AFI : Lancement d'une consultation pour assurer l'accessibilité à la zone industrielle, de Jaâfar Raoued et à la résidence pilote "Raoued City Center"    Tunisie : Les jeunes médecins en grève de 2 jours    Béja | Covid-19 : Le taux de guérison a dépassé 98%    Habib Bouhaouel nous quitte : un journaliste de talent et un caricaturiste redoutable    Tunisie | Soldes d'hiver 2021: Un bilan négatif    CAN-U20 : programme des demi-finales    Foot-Europe: le programme du jour    COVID-19 : 651 nouvelles contaminations et 32 décès recensés le 26 février 2021    Mémoires: Dalila BLANCO    Exposition personnelle d'Ismaïl Bahri à la galerie Selma Feriani: Chroniques de l'invisible    Ligue 1 — Cet après-midi le classico (Mise à jour de la 6e journée) et deuxième manche de la 14e journée: Un hors-série qui vole la vedette !    Les plaies toujours ouvertes    NEWS: L'affaire Belkhiter    Mélange d'imprimés et de couleurs: Eviter les faux-pas !    Echappée belle: Voir Kairouan et… vivre    AME: tout ce qu'exige un nourrisson !    Ali Chabbouh, ancien attaquant du COT: «La Coupe 1988 a bousillé mon club»    Portez la chemise blanche et un débardeur avec classe    Tunisie : Le ministère de la Santé autorise la commercialisation du vaccin astrazeneca    8% des Tunisiens sont satisfaits du rendement de Ghannouchi, selon Emrhod    Les routes fermées suite à la manifestation d'Ennahdha    Hamma Hammami : à bas le système    Ghannouchi au parti travailliste : rejoignez-nous pour unifier le peuple tunisien    Facebook rétablit l'accès aux contenus d'actualité en Australie    Si la justice m'était « comptée »...    Associer à une formation scientifique d'excellence, une ouverture intellectuelle...    Sadok Mzabi acquiert 226 290 actions ARTES    Des frappes en Syrie tuent 22 miliciens pro-Iran    Groupes criminels, des "bandits" ou Boko Haram ?    L'Europe s'inquiète, les USA s'estiment «en avance»    Le leader du courtage en assurance et réassurance, Aon Tunisie, change de nom et devient ARS Tunisie    Tunisie Telecom meilleure performance du réseau mobile en 2020    Penser l'histoire et la religion    Les trois religions à l'unisson    Lancement digital d'OPPO Reno 5 | Reno5 5G : une première en Tunisie    Vers une légalisation du cannabis au Maroc    Sur 3 961 analyses 666 contaminations détectées hier    Leader du courtage en assurance et réassurance : Aon Tunisie, change de nom et devient ARS Tunisie    Tunisie-Ligue 1 (J14): les matches de ce samedi    « ADN » de Maïwenn à l'Institut français de Tunisie: Une quête de descendance    « Shayatine » de Amel El Fargi et Wael Merghni: Ecritures croisées, territoire commun    Le Festival de la médina n'aura pas lieu en 2021    Mort d'avoir bu... trop d'eau?    Tunisie Telecom réalise la meilleure performance sur l'Internet mobile en 2020    Habib Ammar préside une rencontre sur le suivi des projets culturels bilatéraux Tunisie-UE    Top 5 des personnes les plus riches au monde    12 pays aux manoeuvres militaires «African Lion» qui auront lieu en Tunisie en juin prochain    La Tunisie abrite l'exercice militaire multinational "African Lion", en juin 2021    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Vient de paraître — « Quelqu'un meurt au sud » de Kamel Hlali: L'art d'arracher le lecteur à la banalité gris-flanelle du quotidien
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 01 - 2021

Comment rendre à nouveau présentes et visibles, pour un lecteur, ici et maintenant, des images et des tranches de vies qui viennent du passé ?
La question saute à l'esprit et résonne à la lecture des premières lignes de l'ouvrage « Quelqu'un meurt au sud » de notre collègue, l'écrivain-journaliste au journal Assahafa, Kamel Hlali.
« Sheikh Hamida regarda l'embouchure du puits. Au fond, l'eau scintillait comme le verre. Seuls les couacs d'un corbeau transgressaient le silence d'une après-midi automnale ». Ainsi, s'ouvre la première nouvelle intitulée « Un corbeau en pleine après-midi d'automne ».
Le premier contact avec ce recueil de neuf nouvelles laisse présager un univers fade, une ambiance et une construction beckettiennes (en référence au dramaturge irlandais d'expression française, Samuel Beckett). Quant aux personnages, notamment Douja dont « le crâne » est comparé à celui d'une tortue, ses sœurs Aicha et Meherzia, ils semblent, au premier contact, souffrir de vide et de crises intérieures. Sauf qu'au fil de la narration, l'on se rend compte de l'habileté de l'auteur à s'emparer de tout ce qui s'anime dans un monde rural qui lui est très familier pour en jouer librement. Il use, pour ce faire, de registres variés : populaire, familier, neutre et parfois du registre soutenu. L'insupportable devient supportable, l'insoutenable soutenable et le narrateur réussit, non sans brio, à décrire, à visualiser et à faire sentir la beauté qui se cache derrière la dureté. Litotes, oxymores, satires et chants populaires revenant en leitmotiv au fil des textes servent à magnifier la misère et à composer une symphonie pastorale peu ordinaire.
