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Femmes agressées : Les clichés ont la vie dure !
Publié dans Business News le 23 - 11 - 2017

Une campagne d'affichage a beaucoup fait réagir ces derniers jours. Prévues pour dénoncer les clichés sur le harcèlement et la violence contre les femmes, des affiches, placardées dans plusieurs artères de la capitale, ont plutôt produit l'effet inverse. Quoique…
Depuis deux jours, la toile s'est enflammée face à des affiches jugées « outrageuses » et « scandaleuses ». Dans les rues de Tunis, plusieurs passants ont pris en photo des affiches dans lesquelles on pouvait lire, entre autre : « Petite fille abusée, elle finira par oublier » ; « femme harcelée au travail, d'autres moins chanceuses sont au chômage » ; « femme agressée par son mari, c'est sa destinée qui en a voulu ainsi ».
Au premier abord, ces affiches ont tout pour choquer. Placardées, en grand format et à la vue de tous, voilà les plus vils clichés martyrisant les femmes, exposés au grand jour. Les défenseurs de la cause féminine sont heurtés au plus profond d'eux-mêmes. Les acquis de la femme tunisienne, forte, libérée et ayant des droits, s'effondrent comme un château de cartes.
Dans une Tunisie, où les femmes peuvent se targuer d'avoir une condition plutôt enviable, en comaparison avec celles d'autres pays proches, voilà que les clichés les plus sordides remontent à la surface, en toute impunité. Cette campagne a rapidement fait réagir. Au lieu d'un plébiscite unanime, plusieurs citoyens se sont dits choqués par de tels propos.

En réalité, il s'agit d'une opération dénonçant justement ces clichés. La campagne « Faddina », organisée par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, a pour but d'exprimer un ras-le-bol des clichés et des stéréotypes entourant la condition féminine. Sauf que voilà, pour nombreuses personnes, le second degré a été très mal perçu.


Rym Fayyala, représentante adjointe de l'UNFPA, est intervenue ce matin sur Mosaïque Fm, pour s'expliquer sur cette opération. Selon elle, « c'est justement cette provocation qui était voulue par les organisateurs ».
« Il s'agit d'une première partie, d'un teasing. Une phase qui doit choquer afin de mettre en lumière la violence faite aux femmes, qui est banalisée auprès d'une certaine frange de la société tunisienne. Quand vous faites une campagne avec des messages directs et simplement moralisateurs, les gens ne comprennent pas forcément. On voulait que les gens sortent de leur zone de confort et prennent conscience de la réalité des choses. Cela peut bien sûr choquer », a-t-elle dit.
« L'objectif était d'organiser une campagne qui servira, enfin, à changer les mentalités. Les effets ne peuvent être perçus dans l'immédiat, nous les mesurerons plus tard. Cela est prouvé scientifiquement que l'effet de choc permet de faire en sorte que les gens expriment vraiment ce qu'ils pensent », ajoute Rym Fayyala.

Selon les récentes statistiques, en Tunisie, une femme sur deux (47,6%) a été agressée physiquement ou moralement au moins une fois dans sa vie et plus de 70% des femmes agressées affirment qu'elles n'ont nulle part où aller. Selon les chiffres avancés par le ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfance, la violence physique est la forme la plus courante (31,7%), suivie de la violence morale (28,9%), la violence sexuelle (15,7%) et la violence économique (7,1%).

Du 25 novembre au 10 décembre 2017, seront organisés en Tunisie les 16 jours pour lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes, avec pour slogan « A partir d'aujourd'hui, tu n'es plus seule, la loi est avec toi ».
Cette campagne qui débutera à l'occasion de la Journée internationale de l'éradication des violences faites aux femmes prendra fin lors de la célébration de la Journée mondiale des droits de l'Homme. Elle se veut être « un appel à la communauté nationale et internationale à se mobiliser pour dénoncer toutes formes de violence contre la femme », a annoncé le ministère de la Femme.
Une conférence de presse a été tenue ce matin par le ministère, lors de laquelle, Naziha Laâbidi a affirmé que ces journées ambitionnent de trouver des « solutions pour éradiquer ce phénomène aux retombées négatives sur la femme, la famille et l'ensemble de la société ».
Le ministère a annoncé, par ailleurs, l'intensification de la création des centres d'accueil des femmes battues dans les différentes régions puisqu'il n'en existe actuellement que 5 situés à Tunis, Jendouba, Gafsa et Kairouan. Une convention collective sera également signée avec les ministères de la Justice, de la Santé, de l'Intérieur et des Affaires sociales, dans le cadre de la prise en charge des femmes victimes de violences.
Le département de la Femme a également annoncé le début d'une autre campagne dénonçant les violences faites aux femmes. Intitulée « Ommi Salma », cette campagne ayant pour but de sensibiliser les femmes, est organisée à la suite du viol et du meurtre atroces d'une vieille dame, survenu il y a quelques jours dans la ville de Kairouan.

« Nous sommes sortis du cercle restreint de nos connaissances, famille et amis, ceux qui sont convaincus [par cette cause] et nous avons ouvert le débat. Nous avons regardé notre reflet dans la glace, même si ce reflet nous déplaisait. Cette campagne vient en réponse aux questionnements de plus de 70% des femmes qui ne savent pas où aller lorsqu'elles sont victimes de violences », a écrit Ramy Khouili, membre de l'UNPF, sur sa page Facebook. Il ajoute : « Dans deux jours, ces femmes qui sont de dos dans les affiches, montreront leurs visages et là, on en reparlera », ajoute-t-il au sujet de la campagne choc.


Les avis sur cette campagne sont mitigés, mais force est de constater qu'elle n'a laissé personne indifférent. Si certaines personnes se sont senties dérangées et mises mal à l'aise par ces répliques c'est qu'elles ont un peu trop l'habitude de les entendre. D'autres, en revanche, ont apprécié que ces clichés soient placardés de manière aussi brutale et crue dans les rues tunisiennes afin de servir d'électrochoc à ceux, ou plutôt celles, qui les subissent tous les jours sans broncher.
Il y a lieu de s'interroger aujourd'hui sur ces clichés qui collent à la peau des femmes, tellement banalisés, que les gens ont du mal à imaginer que ce n'est finalement que du second degré…


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