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Le monde tel qu'il va bien
L'ENTRETIEN DU LUNDI: Bahri Ben Yahmed
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 10 - 2016

En attendant de faire son premier long métrage, le cinéaste doublé d'un danseur vit une de ses expériences les plus réjouissantes : former une nouvelle génération de jeunes aux arts de la rue et aux arts scéniques, pour les empêcher d'être entraînés vers la haine et les lendemains qui coagulent.
Comment êtes-vous devenu danseur ?
L'été, ma mère nous empêchait de sortir, alors on ne faisait que regarder la télévision, la Rai 1 (première chaîne italienne). J'imitais tous les danseurs que je voyais dans les variétés ou les émissions de ballet classique. A l'âge de 8 ans, j'avais déjà fait mon choix, celui de devenir danseur.
Plus tard, au lycée, un voisin m'a parlé d'un centre privé qui donne des cours de danse et de sport. Il m'a payé mon premier taxi et j'y suis allé. Et là, j'ai trouvé Aicha M'barek et Sofiane et Selma Ouissi, qui avaient à peu près mon âge et qui sont devenus, aujourd'hui, des danseurs chorégraphes super connus.
Une année après, j'ai intégré le Centre national de la danse à Borj Baccouch, à l'Ariana. J'étais obligé de mentir à ma famille, en lui disant que je prenais des cours de karaté. Un garçon qui danse, c'était encore très mal vu.
Votre famille a-t-elle fini par savoir la vérité ?
Tout à fait. Mon père l'a su, et tous les jours que le bon Dieu fait, j'ai eu droit à une raclée. Mais je n'ai pas renoncé, pour autant, à ma passion. J'ai appris à danser tous les genres : le hip-hop, le traditionnel, le classique, le moderne et le jazz. Je me rappelle que je devais partir à Siliana, pour une semaine de compétition. Deux jours avant, mon père m'a acheté des draps et des couvertures. Il m'a dit «pour que tu n'aies pas froid la nuit».
Que s'est-il passé ? Comment a-t-il changé d'avis ?
Ce sont mes professeurs au lycée qui ont eu la gentillesse d'aller lui parler et de le convaincre.
Avez-vous pensé à faire une formation à l'étranger ?
J'ai essayé. J'ai même fait une préinscription dans une école à Montpellier, mais il fallait reconnaître que je n'avais pas un bon niveau en français. Après le bac, j'ai fait deux ans de philo, puis je me suis réorienté à l'ISAM (Institut supérieur des arts multimédias). Mon projet de fin d'études, en 2006, était un court métrage intitulé «Y a-t-il des pommes au paradis ?» qui a eu le prix spécial du jury au Festival international du film amateur de Kélibia.
En aviez-vous fini avec la danse ?
Non. Pas tout à fait. J'ai travaillé sur un grand spectacle à Dubaï. Mais au bout de six mois, je suis tombé gravement malade. Je ne m'y sentais pas bien du tout. Ce spectacle et tout ce qui l'entourait était «surfait», artificiel... Remis sur pied, j'ai présenté ma candidature au concours «10 films, 10 regards» et j'ai été accepté. C'est ce qui m'a décidé à rentrer en Tunisie. Il faut dire également que le fait d'avoir eu le premier prix au festival du film francophone du Canada et un autre premier prix au Festicab (festival du cinéma et de l'audiovisuel du Burundi) avec «Contraste» m'a encouragé à aller dans cette autre voie qui est le cinéma. Ont suivi les courts métrages suivants : «Lazhar», Tanit d'argent aux JCC (Journées cinématographiques de Carthage) 2006, «Glaçons» et «Poupée brisée».
N'aviez-vous pas un projet de long métrage ?
Si. J'ai présenté un scénario à la commission d'aide à la production du ministère de la Culture, mais je n'ai pas réussi à décrocher une subvention.
Quand est-ce que vous êtes entré de plain-pied dans la vie associative ?
C'était après la révolution du 14 janvier. Je représentais les jeunes cinéastes à l'ACT (Association des cinéastes tunisiens). J'ai même fait partie de la commission nationale qui a fini par créer le Cnci (Centre national du cinéma et de l'image).
Avez-vous renoncé à faire du cinéma en tant que réalisateur ?
Pour le moment, oui. Maintenant que je sais ce que je veux.
Que voulez-vous ?
Faire des films qui me ressemblent.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire qu'après 7 courts métrages, que je considère comme des exercices, je sais ce que j'ai envie de faire.