De la narration romanesque à la narration filmique
A la lecture de nouvelles comme « le fossoyeur de dynasties », « Vendeurs de cadavres » ou encore « Les cinq poules d'Om Elkhir », le lecteur saisit rapidement la perfection de la trame narrative. Le cadre spatial étant majoritairement la campagne de Haffouz, délégation rattachée au gouvernorat de Kairouan et autrefois appelée « Pichon », l'auteur, originaire de la même ville mais depuis des décennies établi à Tunis, sait reconstruire la réalité à partir d'un grand travail de mémoire. Fin observateur du comportement des hommes et de leur condition, il signe des textes suivant une trajectoire narrative ascendante en usant de procédés narratifs privilégiant dualités et style imagé. Projections-déjections, désirs et peines, accumulations, dramatisations, dédramatisations, l'auteur joue sur les gestes, les mots, les situations et multiplie les quiproquos tout au long de son œuvre. Il donne ainsi à lire et à voir une théâtralité fragmentée, tout comme l'est son texte.
Avec des personnages dupes et naïfs mais qui, de temps à autre, émettent des prophéties, des phrases résumant à elles seules la complexité de l'existence humaine, le temps est au jeu. Un jeu à la fois simple et complexe, fait de métamorphoses, d'égarements et d'ambiguïtés.
Sous la plume de l'auteur, les esprits, les corps et les cadres spatiaux dans lesquels évoluent les personnages sont exposés à nu. La vibration de leurs mondes respectifs, leurs tremblements et leurs ébranlements se font sentir, se font voir. Grâce à une description minutieuse et souvent poétique, l'auteur écrit, narre et capte le mouvement d'un milieu rural fait de paradoxes : dureté – beauté, pudeur-impudeur, candeur – coquetterie. D'une nouvelle à l'autre, il agence les mots finement et habilement, offrant à son lecteur une symphonie pastorale peu commune, des toiles dignes de grands peintres réalistes, naturalistes. La narration devient ainsi tantôt photographique tantôt filmique. En témoignent, entre autres, des fragments de textes relevant de nouvelles comme « Le fossoyeur de dynasties » et « Vendeurs de cadavres », où le nouvelliste transporte son lecteur du local vers l'international pour revenir sur les dégâts occasionnés par l'invasion de l'Irak. Les ruines, les cadavres parsemés ici et là, les chars, les orphelins, les damnés de la terre deviennent touchables et visibles grâce à une description télescopique, mais aussi grâce à une pulsation scopique branchée sur la pulsation d'un paysage apocalyptique.
Intertextualité et questionnement
Quand Douja apostrophe le créateur du monde lui demandant pourquoi l'avoir autant malmenée, ou encore en comparant Dieu au commun des mortels, notamment l'ancien président tunisien Habib Bourguiba « nageant, entouré d'anges gardiens », l'auteur remet plutôt en question bien des convictions et certitudes. La justice divine, la sagesse des hommes, le silence des pierres, le mutisme des cadavres et de ceux qui ont quitté ce bas monde, somme toute, la tranquillité du monde.
Accusant les forces de sécurité d'inertie, et par ricochet l'Etat de laxisme s'agissant du viol de Douja, l'auteur fait allusion au vrai rôle de l'Etat, à la relation gouvernants-gouvernés, à l'asservissement des hommes au nom de la loi et du maintien d'un équilibre non atteint.
Le désir des hommes, la libido des femmes, d'enfants et de filles pubères, les grands espaces vides, l'attente, les croyances populaires, l'époux anglais de la sœur de Douja et les morts réunis dans un paradis, fort semblable à leur milieu rural d'origine, sont des juxtapositions et des superpositions qui rappellent les textes de Hanna Mina et son écriture réaliste, Abou Al Alaa Al Maârri et son chef-d'œuvre « l'épître du pardon », Samuel Beckett, Bertolt Brecht et bien d'autres.
« Quelqu'un meurt au sud » serait ainsi une synthèse parfaite du déjà vécu et du déjà lu. Les personnages accomplissent parfaitement leur volatilité, leur transitivité et leur légèreté. Cet ensemble d'histoires superposées et de temporalités parallèles où les séquences s'enchaînent au rythme du battement d'ailes d'un colibri s'élève au rang d'un kaléidoscope d'images. Lequel kaléidoscope est fait de mots et de musique. Cette symphonie narrative qui pousse le lecteur à questionner son double serait, à bien des égards, digne d'une adaptation cinématographique».


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.