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Une faveur plutôt qu'un droit
Santé — Accès aux soins
Publié dans La Presse de Tunisie le 17 - 02 - 2017

Les cliniques privées détiennent, à elles seules, 80% des IRM et 76% des scanners, ce qui en dit long sur la précarité des établissements publics et leur incapacité à être le maillon fort d'un secteur conforme aux normes
Jusqu'à quel point l'incohérence chronique du système de la santé creuse-t-elle l'écart entre les objectifs nationaux et universels en matière d'accès aux soins et la réalité telle qu'elle est vécue par la majorité écrasante de la population tunisienne ? Dans son Rapport sur le droit à la santé en Tunisie, publié en octobre 2016, et présenté récemment lors d'une conférence de presse organisée par le Forum tunisien des droits économiques et sociaux, l'Association tunisienne de défense du droit à la santé décortique la question, fouillant ainsi dans un secteur pourtant stratégique, voire crucial au bien-être de la population, pour en trier les nombreux points de faiblesse contrecarrant jusque-là son adaptation aux besoins de la population.
Le besoin d'accès aux services sanitaires est synonyme de droit à la fois légitime et absolu. Il revêt, cependant, un aspect de faveur. La disparité régionale en matière d'accès aux soins constitue indéniablement la principale gangrène d'un secteur incohérent, discriminatoire, fondé sur un modèle de développement inopérant.
Dans le présent Rapport, les défenseurs du droit à la santé s'attardent sur ce point. «Les inégalités et l'incohérence de l'offre de soins» touchent aussi bien les soins de première ligne, que ceux de seconde et de troisième lignes ainsi que les soins liés aux équipements lourds. Un constat qui tire son fondement tant du vécu des citoyens, de leur incapacité à accéder aux offres de soins et encore moins à celles qui pourraient être qualifiées «de qualité», que des derniers chiffres en la matière.
Une seule consultation par semaine !
L'offre des soins de première ligne constitue le cheval de bataille d'un secteur qui se veut de proximité alors que tout dévoile son incapacité matérielle, logistique et professionnelle à atteindre ce but. Dans le secteur public, tout comme dans le privé, les soins de première ligne divisent la population en deux catégories : une population favorisée et une autre, disgraciée. Les chiffres trahissent ce favoritisme, voire cette injustice sociale institutionnalisée. En effet, selon les chiffres relatifs à 2011, le nombre de centres de santé de base (CSB) était de l'ordre de 2.091, soit un CSB pour 5.000 habitants. Cependant, seuls 18% d'entre eux assurent des consultations quotidiennes. Dans les zones rurales, ces établissements censés être de proximité offrent une seule consultation hebdomadaire. Chose qui contraint la population rurale à se déplacer jusqu'aux hôpitaux régionaux ou encore jusqu'au CHU le plus proche, enfonçant, inévitablement, le clou d'un encombrement difficile à gérer. Pour les hôpitaux de circonscription, qui sont au nombre de 109, d'autres lacunes entravent la garantie d'une offre satisfaisante : le manque de moyens techniques, de budgets de fonctionnement mais aussi d'un corps médical spécialisé et permanent ; autant de facteurs qui empêchent ces établissements de répondre aux exigences d'une population en quête de services de soins fiables, durables et de qualité.
Dans le secteur privé, la disparité en matière d'offres de soins de première ligne semble plus significative. En 2014, l'on comptait plus de 34% des cabinets de médecine générale implantés au Grand-Tunis alors que dans la région du Nord-Ouest et celle du Sud-Ouest, seuls 10,3% des médecins généralistes y sont actifs. De même pour les médecins spécialistes qui préfèrent s'installer dans les régions côtières où le niveau de vie représente le garant d'une activité florissante.
Y a-t-il un spécialiste à l'hôpital ?
