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Partis politiques : Entre relooking, alliances éphémères et repositionnements
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 05 - 2022

S'il est vrai que la Tunisie a besoin d'un nouveau discours politique, il va sans dire que les partis impliqués dans la banqueroute du pays sont tombés dans le discrédit et ne peuvent se présenter en sauveur rêvé. On peut comprendre ce «relooking» de façade pour certains partis politiques en préparation aux prochaines échéances électorales, mais on ne peut comprendre leur obstination à se refaire une « virginité » et faire comme si de rien n'était.
A quelques mois de l'échéance électorale annoncée par le locataire de Carthage, la recomposition du paysage politique est partie avec les réapparitions de personnalités politiques surannées dont les jeunes d'aujourd'hui ignorent le nom et de partis décriés et en décomposition. Une recomposition imposée, faut-il le souligner, par le coup de force du 25 juillet dernier qui a embarrassé et discrédité une classe politique défaillante.
Ennahdha, nouveau parti et dissension en vue...
Bientôt, l'avènement d'un nouveau parti réunissant d'anciens dirigeants opposés au président du parti Ennahdha Rached Ghannouchi dont la mainmise complète et totale depuis belle lurette sur cette composition politique d'obédience islamiste n'a fait que l'éloigner au fil des années des apirations du peuple, ne fera que brouiller encore plus les cartes du cheikh et de son parti Ennahdha.
Avec l'annonce imminente de la création de ce nouveau parti, Abdellatif Mekki a franchi le Rubicon et Ennahdha s'est trouvé plus qu'en tout autre circonstance au bord de la dissension et même de la disparition. Son chef historique Rached Ghannouchi, gonflé à bloc suite à ses rencontres avec des ambassadeurs étrangers accrédités en Tunisie, dont ceux de la France (décembre 2021), l'Allemagne (décembre de la même année), le Royaume-Uni (mars 2022), a fini par développer le syndrome d'Hubris, et a refusé, sans le moindre répit, de passer le relai. Il a de ce fait remis aux calendes grecques le congrès de son parti. Si Abdellatif Mekki et d'autres politiques sont aujourd'hui convaincus qu'un retour à la case départ est quasi impossible en raison d'une décennie de gouvernance entachée d'erreurs sur fond de scandales politico-financiers et d'ingérence étrangère, Rached Ghannouchi fait cavalier seul avec des démissions à la pelle au sein de son parti. Des démissions qui, indubitablement, sonneraient bientôt le glas de ce mouvement.
« Une réunion est prévue dans les prochaines semaines pour annoncer officiellement la constitution d'un nouveau parti politique conservateur, démocrate, réformateur et porté beaucoup plus sur les volets du développement et la question sociale », souligne l'ancien ministre de la Santé, Abdellatif Mekki. A l'approche de la date de l'annonce officielle de la création de ce nouveau parti, le chef historique du mouvement Ennahdha refuse de capituler et semble insensible aux critiques.
Les sociaux-démocrates se coalisent
Du côté des sociaux-démocrates, le temps est à la coalition avec la création d'un front politique constitué de trois formations politiques, à savoir Ettakatol (le Forum démocratique pour le travail et les libertés)», Al-Joumhouri» (le Parti Républicain), Attayar (le Courant démocrate). La nouvelle coalition tripartite s'accorde à dire que le pays a besoin d'un nouveau changement qui rompe non seulement avec le système politique post-révolution mais aussi avec « celui que Kaïs Saïed cherche à imposer aux Tunisiens depuis le 25 juillet dernier ».
Dans une déclaration à l'agence Tap, le secrétaire général du Courant démocrate Ghazi Chaouachi, avait souligné, en marge de la Conférence de clôture du Forum social-démocrate, que « la Tunisie a besoin d'un nouveau discours politique qui réponde aux exigences de la situation du pays, en particulier après le 25 juillet ». L'objectif étant, selon lui, de barrer la route aux « partis populistes dont le mouvement Ennahdha, le Parti destourien libre et les coordinations qui soutiennent Kaïs Saïed ».
S'il est vrai que la Tunisie a besoin d'un nouveau discours politique, il va sans dire que les partis politiques impliqués dans la banqueroute du pays sont tombés en discrédit et ne peuvent se présenter en sauveur rêvé. On peut comprendre ce «relooking» de façade en préparation aux prochaines échéances électorales, mais on ne peut comprendre cette obstination des politiques à se refaire une «virginité» et faire comme si de rien n'était.
Nejib Chebbi à la rescousse
Une autre coalition a vu le jour en réaction notamment à l'annonce de nouvelles mesures présidentielles suite à la dissolution de l'ARP, dont la mise en place d'une nouvelle Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie). Il s'agit de la naissance d'un « Front de salut national » regroupant Ahmed Nejib Chebbi, fondateur et leader historique du Parti démocrate progressiste et l'un des alliés du parti islamiste au temps du président Ben Ali. Un front dont le but est d'avorter ce qui est qualifié de « coup d'Etat ». Il est composé essentiellement d'Ennahdha et Qalb Tounès dont le président est en cavale.
Un accord concocté à la hâte qui risque de faire chou blanc et de ne pas aboutir selon des observateurs, en raison des grandes divergences d'une classe politique divisée sur les mesures prises le 25 juillet par le locataire de Carthage. «Inkilab» pour les uns, processus de rectification pour les autres, mais le dialogue est impossible entre les deux camps en dépit des tentatives émanant de pays étrangers visant en amont à « calmer les esprits ». « Pas de dialogue avec les putschistes et ceux qui ont pillé le pays » répond le Président de la République, engagé résolument dans son entreprise avec le soutien du peuple et d'autres partis, dont Echaâb, l'Alliance pour la Tunisie' et le Courant populaire. Trois autres partis qui ont appelé leurs partisans à participer à des marches et rassemblements dans les différents gouvernorats en soutien à Kaïs Saïed en octobre de l'année écoulée.
En se démarquant des autres compositions politiques, cette troïka tente d'ériger la troisième République sans un parlement capricieux et sans ceux qui ont semé le chaos dans le pays et causé la mort de Belaid et Brahmi.
Seul le Parti destourien libre de Abir Moussi fera cavalier seul. Fort d'un appui populaire qui le propulse à la tête des intentions de vote pour les prochaines législatives avec 35%, selon Emrhod consulting. Le parti s'oppose au projet de Kaïs Saïed comme aux autres partis politiques. La pire ennemie de Rached Ghannouchi et des islamistes ne compte pas baisser les bras et leur laisser les coudées franches. Si l'ARP a été dissous, c'est surtout grâce à sa pugnacité et son refus de se laisser faire par les députés d'El Karama et ceux d'Ennahdha et Qlab Tounes. Aujourd'hui, elle ne cache plus ses ambitions. Elle compte bien remporter les prochaines élections législatives.


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