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Crise avec l'UGTT : Quand l'Etat ne respecte pas ses engagements
Publié dans Business News le 17 - 11 - 2016

Après des négociations de la dernière chance dans la soirée du 16 novembre 2016, la sanction est tombée : l'UGTT refuse les propositions gouvernementales concernant le gel des augmentations dans le public. Il s'agit de l'une des hypothèses fondamentales sur lesquelles le gouvernement Chahed a bâti sa Loi de finances 2017. Il s'agit surtout de l'un des engagements gouvernementaux devant le FMI.

Abid Briki, ministre de la Fonction publique et de la Gouvernance, a annoncé la couleur ce matin : « Si l'UGTT refuse cette proposition, le pays entrera dans une phase de perturbations sociales ». En fait, le gouvernement, dans des négociations conduites par Abid Briki et par Mohamed Trabelsi, ministre des Affaires sociales, a tenté de vendre à la centrale syndicale la proposition de limiter le gel des augmentations à l'année 2017. Le fait d'envoyer deux anciens syndicalistes négocier avec l'UGTT n'aura pas servi à grand-chose…

De l'aveu même de Abid Briki, l'UGTT a immédiatement opposé un refus de principe à cette proposition, et cette posture est tout à fait justifiable. L'argumentaire est en fait assez simple, et c'est ce qui explique sa force. Il repose sur deux arguments. Le premier est implacable : L'UGTT a signé des accords avec l'Etat prévoyant des augmentations de salaire dans le secteur public au titre de l'année 2017. Ces accords ont été signés avec l'Etat et non pas avec le gouvernement de X ou de Y. Par conséquent, au nom du principe de la continuité de l'Etat, le gouvernement Chahed est dans l'obligation d'appliquer les accords signés par les gouvernements antérieurs. Si ce principe est bafoué, alors tout organisme ayant signé un accord avec le gouvernement ou même les conventions internationales pourraient être remises en cause unilatéralement.

Le deuxième argument tient de la justice fiscale. L'Etat n'a plus d'argent, c'est un fait. Par conséquent, l'Etat cherche à mobiliser rapidement toutes les ressources nécessaires pour financer son propre fonctionnement. Toutefois, l'UGTT refuse d'accepter le gel des augmentations de salaires parce que l'Etat a échoué à se faire respecter par d'autres corporations qui, non seulement, ne font aucun effort fiscal supplémentaire mais qui refusent déjà de payer leur dû fiscal ! Le gouvernement a échoué à faire passer ses propositions auprès des professions libérales par exemple. Le gouvernement se retrouve avec un parlement dont la majorité ne suit pas son gouvernement. Au vu de tout cela, l'UGTT prend le parti de ses affiliés et refuse de laisser le gouvernement « attaquer » le seul revenu « disponible », à savoir celui des fonctionnaires, pour renflouer ses caisses. En gros, l'UGTT dit : « Le fait que tu n'arrives pas à taxer les gros poissons ne te donne pas le droit de piocher dans les prélèvements à la source ».

Pour résumer, l'UGTT est dans sa posture naturelle de défense de ses affiliés avec toute la panoplie d'outils à sa disposition. Le gouvernement, par contre, cherche à revenir sur des accords préalables établis par l'Etat. Ce sont des accords qui n'auraient jamais dû être signés, peut-être. Ce sont des accords qui sont en contradiction avec les engagements de l'Etat tunisien envers le FMI, certainement. Ce sont des accords dans lesquels l'actuel gouvernement ne porte aucune responsabilité, effectivement. Toutefois, ce sont des accords qui portent la signature de l'Etat tunisien, et par conséquent, il est obligé de les appliquer.

Toutefois, l'UGTT ne s'est pas arrêtée là. La centrale syndicale a rendu public, le 17 novembre 2016, un communiqué menaçant d'une grève générale d'ici le 8 décembre. L'UGTT prévient contre le risque de toucher à la panoplie d'accords signés avec l'Etat et assure que n'importe quel retour en arrière serait une atteinte à la crédibilité des négociations et à la culture du dialogue social. Le groupement de la fonction publique, sous la conduite de Hfaïedh Hfaïedh, appelle à organiser des manifestations à la Kasbah et au Bardo pour faire pression sur le gouvernement. Il appelle également à une réunion de l'instance administrative nationale de l'UGTT. Ceci laisse préfigurer des semaines chaudes au niveau social alors que les séances plénières consacrées à l'examen de la Loi de finances doivent débuter le 18 novembre.
Par ailleurs, dans ce même communiqué, le groupement de la fonction publique appelle à réviser la décision de faire travailler certaines administrations publiques le samedi. Il estime également que la révision du barème fiscal comme un premier pas dans la réforme fiscale et une matérialisation de la justice fiscale. Ceci démontre que l'UGTT n'est pas hermétique à certaines dispositions de la Loi de finances et que, selon l'organisation, il existe d'autres pistes pour atteindre la justice fiscale.

Samir Cheffi, secrétaire général adjoint de l'UGTT, a été très clair. Le 12 novembre 2016, il déclarait à Shems FM que la paix sociale ne se ferait pas « aux dépens de l'intérêt des salariés ». Le 6 octobre il déclarait sur Express FM : « Les ouvriers et les salariés modestes sont ceux qui payent en règle leurs impôts et qui payent donc pour les plus riches. Je ne pense pas que les pauvres ont encore quelque chose à sacrifier et malgré cela, nous nous sommes dits prêts à aider notre pays avec tout ce qui est en notre pouvoir de donner ».

Le gouvernement de Youssef Chahed tombe encore dans l'un des travers qu'on lui a constaté depuis sa prise de fonction : celui de faire de ses adversaires des héros en les poussant dans leurs retranchements légitimes. On peut reprocher beaucoup de choses à l'UGTT sur différents sujets, mais dans le cas d'espère, elle est dans son rôle naturel et elle a l'avantage décisif de posséder un document signé. La défense des droits des travailleurs est dans l'âme même de l'UGTT, ceci légitime toutes les actions de contestations que la centrale pourra entreprendre et que le groupement de la fonction publique a déjà annoncé.

Quelle solution reste-t-il au gouvernement ? Deux choix sont possibles, le premier est le passage en force. Un choix à exclure car ce gouvernement n'a pas les moyens d'une confrontation avec l'UGTT. Un passage en force équivaudrait à déchirer l'accord de Carthage, qui n'est déjà pas très épais, et enfin, le prix politique à payer est bien trop cher, surtout vu de Carthage. Le deuxième est celui de la résignation, qui semble être le plus plausible. Le gouvernement renoncera au gel des salaires, ira chercher les ressources manquantes ailleurs, soit en augmentant les prélèvements soit en dépêchant Fadhel Abdelkefi à Washington pour expliquer au FMI pourquoi ce gouvernement ne peut pas tenir ses engagements.


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