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Mes odyssées en Méditerranée | Les «Sicilo-Tunisiens» et la boxe : «Venez chez nous et vous mangerez des spaghettis»
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 12 - 2020

Les «Sicilio-Tunisiens» sont une race à part ! Ils sont des Siciliens nés en Tunisie, parfois depuis trois ou quatre générations, de nationalité italienne ou française et ils parlent une langue qui est le «siculo-tunisien», un mélange de sicilien, arabe-tunisien, français et italien. Même leur langue est une langue à part !
La communauté était très nombreuse avant et pendant le protectorat français, elle dépassait de loin le nombre des colons.
Vivant parfois dans des quartiers de la ville arabe, ils côtoyaient les Tunisiens et vivaient avec eux, une assimilation dans les deux sens, riche d'une grande capacité d'intégration pour les uns, comme pour les autres.
Les Sicilo-Tunisiens étaient souvent discriminés pas seulement par les Français mais aussi par les intellectuels italiens, souvent Livournais, plus occupés à côtoyer le colonisateur que leurs propres conationaux...
Les Sicilo-Tunisiens avaient l'instinct boxeur. Ce noble art, c'est-à-dire la boxe anglaise, leur permettait entre autres d'échapper à la misère, de quitter les ghettos dans lesquels ils vivaient et de gagner aussi un peu d'argent grâce aux rencontres, organisées à Tunis. Pour les Sicilo-Tunisiens, souvent marginalisés, la boxe était devenue presque une nécessité vitale.
Leurs noms ? Gaetano Annaloro, Claude Milazzo, Stefano Albanese, Emile Buccellato, Jo Catalano, Paul Signorino, Paolo Occhipinti, Simon Carnazza, Leonardo Giliberti, Franco Titone, Vincent Gulotta... la liste est très longue ! Tous ces gens, et d'autres encore, sont arrivés par le goulet de la Goulette. Les puristes disent par le goulet, le populaire, par le goulot. En tout cas, ils sont arrivés tous par-là les Sicilo-Tunisiens, mais vraiment tous, par cet archaïque goulet d'étranglement qu'était le canal du port de Tunis dont les navires chargés d'émigrés siciliens mettaient environ trois heures pour le franchir et prendre avec une exaspérante lenteur possession du quai.
Les parents et les grand-parents de Claude Milazzo et de Gaetano Annaloro, les deux boxeurs siciliens les plus doués, feront partie de l'histoire de la boxe en Tunisie. L'Amérique, cet éternel mirage des Siciliens, étant trop loin et trop coûteuse, on optait alors pour les cent cinquante kilomètres qui séparent Trapani de Tunis. Beaucoup de Siciliens vinrent même en barque, avec de faux papiers, parfois totalement démunis, surtout ceux qui avaient des problèmes avec la justice ou la mafia. Souvent, l'autorité locale fermait les yeux...
Tous ces immigrés, qui fouleront la Régence du bey de Tunis, que la France «protégeait», vont bâtir, créer, fertiliser avec ingéniosité et labeur, et parfois avec des moyens de fortune, la Tunisie moderne.
Les Sicilo-Tunisiens étaient malgré tout heureux en Tunisie, pas trop loin de leur terre natale, dans un pays qui ressemblait beaucoup au leur, même les ruines romaines étaient pareilles ! Ils fondent et habitent des quartiers appelés «Petite Sicile» souvent pas loin du port qui, se trouvant à une encablure, leur donne la vision agréable de pouvoir repartir d'un moment à l'autre pour Trapani, Palerme, Messine, Catane, Mazara del Vallo, Syracuse... ou encore pour Pantelleria, la petite île perdue entre la Sicile et le Cap Bon, dernier refuge africain des armées du III Reich et du «Regio esercito», l'armée royale, de Mussolini en mai 1943.
En Tunisie, les Sicilo-Tunisiens étaient chez eux, mais à chaque fois que la sirène d'un de ces bateaux, appelés «Città di Trapani», «Città di Tunisi», ou «Città di Palermo», «hurlait», le cœur des vieux s'emplissait de nostalgie...
Malgré tout, ils inviteront leurs familles, leurs amis à venir s'installer dans ce beau pays qui est la Tunisie et, pour rassurer leurs compatriotes siciliens, disaient «Venez chez nous et vous mangerez des spaghettis».
Plus tard, Luciano Taïoli, qui chante dans un fauteuil roulant, enivrera les Sicilo-Tunisiens avec sa chanson «Terra straniera», terre étrangère, sur la scène du cinéma Le Colisée.
Disséminé çà et là, le Sicilien constitue la masse laborieuse, voire ingénieuse, mais il n'a pas accès à la fonction publique qui lui aurait permis de mordre au pactole. Les Sicilo-Tunisiens réussiront malgré tout à avoir leur organe, leur journal quotidien qui s'appellera «L'Unione» ou d'autres encore en langue sicilienne comme «U Simpaticuni», le très sympa. Gardant souvent leur nationalité italienne, refusant de se naturaliser français contrairement à d'autres Italiens… Les Sicilo-Tunisiens, sont exclus de tout genre de rencontres officielles, mêmes des tournois de pétanque !
Nous sommes loin des beaux quartiers du Belvédère, près du stade municipal qui portera un temps le nom de Géo André, qui abritera un soir le championnat du monde des poids coq, voyant se disputer le titre, Al Brown, l'araignée de Panama, et Young Perez, le petit juif tunisien des quartiers pauvres de Tunis.
Mais les amateurs de boxe doivent sûrement se souvenir aussi de Claude Milazzo, né à Tunis le 18 octobre 1929, d'un père sicilien et d'une mère maltaise. Claude se révèle déjà à l'âge de 15 ans un superbe athlète. Chez Marcel Martin, un Breton qui ne badine pas avec la discipline, Milazzo gagne contre Cohen, Snoussi, Bismuth, Micheli, Kaddour et Ben Hafsa.
Claude Milazzo, qui n'a pas encore vingt ans, naturalisé français, rencontre le champion de Tunisie, le Tunisien Tahar Ben Hamer; blessé, Milazzo abandonne le ring. La revanche aura lieu le 17 septembre 1949 sur le terrain du Stade Gaulois, non loin à l'époque de l'avenue Jules Ferry, où Milazzo bat Tahar Ben Hamer. Les victoires se poursuivent les unes après les autres Milazzo, Annaloro, Albanese font rêver les jeunes.
Après d'innombrables combats à l'international, Claude Milazzo livrera son dernier combat à Rome, contre Guido Mazzinghi en 1958 et à moins de trente ans, il abandonne la compétition pour se consacrer aux jeunes. Il mourra en France, loin de son pays natal.


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