L'offre de soins de deuxième et de troisième lignes rejoint cette lignée de disparités confirmées. La Tunisie compte environ 33 hôpitaux régionaux de catégories A et B. Chaque gouvernorat bénéficie, certes, d'un hôpital régional de catégorie A et relativement d'un ou de plusieurs hôpitaux régionaux de catégorie B. Néanmoins, ces établissements de santé souffrent d'une grande déficience en matière de ressources humaines et de compétences à même d'éviter à la population de se rendre aux CHU. La plupart des hôpitaux régionaux ne disposent que d'une capacité d'accueil bien réduite. Ils manquent pour la plupart des spécialités les plus indispensables, notamment la gynécologie obstétrique, l'anesthésie-réanimation, la chirurgie, etc.
Etoffer l'équipe médicale dans les régions de spécialistes reste l'un des plus grands défis du secteur de la santé publique. Pourtant, les spécialistes ne manquent pas surtout avec des promotions annuelles qui atteignent les 600 médecins spécialistes diplômés. Cela dit, ces médecins fraîchement diplômés se montrent réticents quant à intégrer des établissements publics dans des régions qui manquent souvent du strict nécessaire et de se débrouiller avec des équipements désuets et autres, inexistants. Le présent Rapport rappelle qu'en janvier 2016, un programme a été mis en place pour affecter de jeunes spécialistes pour assurer les gardes dans six régions relevant du sud et de l'ouest du pays. Des spécialistes qui permettent ainsi à ces régions de combler un tant soit peu le déficit en matière de huit spécialités médicales. Pour stabiliser ces médecins, tout un travail devrait être accompli afin d'améliorer les conditions de travail, de remédier aux lacunes techniques et encourager les médecins à poursuivre leur mission et à décompresser ainsi le fléau d'encombrement qui domine les 24 CHU.
Un système à la logique inversée
Pour le secteur privé, il continue à creuser l'écart entre le nord et le centre-est, d'une part, et le reste du pays, de l'autre. Les chiffres repris dans le présent Rapport dévoilent le choix prémédité des médecins privés à s'installer dans les zones côtières, notamment dans les grandes villes comme le Grand-Tunis, Sousse, Sfax et Monastir. Ces régions accaparent jusqu'à 74,2% des cabinets de médecins spécialistes et 97,4% de la capacité d'accueil dans les cliniques privées. Elles absorbent, à elles seules, 60% des médecins spécialistes et 40% des médecins généralistes. Ainsi, le système sanitaire de deuxième et de troisième lignes obéit à un schéma parfaitement inversé. La médecine générale devrait largement dépasser celle de spécialité, dans un système qui se maintient.
Qui dit «équipements lourds» dit «cliniques» !
Pis encore : le secteur sanitaire privé engloutit la majorité écrasante des équipements lourds, mettant ainsi le citoyen dans l'obligation de payer très cher les soins liés aux équipements sanitaires. Selon les chiffres relatifs à 2014, les cliniques privées détiennent, à elles seules, 80% des IRM et 76% des scanners, ce qui en dit long sur la précarité des établissements publics et leur incapacité à être le maillon fort d'un secteur conforme aux normes. Qu'en est-il alors du droit à l'équité en matière d'accès à la santé ? Bénéficier des soins de qualité relève-t-il de l'utopique dans une société qui, soixante ans durant, a misé sur la santé publique ? Répondre par la négative devrait reposer sur une série de mesures, lesquelles mesures constitueraient les axes d'une carte sanitaire égalitaire, anti-discriminatoire, à même de réduire les disparités régionales et autres sociales, et adapter le système sanitaire aux normes, voire au schéma référentiel international. Le rapport insiste sur l'impératif de garantir la fréquence des consultations aussi bien dans les zones rurales qu'urbaines et par la garantie de l'accès aux médicaments dans le secteur public. Les défenseurs du droit à la santé soulignent l'indispensable garantie de trois vecteurs essentiels au bon fonctionnement des établissements publics de santé : le vecteur technique, financier et celui des ressources humaines. Ils recommandent également l'instauration d'un système de régulation relatif à la création des cliniques privées.


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