Et qu'est-ce qui vous empêche de faire ce que vous avez envie de faire ?
D'autres urgences. J'ai créé, avec Chouaîb Brik, l'association «Art solution». Et dans le cadre du projet appelé «je danserais malgré tout», nous nous sommes impliqués dans la lutte pour la démocratie à travers la danse et le corps comme porteur de message. Ce projet a pris de l'ampleur dans les réseaux sociaux et nous a valu le soutien de la presse internationale et de plusieurs fondations.
Et alors ?
Et alors, cela a fait que nos projets ont évolué. Nous avons commencé à voir plus grand et plus loin, et à réfléchir sur le moyen d'institutionnaliser un certain type de formation.
Quelle formation ?
Un centre national de la danse qui ait un statut clair, parce que l'ancien n'en avait pas. Mais à l'instar de tout projet étudié dans le cadre d'une commission au ministère de la Culture, le nôtre est resté lettre morte. Il fallait donc trouver une autre solution : compter sur nous-mêmes, et sur notre propre capacité à fonder les choses.
Et les «Danseurs citoyens» ?
C'est l'équipe de cette association créée en 2013 qui a senti l'urgence d'avoir un espace. Nous avons élu domicile dans un hangar au centre-ville, qui était devenu notre projet, notre propre ministère de la culture. Dans ce cadre-là, également, nous avons réussi à récolter des fonds. Au bout de deux ans, nous n'avons obtenu du ministère que 6 mille dinars, alors que le budget annuel de l'association dépasse les 400 mille...
Qu'avez-vous mis en place dans le cadre de ce nouveau projet qu'est Lang‘Art ?
Nous ne voulions pas nous limiter à la danse. Alors, nous avons mis en place un projet pédagogique qui adapte son programme aux besoins de la nouvelle génération.
Et quels sont ces besoins ?
Nous avons affaire à des jeunes dont la majorité n'est pas scolarisée. Ils ont des problèmes d'ordre économique et même psychique, mais ils en veulent et sont prêts à tout pour perfectionner leurs talents.
Voulez-vous dire que ce projet a une portée sociale ?
En plus de l'artistique, oui en effet. Ces jeunes-là, le pays les a déçus. Et nous ferons tout pour ne pas les décevoir à notre tour.
Qu'est devenu Lang‘Art ?
C'est désormais le Centre de formation professionnelle pour les arts de la rue et les arts scéniques. Les candidats passent une audition et le critère de réussite le plus important est la motivation.
Est-ce une formation payante ?
La formation est gratuite. Elle dure deux ans et elle est couronnée par un diplôme. Ceux qui viennent des régions sont logés, nourris et blanchis.
Quels sont vos partenaires ?
Nous avons des partenaires internationaux comme Acts Paris (université française diplômante pour la danse). Un de nos danseurs est déjà parti se perfectionner dans cette institution, il s'appelle Kaïes Harbaoui.
Quelle est la durée de cette formation ?
Deux ans. En première année, on étudie la technique pédagogique en plus de la culture générale. En deuxième année, on passe à la création et à la production.
Et quel est le contenu du programme ?
Du théâtre, du cinéma et de la danse avec des séances interdisciplinaires. Le centre a ouvert ses portes, et d'une manière officielle, au début de ce mois d'octobre 2016. Nous avons 3 classes d'une dizaine d'étudiants chacune. Et nous avons même signé une convention avec la Ftca (Fédération tunisienne des cinéastes amateurs) pour intégrer les cinéastes amateurs dans la formation.
D'où vient le financement ?
Il vient, bien entendu, de certaines fondations étrangères, en espérant être soutenus par le ministère de la Culture tunisien.
Et quelles sont ces fondations étrangères ?
Il s'agit d'Al Mawred, l'Union européenne, Euromed Jeunesse, Afak (Arab Foundation for Arts and Culture) et le Fonds Roberto Cimetta, une association internationale, créée en 1999 pour répondre rapidement et directement aux artistes et opérateurs culturels désirant voyager à travers la région euro-méditerranéenne et particulièrement dans le monde arabe. Nous avons également un projet de collaboration avec l'IFT (Institut français de Tunis), l'ambassade de Suisse et probablement l'ambassade du Japon.
Et vous-même dans tout ça ?
Actuellement, j'ai tellement de responsabilités que je ne peux être au premier plan. Il y a un moment où il faut choisir entre l'interprète et le transmetteur.
Interview conduite par


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