tunisie, cela suppose que vous êtes censés gouverner à merveille 11 millions d'individus en prenant en considération toutes leurs spécificités et leurs différences.
Or quand on voit les « insultes » et « agressivités » régulières de Lotfi Zitoun, quand on entend le discours de plusieurs ministres et députés nahdhaouis, et quand on pense au lapsus de Hamadi Jebali qui parle de dictature naissante, il y a lieu de s'inquiéter sur ce qui nous attend lors des cinq prochaines années.
On convient qu'une dictature religieuse est incomparable au fort autoritarisme de Ben Ali et Bourguiba réunis. Il suffit de voir l'Arabie Saoudite, le Soudan, l'Iran ou l'Afghanistan.
Deux options pour s'en sortir : soit Ennahdha annonce clairement sa « républicanité », cesse de mêler le religieux au politique et son gouvernement devient celui de TOUS les Tunisiens. Mais ce n'est pas demain la veille, le congrès du parti islamiste montre tout le contraire et on continue encore de parler des zéro virgules et de qualifier certains rivaux par déchets de l'ancien régime.
La deuxième option consiste à l'unification de l'opposition sous une seule bannière républicaine. Mais il faudrait, dans ce cas, dépasser les égos et les petits calculs carriéristes de politique politicienne et « anéantir » l'opportunisme des partis du décor.
Il existe encore deux options, mais elles relèvent plutôt de « l'utopie cauchemardesque » que de l'analyse : croire que le peuple va faire une autre révolution pour s'opposer à la dictature religieuse ou bien croire à un scénario à la mauritanienne (coup d'Etat militaire) pour sauver la Tunisie républicaine d'une descente aux enfers obscurantistes.
Pourvu qu'on s'en tienne aux deux premières.


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